CHAPITRE QUATRIÈME
Le décret de paix^ universelle rendu sur la proposition de Savonarole n'avait pas répondu à ses espérances généreuses : les anciens partis étaient loin d'avoir disparu. Les institutions nouvelles devaient raviver les dissentiments en aigrissant ceux qui , par amour du passé ou par crainte de l'avenir, avaient soutenu un autre système. A toutes les factions politiques venaient même déjà se joindre les sectes religieuses, qui augmentaient la confusion.
Les noms de Bianchi et Bigi (blancs et gris) avaient succédé , sous le règne des Médicis , à tant d'autres plus célèbres , et servaient alors à désigner les partis. Les premiers étaient les sectateurs de la liberté, les autres ceux qui s'étaient attachés à la famille dominante. Lorsque la prédication de Savonarole eut commencé de donner un nouvel aliment aux discordes I on appela Piagnoni (pleureurs) ceux qui défendaient sa doctrine, à cause, dit Burlamacchi, des larmes qu'ils répandaient en entendant les paroles du irère. Ceux, au contraire , qui ne se sentaient pas persuadés, ayant attaqué avec beaucoup de véhémence Fra Girolamo et ses opinions, furent appelés Arrahbiati (enragés). Mais, quand la constitution populaire eut été établie par les soins du dominicain, les Piagnoni s'en trouvèrent naturellement les plus fermes soutiens, et ce nom désigna les amis de la démocratie, de la liberté et de la religion. Sous le drapeau des Arrabbiati se rangèrent, par conséquent, tous ceux qui