‹ Jerome Savonarole: d'après les documents originaux et avec des piècesChapitre 77 sur 195 · LIVRE II, CHAPITRE V · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE V

Le 22 juin, Savonarole, de retour à Florence, reparaissait dans la chaire , et rendait compte de son ambassade , suivant son habitude, mais en termes assez obscurs :

a Je me suis rendu auprès du roi, dans son camp : on s*y A croirait en enfer. JN'y eùt*il pas aux enfers de plus ter- D rible châtiment que celui-là, ce serait bien assez ! Ah! ne D souhaitez jamais les grandeurs : les maîtres du monde » ifont pas un instant de véritable joie. Votre repos et les » consolations que vous retirez d*un sermon valent plus que D tous leurs biens et toutes leurs jouissances. ... Je vous ai D dit comment je me suis trouvé votre ambassadeur ; celui » qui m'a envoyé sait ce que j'ai fait. J'ai jeté de bonnes D semences qui germeront en leur temps : vous mangerez D du fruit qu'elles auront produit. — Père , cette parabole » est obscure, dites-nods-la plus clairement; dites-nous dans » l'intérêt de qui vous avez été là-bas. — J'y ai été dans » votre intérêt, pour l'amour de vous et non pour moi. Voyez D jusqu'où va pour vous ma tendresse! Je n'ai pas craint D d'exposer ma vie!... J'ai parlé à Sa Majesté; je lui ai x> donné certains conseils qu'il fera bien de suivre, dans x> l'intérêt de son âme, de son royaume et des siens. Mais » ce que je lui ai dit là-bas, je veux le répéter ici , il faut » que tout le monde le sache; il faut, s'il néglige mes avis, » qu'il se souvienne de moi et de ce que je lui ai prédit. Je D lui ai recommandé de vivre en bonne intelligence avec les » Florentins, et de les protéger de bonne grâce, s'il ne veut D pas que Dieu l'y contraigne. S'il est docile à ma voix , il p s'en trouvera bien. Je lui ai dit en particulier tout ce qui D lui arrivera, mais il ne serait pas convenable de le répéter » ici. 11 m'a écouté avec douceur. De mon côté, je lui ai » parié avec modestie, mais non sans vivacité. Il m*a fait D des promesses formelles, et je vous dis enccre une foiS|

j» afin que tout le inonde l'entende , que , de gré ou de force y il les tiendra, d

En réalité , Charles VIII ne tint ses promesses ni de gré ni de force. Four Thonneur de Savoiiarole, il follait donc qu*il fût puni de Dieu , et cela ne manqua pas d'arriver. Au mois de décembre, la raoït du jeune Dauphin, unique iUs du roi, répandit la consternationen France et jusqu'en Italie. Cet événement avait , en effet , beaucoup de gravité pour les Florentins. Ils attendaient que Charles VIII descendit de nouveau les Alpes pour les protéger contre le mauvais vouloir et les menaces de la Ligue. Or, il était peu probable que, privé désormais d'héritier, ce prince quittât de nouveau son royaume pour conquérir d'autres États. Telles étaient les craintes que concevaient justement les Florentins; mais par là les prédictions de Savonarole n'étaient point compro* mises, car il avait toujours eu soin d'annoncer que le roi de France ne serait pas seul envoyé de Dieu pour dévaster l'Italie. « Je vous dis qu'un barbier ne peut raser tant de » monde, » s'écriait-il; « il viendra un autre barbier. Ce » sera le roi de France ou un autre. » Au contraire, la mort du Dauphin passa bientôt pour être le malheur dont il menaçait Charles VIII, et, des paroles très-vagues que l'on trouve dans les discours précédemment rapportés, on voulut conclure que Jérôme avait, en particulier, prédit à ce prince la mort de son fils,

Comines aida à cette supposition par deux passages de ses mémoires. Dans l'un , parlant de l'ambassade de Poggi* bonsi ^ il dit : ce II me cheut en pensée la mort de monsel* » gneur le Dauphin^ quand il parla de cette sentence de » Dieu y car je ne vois autre chose que le roy prist à cœur ; mais je dis encore ceci afin que mieux on entende que D tout ce dit voyage fut vray mystèi'e de Dieu, i»

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