‹ Jerome Savonarole: d'après les documents originaux et avec des piècesChapitre 78 sur 195 · LIVRE II, CHAPITRE V · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE V

cr Je ne sçay, x> dit-il ailleurs, (c s'ils ont fait bien ou mal » de ravoir fait mouiir ; mais il a dit maintes choses vrayes, D que ceux de Florence n'eussent sceu luy avoir dites. Et » touchant le roy, et les maux qu'il dit luy devoir advenir^ D luy est advenu. »

Il est possible qu*en prédisant des malheurs à Charles VIII, Savonarole eût en vue la mort de son fils, à peine âgé de trois ans, et dont on connaissait la frêle santé. On voit, en effet, que cette pensée était également venue à Philippe de Comines. Mais si Ton s'en rapporte sur ce point au témoi'guage du chroniqueur, il faut croire aussi qu'il exprimait le sentiment public lorsqu'il affirmait que c'était bien le roi, son maître, que Fra Hieronimo désignait comme devant être le second barbier, le nouveau fléau de Dieu, «r II a tou- » toujours presché publiquement, » dit Comines, « que le ]» roy tourneroit derechef en Italie pour accomplir cette jo commission que Dieu luy avoit donnée, qui estoit de ré- » former l'Église par l'espée, et chasser les tyrans d'Italie, D et que, au cas qu'il ne le fist, Dieu le puniroit cruellement ; o et tous ses sermons premiers et ceux de présent, il les a » fait imprimer, et se vendent. »

Il paraît même que Savonarole n'oubliait pas de s'aider pour que Dieu l'aidât, car il écrivit à plusieurs reprises à Charles VIII, trois ou quatre fois, nous apprend le procès, pour l'engager à faire une nouvelle expédition en Italie. Comines nous affirme aussi le fait : « Cette menace qu'il » faisoit au roy de dire que Dieu le puniroit cruellement , D s'il ne retournoit , lui a plusieurs fois escrite ledit Hiero- D nyme ^ peu de temps avant son trespas. »

Une si constante fidélité au roi de France n'était , quelques accusations qu'elle ait values à Savonarole dans son procès^ ni sans mérite, ni sans courage. L'espérance trompée des

Florentins au sujet de Pise^ que, malgré ses promesses, Charles ne leur avait pas rendue, les avait exaspérés, et l'on trouve dans tous les écrits du temps les traces de la plus vive colère. Dans leur Journal des événements contemporains, les Rinuceini l'appellent a homme sans honneur, sans ver- D gogne, de nulle prudence, assassin, fourbe, voleur, sans » foi, qui mettait autant d'attention à observer ses pro- » messes et ses serments qu'à écouter un àne qui brait , en- » clin à tous les vices, sans aucune moralité ni trace de D vertu religieuse, et qui avait pour ministres les plus vio cieux, les plus scélérats, les plus cupides, les plus perfides x> hommes qu'on pût imaginer. »

On disait donc qu'il fallait rompre avec une politique traditionnelle, il est vrai, mais qui n'avait produit que des déceptions; que Fltalie, et en particulier Florence, avait toujours été dupe et victime des Français, et qu'il fallait entrer au plus tôt dans la ligue qui s'était formée contre eux. Savonarole ressentait aussi vivement que personne des injures dont il avait espéré préserver le pays; il était d'ailleurs partisan de la seule politique qui convienne à un petit État libre et républicain, la neutralité; mais il pensait, comme plus tard Machiavel , que si la bonne fortune des Français était funeste à Florence, leurs échecs l'étaient encore plus; il comprenait que si Florence entrait dans une ligue où le duc de Milan tenait la première place, c'en était fait bientôt de ses libertés et de son gouvernement populaire ; il était enfin convaincu que le seul moyen de se maintenir contre une foule de piinces intéressés à écarter du regard de leurs sujets un exemple contagieux, c'était de sceller une durable alliance avec un roi assez fort pour protéger ses amis par la seule terreur de son nom , et assez éloigné pour qu'on n'eût pas à craindre qu*'il imposât chaque jour sa volonté. Or^ on

Page 1