LIVRE I, CHAPITRE II
dit Benivieni, a parce que ce pays avait perdu la foi du x> Christ. On croyait généralement que tout dans le monde, B et les choses humaines surtout, n'avait d*autre cause que » le hasard. Certains pensaient qu'elles étaient gouvernées » par les mouvements et les influences célestes. On niait la A vie future, on se moquait de la religion. Les sages du » monde la trouvaient tropjsimple, bonne tout au plus pour » les femmes et les ignorants. Quelques-uns n'y voyaient » qu'un mensonge d'invention humaine.... Toute l'Italie, » enfin, et surtout la ville de Florence, était livrée à l'inx> crédulité.... Les femmes elles-mêmes niaient la foi du » Christ, et tous, hommes et femmes, retournaient aux » usages des païens, se plaisaient dans l'étude des poètes, » des astrologues et de toutes les superstitions. &
Mais Savonarole , dans le silence de sa retraite et l'activité de sou esprit, ne pouvait se borner à observer et à gé« mir : il dut chercher un remède à tant de maux. Il reconnut qu'il fallait, avant tout, réformer les mœurs, et ramener la société à 'la pureté des temps primitifs du christianisme; mais il n'eut pas de peine à comprendre que l'athéisme était plus sur les lèvres qu'au fond du cœur ; qu'il provenait en grande partie de l'excès d'ardeur qu'on mettait pour lors à étudier les auteurs païens, et que la religion tenait encore une place considérable dans les esprits. Il vit bien qu'il suffirait de souffler sur des cendres encore chaudes pour ranimer le feu sacré, et il en conclut avec raison que toute réforme morale qui n'aurait pas son point d'appui dans la foi échouerait nécessairement. La rénovation de l'Église, c'est-à-dire la réforme du clergé par le réformateur et celle des fidèles par le clergé, le rétablissement des bonnes mœurs par la foi et la grâce, telle fut l'idée fondamentale de Savonarole.
Il n*y avait là rien de nouveau , et Jérôme ne faisait que suivre la tradition des âmes pures et droites que révoltait la dépravation générale, et qui aspiraient à un avenir meilleur. La corruption, de TÉglise était déjà fort ancienne : Dante l*avait peinte sous les plus vives couleurs. Au deuxième concile œcuménique de Lyon (1374), a le pape dit que les » prélats étoient cause de la chute du monde entier ; il les » avertit de se corriger, parce que, "s'ils le faisoient, il » ne seroit pas nécessaire de faire des constitutions pour » leur réformation ; autrement il leur déclara qu'il la fe« j» roit sévèrement^. » Au concile de Gonstaoce (1414), la réforme de l'Église fut fréquemment le sujet des délibérations. Un ermite augustin de Mayence, l'évèque de Toulon, un docteur nommé Etienne de Prague la deniandent énergiquement. En 1417, le même concile décide qu'après l'élection du nouveau pape, on s'occupera de ce point important. Ces délibérations n'étant pas suivies d'effet « les nations s'assemblent pour réclamer auprès de Martin Y (novembre 1417). Le pape promet ; mais il ne tarde pas à rendre certains décrets qui éludent la réforme demandée.
La prédication de la réforme n'avait donc pas perdu son opportunité. Sans parler de saint Bernard, d'Arnaud de Brescia et de Gerson, qui démontrait, dans ses écrits, que l'Église peut se réformer elle-même dans son chef et dans ses membres, et qu'elle a droit d'assembler les conciles malgré le pape, elle avait été prêchée dans tout le cours du quinzième siècle, Savonarole nous l'apprend lui-même, par saint Vincent Ferrier, saint Bernardin de Sienne et d'autres encore, qui annonçaient non «seulement la ré* forme, mais les fléaux, signes de la colère de Dieu, qui devaient la précéder. A la fin de ce siècle, l'urgence était