‹ Jerome Savonarole: d'après les documents originaux et avec des piècesChapitre 94 sur 195 · LIVRE II, CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE VII

Iui*méme en secret, obtint l'assistance des deux Petrucci, qui commandaient à cette ville, et, à la tête de mille hommes, tant cavaliers que fantassins, marcha sur Florence, où il arriva le 28 avril. Il arrêtait tous les voyageurs au passage pour les empêcher de donner l'éveil ; mais une forte pluie l'ayant un peu retardé, les paysans eurent le temps de prendre un chemin détourné et de faire savoir aux Florentins le danger qui les menaçait. Aussitôt les portes de la ville furent fermées; l'indignation des patriotes fut si grande que la mi« norité piàgnone de la seigneurie se trouva maîtresse des délibérations : les Bigi n'osaient pas, en effet, se déclarer complices d'un coup manqué, et ils étaient même, suivant l'usage, tout prêts à le désavouer. Mais, pour comble de précautions, on n'appela pas sous leurs gonfalons les compagnies entières, afin d'ôter aux partisans des Médicis tout prétexte plausible de prendre-les armes. De jeunes hommes, dont le patriotisme ëtait connu, furent seuls appelés pour faire face à un danger qui n'existait plus, pour ainsi dire, du moment qu'on le voyait. Avec si peu de monde , Pierre n'avait espéré s'emparer de Florence que par surprise et grâce à ses intelligences au dedans. Voyant les portes fermées, il comprit que tout était perdu, et se retira sans tenter plus longtemps la fortune. A quelques années de là , il périt misérablement.

Au sujet de cette aventure, Nardi raconte qu'un des seigneurs, dévoué à Savonarole et nommé Philippe Arrigucci, ne sachant, au milieu des hésitations de ses collègues, quel parti prendre, députa Jérôme Benivieni au père pour avoir son avis. Le moine répondit brièvement au poète : « Modicœ i>Jidd, quare duUtasH? Ne savez- vous pas que Dieu est » avec vous? Allez, et dites de ma part aux seigneurs que » nous prierons Dieu pour la ville, et qu'ils n'aient point de

)) doutes : Pierre de Mëdicis tiendra jusqti*aux portes et » retournera sur ses pas sans avoir fait aucune -révola« » tion. D

Ces paroles, que le contemporain Nardi avait ouï rapporter, sont en outre consignées dans la lettre écrite à Clément VII (novembre 1530) par Jérôme Benivieni, qui les avait seul entendues. On peut donc les tenir pour historiques; mais rien n'autorise à croire que le dominicain les donnât pour une prophétie , car il avait pris l'habitude de parler sur ce ton-là pour les choses les plus ordinaires du monde, et il lui suffisait d'ailleurs, au moment où TArrigucci le fit consulter, de la moindre perspicacité pour comprendre que le coup de main du Médicis ne faisait plus courir à la république aucun danger.

Cependant Tépoque était venue ou la persécution allait s'attacher à Savonarole pour le conduire rapidement, de chute en chute, au gibet. L'auto-da-fé'^avait produit tant de scandale qu'il réveilla de vieilles haines, à peine assoupies par les conquêtes plus paisibles de l'année précédente, et qu'il leur donna un trop légitime prétexte de s'exhaler. L'ancien adversaire de Jérôme , Fra Mariano»cle Gbinazzano , fut le premier qui reprit ouvertement les hostilités. Prêchant un jour devant le pape, il commença son discours par cette apostrophe : Abscinde, ahscinde hoc monstrum ah Eccleiia Dei, Beatissitne Pater, L'allusion était transparente; il la rendit plus claire encore par les développements qu'il donna à sa pensée. A quelques jours de là, Savonarole, informé de ce qui s'était passé à Rome, répondait dédaigneusement par ces simples paroles : <c frère! il y a des gens qui par- » lent mal de toi à Rome. — Je le sais : il parle ainsi pour » se rendre agréable, et non par devoir; U va toujours au- » devant des grands et des puissants pour les flatter. »

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