LIVRE 11, CHAPITRE VIL
s'abstenir de prêcher pendant quelques jours, et n'eut pas un mot de blâme pour les auteurs de ce désordre.
Ce dernier scandale, dont Savonarole était en partie responsable, puisqu'il s'était obstiné à prêcher, malgré les avertissements de ses amis, et en particulier de François Valori , fut l'étincelle qui mit le feu aux poudres. Depuis le commencement de cette année, Fra Mariano de Ghinazzano , poussé par les Arrabbiati , s'employait à Rome pour faire ôter la parole à son ancien adversaire. Il était aidé dans cette entreprise par un certain Père Piero, dit le Cherichino, qui avait quitté Saint-Marc, dont il trouvait, dit-on, la discipline trop sévère pour ses mœurs relâchées. Ainsi parlent les apologistes de Savonarole. Peut-être le départ du Chéri* chino n'eut-il d'autre motif que le despotisme du vicaire général , devenu insupportable à quelques-uns.
Le pape était pour lors très-disposé à prêter Toreille aux accusateurs. La durée encore si courte du gouvernement populaire à Florence était déjà trop oonsidérable à son gré. Elle lui paraissait d'un très-mauvais exemple pour les nations. On lui avait remis sous les yeux une foule de passages des sermons où Savonarole flétrissait avec une énergie sans pareille les vices du clergé et de son chef. Il se souvenait surtout que le frère avait refusé d^obéir à son bref du 7 novembre précédent , et il se reprochait de n'avoir pas encore excommunié le rebelle. Il frémissait d'avoir laissé à tant d'audace une si longue impunité. C'est pourquoi il poursuivait le gouvernement florentin de ses prières et de ses menaces , promettant toutes sortes de bons offlces si l'on réduisait le dominicain au silence, et menaçant la Toscane , dans le cas contraire, de toutes ses foudres temporelles et spirituelles.
De son côté, loin de s'abriter à l'approche de l'orage,
tôt VIE DE SAVONAROLE.
Savonarole bravait, dès le 2 mars de cette année, ceux qui voulaient le faire mettre hors de l'Église : « Gelni-ci dit : Il » est hérétique , nous le ferons excommunier. — Fais tout » ce que tu voudras : la vérité n'a peur de rien. » Quelques jours plus tard , il semblait défier le pape lui-même , dont on attendait déjà chaque jour la sentence : a II n'est venu aucune ^D excommunication ; ils ne voudront pas faire de folies ; dans tous les cas, laisse-les venir, nous les ferons rougir de ]> honte. Ils ne sont pas bons, je le sais; mais ils sont pru- » dents, et la prudence les retiendra. Ils craindront d'être » blâmés. »
Le danger devenait de jour en jour plus pressant. Savonarole dut se résigner à un anathème qu'il ne pouvait plus évi« ter : ce Je sais que vous avez fait en sorte qu'il vienne une » sentence d'excommunication. Faites tout ce que Dieu per- 9 met; si nous ne sommes pas excommunié de Dieu même, ïT le reste ne nous inquiète pas. Vous' avez écrit que je parle B mal du pape. Si j'ai parlé de l'Église ou des prélats, je 2) n'ai attaqué que les méchants , et je n'ai nommé personne ; » mais vous faites tous vos efforts pour ag^àver le mal. Je x> vous préviens par charité que la plus grande partie en » retombera sur vous. »
Ënfm Alexandre VI se décida, le 12 mai, à fulminer l'excommunication. Il l'appuyait sur trois motifs principaux : l"* le refus de se rendre à Bome; 2*" lés doctrines perverses et hérétiques de Savonarole ; 8** le refus de réunir Saint-Mare à la province toscane et romaine^
Fra Girolamo eut connaissance, par des voyageurs et par des lettres, du coup terrible dont le pape venait de le frapper, et il prépara ses armes pour se défendre; Mais, comme il voulait répondre à loisir et qu'il lui répugnait cependant de courber la tête, ne fût-ce qu'un moment ^ il écrivit au