LIVRE II, CHAPITRE IV
moyens de prêcher le carême. En effet, le 17 février 1496» il remonta dans la chaire, et commença ce maux carême sur le prophète Amos, qui contient tant de renseignements utiles à l'histoire
Ces derniers faits appartiennent à une époque dont nous ne faisons pas encore le récit ; mais il était impossible de les séparer de ceux qui précèdent» parce qu'il faut les prendre dans leur ensemble pour les bien saisir et ne pas commettre de trop faciles et trop cominunes erreurs.
Tant d'hostilité au dedans et au dehors, la nécessité
de faire face à ses adversaires et à ses ennemis, n'empèchaient pas Fra Girolamo d*agir en toutes choses avec une incroyable liberté d*esprit. Il faisait des tournées dans les environs de Florence, pour inspecter les couvents qui s'étaient soumis à la règle de Saint-Marc. On le suit à Prato» à Pise : partout il prêche avec une égale ardeur et un égal succès. Dans cette dernière ville» son triomphe ne fut peut-être pas inutile k sa renommée. Le tribun religieux qui savait si bien s'adresser à la fouie, trouva des accents pour émouvoir et convaincre la savante université de Pise. Il y fit d'éclatantes conversions, entre autres celle de l'étudiant Nicolas Scomberg, qui prit l'habit de saint Dominique et devint plus tard archevêché de Gapoue et cardinal.
Il ne faut pas croire» en effet, que Savonarole né se (!t de zélés et fanatiques partisans que dans les rangs
1. Le 9 mars 1496, la noavslle seigneurie écriTait à son ambassadeur à Rome une lettre où elle le félicitait de s'être emptoyô avec zèle dans l'affaire de Savonarole. Benehè, ajoutait-elle, non abbia WMora oottfo quéilo êffeelo âetiderawmo. Pourtant, & oette date, Savonarole avait repris ses prédications. Il fàut donc croire que la seigneurie se plaignait, dans cette lettre, de n'avoir obtenu qu'an sursis, et non une entière réhabilitation de riliustre dominicain.
Oigitized by
VIE DE SAVONÂROUB
da peuple. La foî au merveilleux était assez grande
dans ces temps-là pour que des miracles douteux et des prophéties risquées ne rebutassent pas les plus brillants et même les plus^ solides esprits. Pic de la Mirandole, Marsile Ficin, Ange Politien, Jacques Nardi, Baccio délia Porta forent ses admirateurs ou ses amis. On pourrait citer encore des hommes moins illustres, mais qui jouirent, dans leur temps, d'une grande célébrité : les deux fienivieniy Jérôme le poète, et Dominique, le chanoine, qui employèrent tous les deux leur plume à la défense du maître; Georges Bénigne, mineur franciscain, archevé- ^e de Raguse, qui fît un semblable emploi de ses talents; Zanobi Acciajuoll, helléniste distingué; le philosophe Georges Vespuccio; d'autres savants, tels que -Gatteo, Frontino et le propre neveu de Pic de la Mbran- . dole
Mais la renoamxée de Savonarole ne s'aitëtalt pas au% murailles de Florence, ou même aux frontières de l'Italie. Elle avait passé déjà les montagnes et les mers. A Londres, à Lyon, à Bruxelles, disent ses biographes, on s'entretenait avec étonnement de ce moine qui fiiisait une révolution, changeait la constilution d'un État, réformait les mœurs et la religion d'uu peuple par la seule force de sa parole. € Nous recevons du fond de TAllemagnc, dit-il quelque part, des lettres d'adhésion à notre doctrine. » C'étaient les marchands florentins qui la colportaient ainsi par tout le monde. A Gonstantinople, s'il faut en croire Burlamacchi, le sultan, ayant entendu parler de Savonarole, voulut savoir quel il était, et envoya chercher le consul florentin, qui lui donna les sermons Sur Amos. Charmé de cette lecture, Bajazet aurait même ordonné qu'on lui fit en langue turque une traduction de ce brillant carême.