DEPUIS L'EXGOHIIUNIGATION DE SAVOVAROLE JUSQU'A SA MORT
chapithe I.
Hardiesse des ennemis de Savonarole. — Ils font exclure les dominicains de la procession de SainWean. —* Peste à Florence (juin-août).
— Conduite de Savonarole pendant la peste. — Affaire de la pétition de Saint-Marc, 1" juillet. — Lcttro de Savonarole au pape sur la mort de son fils, 25 juin. — Ses efforts pour rentrer en grâce» — Conspiration en faveur des Médicis ( août). — Importance du procès intenté aux coupables. — Embarras et conduite de la seigneurie. ^ «Sentence et exécution. — Conduite de Savonarole dans cette affaire.
— Deux brefs d'Alexandre VI contre Savonarole , 16 octobre. — Réponse de celui-ci, 29 octobre.
Le trouble qae la sentence d*excoinniunicatlon aTait
jeté dans Florence se dissipa bientôt. Les Piagnoni reprirent de l'assurance. Si même il fallait en croire Savonarole, jamais ils n'auraient goûté de joies plus parfaites ni plus pures. Il y a sans doute quelque exagération dans ces paroles : de si dévotes joies durent être dérangées
U\m m, CHAPITKE I. 231
par l'audace toujours croissante des Arrabbiati, qui pouvaient désormais se donner comme les champions du saint «-siège, et s'avancer avec moins de réserve. On entendait dans tous les coins de Florence chanter ou réciter des sonnets, des chansons contre Fra Girolamo ' et la congrégation de Saint-Marc; on publiait chaque jour des lettres injurieuses, et il ne paraissait plus nécessaire de garder Fanonyme. Snân» n'observant aucune mesure , les franciscains et les augustins firent savoir à la seigneurie que si les religieux de Saint-Marc allaient à la procession de Saint-Jean« qui était prochaine* ils croi* raient devoir s'abstenir, parce qu'ils ne voulaient pas se trouver en contact avec des excommuniés. Par iaihiesse ou par hostilité, la seigneurie lit défendre aux dominicains de Saint-Marc et de Fiésole de paraître à celte procession. Ce succès apprit aux Arrabbiati qu'ils pouvaient tout oser, et à Savonarole qu'il aurait assez à foure de se défendre*
Une occasion se présenta pourtant de regagner le terrain perdu ; mais Saint*Marc la laissa maladroitenient échapper.
Depuis l'année précédente, la disette se faisait sentUr
dans toute la Toscane, et les paysans des environs accouraient en foule à Florence. Ils croyaient» dans.leur mrïveté , qu'on avait à la ville des provisions inépuisa- Wes, quand la campagne en manquait. Pierre de Médicis avait profité de cette circonstance, qui lui était connue, pour tenter son coup de main, et la magnanimité des florentins n'avait fermé la porte à personne qu'à leur ancien tyran. U résulta de l'affluence inusitée qui se pressait dans les rues et qui encombrait les maisons et les hôpitaux » qu'on n'eut bientôt plus de quoi nourrir tant de monde. Beaucoup de personnes moururent de
faim : la multitude des misérables » des malades » des mourants et des morts, qu'on ne pouvàit enterrer assez vite, développa la peste. Ce fléau dura du mois do juin à la (in du mois d*août. Due aux mêmes causes que celle de 1348, la peste de 1497 fut moins terrible par la dorée et par riiitensité. Le iioiubre des morts M, en moyenne, de cinquante à soixante-dix par jour. Les récits les plus exa«:érés ne le portèrent jamais au delà de cent : au temps de Boccace, ou avait constaté jusqu'à six cents décès par Jour. Le mal cessa tout à coup , au moment où l'on s'attendait à le voir s'accroître encore. Dans une lettre écrite au plus fort du fléau, Savonarole exprimait la crainte qu'il ne fut encore qu'au début.
La charité chrétienne commandait à tous les ordres religieux, et l'habileté conseillait peut-être aux frères de Saint-Marc de se dévouer et de risquer leur vie pour sauver celle des malades. £n se multipliant, en donnant des preuves d'une louable abnégation, ils pouvaient ramener à eux la faveur publique qui commençait à s'éloigner, et ils avaient la bonne fortune de servir leurs intérêts en faisant leur devoir. Mais la peur les rendit incapables de tout dévouement, et même de tout calcul. Un religieux était mort à Saint-Marc, quelques autres étaient malades, c'en fut assez ; « Les séculiers, écrit Savonarole, n'ont pas tant de frayeur que quelques-uns de nos frères en témoignent ici môme. » C'est pourquoi le vicaire général des domhiicains crut nécessaire d'en envoyer au dehors, dans diverses maisons de la communauté , plus de soixante-dix ; quant à lui , il resta à son poste. Fût-ce, ainsi qu'il l'écrit à son frère Albert, parce qu'il n'avait pas peur? Il aurait dû en donner des preuves plus décisives. 11 dit bien : « Je reste ici pour consoler les affligés, tant séculiers que religieux ; » mais il nous