‹ Jérome Savonarole d'après les documents originaux et avec des piéces justificatives en grande partie inéditesChapitre 96 sur 152 · Voy. rappendice (n" xu · texte numérisé non relu

Voy. rappendice (n" xu

^. Yoy. l'appendice (a«< zn, xm, xiv).

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de tous. Elles ne sont pas de beaucoup postérieures à cette époque, poisqu'au commencement d'avril, comme on le verra, Savonarolc était déjà sous les verrous.

Quelle qu'eu soit au juste la date, on peut les regarder comme un acte d'énergie qui 9*a rien de blâmable en soi, si Ton considère riadignilé d'Alexandre VI ; mais elles furent cependant un acte de rébellion qu'un catholique soumis doit condamner. C'est pourquoi qucl([ues apologistes de Savonarole ont essayé de contester une faute qui serait, disent-ils, en opposition avec sa vie entière. On a vu si l'insubordination était ou non dans les habitudes du dominicain. Les témoignages historiques . abondent d'ailleurs pour prouver l'authenticité de ces lettres, et 1 aftirmation positive de Pic, de Burlamacchi, de Marco délia Casa, do Nardi, de Bottonio, de Razzia est plus que suffisante pour qu'on refuse d'admetire, avec le P. de Poggio, comme une preuve irréfragable qu'elles sont apocryphes, le silence de Sabellico, de Lambertini, dlnfessuraetde Rinaldi. Ces annalistes étaient trop euibarrassés dans le récit des faits généraux ou des détails d'une histoire ctrang-ère à Florence pour s'être arrêtés à des circonstances particulières concernant un seul homme.

Cette affaire acheva de perdre le téméraire dominicain. Le duc de Milan saisit un courrier îlorentin qui allait en France ; il le dépouilla, trouva la lettre relative au concile, et l'envoya aussitôt à Rome. Le pape, en apprenant que son ennemi ne s'en tenait plus aux paroles, entra dans une violente colère et fulmina un nouveau bref, où il exigeait impérativement de la seigneurie l'exécution des mesures par lui ordonnées. Ge bref arriva le 13 mars à Florence. Le jour même, Savonarole y répondit par une courte lettre, où il rappelait au pape qu'ayant rempli tous les devoirs d'un bon chrétien, il

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méritait une antre récompense que les riguemrs dont il ày^ii tQVjùurs été poursuivi. Puisque je ne puis compter sur personne, je prouverai» dit-il, la vérité de ma doo* trine par des raisons naturelles et surnaturelles, de manière à convaincre les plus endurcis. Il termine en invitant Alexandre à ne pas diflftrei' plus longtemps de pour* voir à son salut.

A la réception du bref pontitical, la seigneurie ne se crut plus en état de résister; elle pensait peut-être que c'était une folie de défendre à ses propres risques un homme qui, par sa témérité, se compromettait chaque jour da* . vantage. Elle se réunit don^ pour délibérer sur la réponse qu*il convenait de faii'e au saint-siége. Les Piagnoni, informés du changement qui s'était opéré dans les intentions des prieurs, demandèrent que le conseil des Quatre- Vingts prît part à la délibération. Ils savaient qne leurs amis étaient les plus nombreux dans cette as* semblée. De leur côté, et pour la môme raison, les Arrabbiati voulaient qu'on adjoignit à cette pratique (c'était un nom qu^on donnaA souvent aux conseils de gouvernement) vingt-cinq citoyens pai* quartier, espérant par là déplacer la m^gorité. Ia seigneurie fit droit à cette double réquisition. Tous les magistrats qui prenaient part d'habitude aux délibéiations furent en outra appelés, et l'assemblée, ainsi composée, se réunit le 14 mars : la discussion fut tiès-vive, mais elle n'avança rien. Après six heures de débats orageux, où les uns firent ressortir tout le bien, les autres tout le mal que Savonarole faisait à Florence, les seigneurs congédièrent la pratique, sous prétexte qu'une question si girave ne pouvait être résolue que par le grand conseil.

A cette nouvelle, les deux partis se récrièrent. Ils craignaient également l'opinion mobile d'une assemblée û

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nomlireuse) et ils dirent qu'on pouvait vider le débat sau^ faire tant de bruit. La seigneurie consentit, pour la forme, à,les satisfaire ; elle désigna doue citoyens, pris

par moitié dans chaque parti, et les invita à* délibérer ensemble. Elle pensait que, les forces se balançant, on ne pourrait s'entendre, et qu'il faudrait revenir au grand conseil ou s'en rapportera sa propre décision. iMais le résultat ne répondit pas k son attente ; la nouvelle réunion arrêta un compromis : s*il fut interdit à Savonarôle de prêcher, les citoyens conservèrent le droit d'aller à Saint-Marc, comme par le passé, £aire leurs coniérences accoutumées (17 mars).

Jérôme, informé de ce qui se passait, se préparait, pendant ce temps-là, à faire une retraite boeorable. U disait à son auditoire que, si le pape seul lui défendait de prêcher, il continuerait ; mais que si la seigneurie le faisait prier de garder le silence, par respect pour elle, et, tardif scrupule! pour ne pas causer de scandale, il obéirait. Cependant lorsque, obligés d'exécuter les résolutions de la pratique, les prieurs lui envoyèrent, le 17 au soir, des ofticiers pour lui signifier de ne plus prêcher,

il les reçut fort mal, leur dit qu*il avait un autre maître

que le gouvernement, et remit au lendemain sa réponse» Le 18, étant monté en chaire, il la donna en ces termes : « Hier au soir, à nuit close, gwmtam çui maie a^it odit lucem, la seigneurie m'a envoyé prier, pour une loule de raisons, de ne plus prêcher. Avez-vous accompli la mis* sien dont vos seigneurs vous ont chargés? dis-je aux députés. — Sans doute. — Eh bien! moi, j'ai encore un Seigneur: je saurai sa volonté, et demain matin je vous donnerai la réponse du haut de la chaire. Écoutez donc maintenant, car voici ce que dit le Seigneur: « liaprjaiU < ce frère de renoncer à la prédication, c*est à moi quQ

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« VOUS faites cette demande, et non à lui, car c'est moi

< qui pvèche» c'est moi qui vous ai exaucés , et qui ne

< TOUS ai pas ttaucés. Le Seigneur vous a exaucés en « supprimant la prédication, mais il ne vous a pas exau- « cés quant à votre salut. «

Ainsi Savonarole cédait à la force ; mais il faisait ses réserves pour l'avenir :

< Quand Dieu voudra que jeprëcbe, quand il m'inspirera, je prêcherai : vous le verreK. Par sa grâce, je m'affranchirai de toute crainte, de tout ménagement envers les personnes. Dites-moi : ai-je attendu l'absolution pour reprendre la parole? Ne suis-je pas venu prêcher, le jour de l'Ascension, malgré vos menaces? Ne suis-je pas venu prêcher, il y a environ deux ans, malgré le bref qui me le défendait? Il est donc entendu que lorsqu'il plaira à Dieu, personne ne pourra me fermer la bouche. »

Ses derniers adieux à son auditoire furent pleins de tristesse et d'amertume, quoiqu'il essayât de cacher son découragement sous des menaces et d'apparentes bravades :

« Maintenant, qu'arrivera-t-il ? Vous le verrez, je ne vous en dis pas davantage. Vous le verrez, c'est une mauvaise nouvelle , et je ne voudrais pas avoir à vous l'apporter. L'année dernière, quand la peste a éclaté, vous vous souvenez que parmi ceux qui venaient au sermon il n'y a pas eu un seul malade. Ne perdez pas de vue ceux qui ont attiré sur notre tête l'excommunication et les maux présents : vous verrez ce qu'il adviendra d'eux. Vous dites que l'interdit vous effraye, et que vous avez peur de perdre vos biens! Dieu lancera un interdit, lui aussi, et, loin d'atteindre le but qu'ils se proposent, ces méchants perdront leurs biens et la vie. Qtt^nt 4 nous, nous remplacerons les sermons pur la

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