‹ Jérome Savonarole et son temps d'après de nouveaux documents (volume 2)Chapitre 15 sur 31 · SPÉCULATIVE · texte numérisé non relu

SPÉCULATIVE

LOGIQIE.

Philosophie nalurelle.

Mathématique.

MéUphy.

siqae.

Éthique.

Campanel-

Canipanel-

Campanclla di-

Economi-

la:

la:

vise la logique

que.

De sensu

Astrologi-

en:

Politique.

De CCS trois traités, Campa 11 ella ne

rej^um,

De rerum

vatuva.

corum.

Dialectiqw.

Grammaire.

RhiHoriquc.

Poétique, etc.

fait qu'un

seul traité

en trois

parties.

considère tout sous un aspect unique et universel; elle est la science première et regarde toutes les choses dans leur cause première; mais, à cause de cela, les lumières naturelles ne lui suffisent pas; elle a besoin de la lumière divine. Il est donc facile de voir que , devant cette science suprême, toutes les autres doivent pâlir et s'effacer. De là le souverain mépris que Savonarole manifesta plus tard pour la philosophie, la poésie et toutes les études profanes en général.

Nous ne nous sommes arrêté qu'aux divisions principales, et nous n'avons pas parlé de la poésie (dont Savonarole, selon la coutume scolastique, fait une partie de la logique) , parce que, plus tard, nous examinerons ce point plus au long. Contentons-nous, pour le moment, de rapporter les paroles de Savonarole contre ceux qui, en toutes choses, et surtout en poésie, suivent servilement les exemples des anciens, a Certaines perce sonnes se sont tellement pliées au joug de l'antiquité « et ont si bien asservi la liberté de leur intelligence, que (( non-seulement elles ne veulent rien affirmer qui soit « en opposition avec la manière de voir des anciens, mais « qu'elles n'osentrien avancer qui n'ait été dit par eux.... u Quels nouveaux raisonnements, quels arguments in- « vincibles invoquent-elles donc? Les anciens disent- (( elles, n'ont point parlé de la sorte, nous ne parlerons (( pas non plus de cette façon. Mais si les anciens n'ont (( point fait une belle action, devons-nous donc ne pas la (( faire? (1) » Tel fut toujours le langage de Savonarole. A cette époque, où l'on n'écrivait que pour porter aux

(1) De division'? etc., lib. IV. Il y a une singulièro analogie entre ces paroles et cerlains passages de Campanella. Voir la /^oe^/^we de Campanella et son traité De libris propriis.

nues les anciens, il était seul à prendre la plume et à élever la voix contre eux. Il fit plus encore lorsque, les oubliant tout à fait, il prit pour guide sa propre raison et ne s'appuya que sur elle seule pour marcher en avant. Et cette manière de procéder, il ne l'adopta pas seulement dans ses écrits philosophiques; comme nous l'avons dit plus haut, il la mit en pratique dans ses sermons et dans ses travaux théologiques. Prenons pourexemple le Triomphe de la croix, son principal ouvrage , celui où il expose toute la doctrine chrétienne avec le secours seul de la raison naturelle. Voici un passage de la préface :'« You- « lant, dans ce livre, discuter uniquement à l'aide de la « raison, nous n'appellerons en témoignage aucune au- « torité ; nous procéderons comme s'il ne fallait croire « aucun homme au monde, quelque savant qu'il soit, « comme si la raison naturelle méritait exclusivement « confiance (1). » Et ailleurs : «Ilfaut que, par les choses a visibles, nous arrivions à la connaissance des choses in- (( visibles , parce que toutes nos connaissances ont leur (c origine dans nos sens, qui ne saisissent que les attri- (( buts extérieurs des corps; mais notre intelligence, c( grâce à sa subtilité, pénètre jusqu'à la substance des c. choses naturelles, et, après les avoir considérées , elle « s'élève jusqu'à la connaissance des choses invisibles (2). )) Et qu'on ne s'imagine pas que ce sont là des pensées isolées, découvertes par nous dans le cours de l'ouvrage. Elles attirent l'attention au commencement même du livre et ont pour objet d'indiquer le dessein et la méthode qui présideront à tous les développe-

(1) Préface du Triomphe de la croix.

(2) Cap. r.

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menls. Au début de chaque chapitre , l'auteur nous prévient que nous n'apprendrons rien par les hommes , que la seule autorité à suivre est celle de notre propre expérience et de notre propre raison , et il va ainsi du connu à l'inconnu jusqu'à la fin de l'ouvrage.

Si l'on se rappelle que Savonarole vivait avant la fin du quinzième siècle, quand Marsile Ficin passait pour le plus grand philosophe de l'Europe , on reconnaîtra sans doute que le Frère de Saint-Marc fut le premier (1) à secouer le vieux joug de l'autorité en philosophie , et que nos éloges sont dictés par la justice et fondés sur un examen attentif et impartial de ses écrits. Pacifico Burlamacchi , son ancien biographe, qui l'avait connu personnellement, raconte que Savonarole, dès son enfance, ne consentit jamais à juger les auteurs d'après leur renommée , ni à suivre aveuglément les opinions en vogue, mais que ses yeux étaient toujours tournés vers la vérité et vers la raison (2). Ces brèves et simples paroles constituent

(1) On pourrait citer aussi Lorenzo Yalla , esprit très-hardi : il fil, avant tout autre, la guerre à Arislote, mais dans un sens plutôt grammatical que philosophique.

(2) Burlamacchi, p. 5. Pici Vita, p. 8. « Mirus erat veritatis amaior, eo usque provectus, ejus gralia, ut in his quos coleret docloribus, si quid non placeret, ingénue fateretur. » Fra Benedetto et tous ceux qui connurent Savonarole répètent les mêmes observations. Voir Vulnera Diligentis , etc. Les savants du quinzième siècle tinrent en haute estime la doctrine philosophique du Frère. Ficin (lettre à Gio. Cavalcanli, 12 décembre 1494 ) et PoUtien (lettre à Jacopo Anliquario, juin 1492), proclament Savonarole renia) quable par sa doctrine. Pietro Crinito ( De honcsla disciplina lib, I, cap. m ) dit de lui •• Il est surtout éminent dans presque toutes les parties de la philosophie. Enfin , nous citerons l'opinion d'un homme dont l'autorité est supérieure à celle de tous les autres. François Guichardin fut un des grands admirateurs de Savonarole, comme on peut le voir

un portrait beaucoup plus fidèle que tous ceux qui ont été tracés par les biographes postérieurs; aussi, après avoir étudié les ouvrages de Savonarole, revenons-nous au jugement du vieux chroniqueur.

Nous ne prétendons pas cependant mettre trop haut le nom de Savonarole dans l'histoire de la philosophie et attribuer au Frère une importance scientifique qui ne lui appartient pas en réalité. Il a très-souvent négligé la philosophie ; il l'a sans cesse poursuivie de ses accusations ; quelquefois môme il a parlé d'elle avec mépris. Quant à ses courts traités philosophiques , il voulut en quelque sorte les cacher, ce qui les fit tomber dans l'oubli. Aucune histoire de la philosophie n'en rend compte, aucun philosophe n'en cite un seul passage; Campanella lui-même qui à certains égards, pourrait être regardé comme le disciple de Savonarole, ne connut peutêtre pas, même vaguement, leur existence. Mais si ces raisons peuvent diminuer la portée des écrits philosophiques du Frère dans leurs rapports avec l'histoire de la philosophie , elles ne sont pas de nature à diminuer la valeur intrinsèque de ces écrits lorsqu'il s'agit de juger l'esprit de l'auteur. Or, il était indispensable de constater la puissance intellectuelle d'un homme qui eut une si grande influence sur les affaires de son temps, alors que

d'ai)rès son Histoire de Florence. 11 avait étudié avec soin les œuvres de rillustre dominicain, et résume qucl(iues-uns de ses sermons, dont il iiarle avec les plus grands éloges. « De tous les Maliens, dit-il , Savonarole était le plus éminent comme philosophe-, lorsqu'il dissertait sur la philosophie il déployait tant dhabilelé qu'il semblait presque avoir crôé cette science. » — L'Histoire de Florence 2i paru en 1859 , chez lîarbera, parmi les (l'uvres inédiles de Guichardin (t. III). Ces précieux mémoires, publiés par les comtes Pierre et Louis Guichardin, ont été annotés par M. Canestrini. {iSole du Irad.)

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partout en Europe se préparaient le renouvellement de la civilisalion et le réveil de la raison humaine. Quelle qu'ait été la mission de Savonarole, quels qu'aient été ses tendances et son but, il importait par dessus tout de déterminer la hauteur spéculative à laquelle le Frère pouvait atteindre et de voir clairement s'il fallait le ranger parmi les hommes nouveaux. Nous croyons fermement que si l'on ne place pas Savonarole à la tête de la renaissance, dont il eut pour ainsi dire la vision prophétique; que si Tonne le considère pas comme le précurseur de tous ceux qui plus tard coopérèrent à ce mouvement et dont il eut au suprême degré les héroïques vertus, les aspirations hardies et les étranges erreurs, on ne pourra jamais rien comprendre à cet homme sur lequel on a tant écrit, sans qu'on ait encore réussi à en détermmer le véritable caractère.

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