‹ Jérome Savonarole et son temps d'après de nouveaux documents (volume 2)Chapitre 29 sur 31 · SU · texte numérisé non relu

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visions et les songes puérils étant mis hors de cause, le merveilleux instinct ou, si l'on veut, le pressentiment de l'avenir, que personne ne pourra jamais refuser à Savonarole, est considéré, non pas comme une inspiration venue de Dieu indépendamment de la grâce et du salut, mais plutôt comme un résultat et, pour ainsi dire, comme une partie essentielle de cet esprit évangélique dont le chrétien doit être pénétré. « Je ne suis, disait alors Savonarole,'ni prophète ni fils de prophète; je ne veux pas de ce nom terrible , mais j'ai la conviction que les choses annoncées par moi s'accompliront, parce que mes prédictions sont fondées sur la doctrine chrétienne, sur l'esprit de charité évangélique (I) En vérité, ce sont vos péchés, ce

sont les péchés de l'Italie qui me rendent forcément prophète, et qui devraient rendre prophète chacun de vous. Le ciel et la terre prophétisent contre vous, et vous ne le voyez pas, et vous ne l'entendez pas. Votre intelligence est aveugle, vous fermez les oreilles à la voix du Seigneur qui vous appelle. Si vous aviez l'esprit de charité, vous apercevriez tous, comme je l'aperçois, le châtiment qui s'approche (2). »

Ces différentes manières de voir se rencontrent partout dans les œuvres de Savonarole ; elles se heurtent, se contredisent, sans qu'aucune d'elles réussisse jamais à prendre complètement le dessus. Si l'on remarque très-souvent ces contradictions dans les sermons, on les trouve plus fréquemment encore dans les écrits ayant pour sujet spécial la prophétie , écrits qui méritent

(I) Prcdiche sopra Amos, p. 49 et autres; Florence, 1497.

,:>) Epistola a carte divote persane , etc., dans Qiiôlif, II, ISI ; Prediche sopra VEsodo, page 12 Florence ri98): Prcdiche sopra Amos, p. 39.

d'èlre examinés de près par quiconque veut connaître les principes de Savonarole sur cette matière (I).

Dans le Dialogue sur la vérité prophétique , que nous avons mentionné plus haut, le Frère s'entretient avec sept interlocuteurs allégoriques qui représentent les sept dons du Saint-Esprit, et il réfute leurs différentes objections. On commence par lui demander s'il ne se fait point passer pour prophète, afin de persuader plus facilement au peuple les vérités de la foi. II répond avec indignation qu'il n'y a qu'une vérité, que tout mensonge

(1) 11 faut ici rendre justice à Rudclbach, qui a élé le premier à remarquer l'opposilion des deux principaux systèmes de Savonarole sur la projihétie. Ses observations s'appuient sur un examen attentif des écrits du Frère; mais il en tire, selon son habitude, des conséquences absolument arbitraires. [ Voir, dans la biographie composée par Rudelbach, un très- long chapitre intitulé : Ueber die prophetische Gahe und die Pro[)hezeiungeu Savonarolas. ) Après avoir constaté la différence des deux systèmes , il essaye de détruire le premier et d'exagérer le second, pour faire de Savonarole un prophète évangélique, c'està-diie un prophète de la Réforme. Il le compare à l'abbé Joachim, à sainte Brigitte et à sainte Catherine, qui sont plus ou moins, selon lui, les prophètes de la Réforme.

Meier, quoi(iu'il veuille faire aussi de Savonarole un protestant , s'efforce d'atténuer les exagérations de son compatriote, et convient que celui-ci s'abandonne trop aveuglément à son imagination sans frein. Il remarque également la dit férence des deux systèmes de Savonarole; néanmoins , il s'efforce ensuite d'anéantir l'un et de cacher l'autre pour persuader à ses lecteurs que Savonarole n'était pas et ne se croyait pas prophète, mais avait seulement pour but d'interpréter l'avenir à laide de l'Écriture. Meier semble n'avoir pas une idée assez notle de ce qu'il veut démontrer; il traite son sujet avec tant de froideur et dindécision, que loin de convaincre, il n'aboutit qu'à ennuyer. On doit cependant savoir gré à Rudelbach el à Meier d'avoir, avant tous les autres historiens, étudié les écrits prophétiques de Savonarole. Les deux écrivains allemands, ont, les preiniers, compris la nécessité d'approfondir, dans la biographie du Frère, cet important sujet et de ne pas sauter à pieds joints par-dessus, comme ont fait les autres écrivains.

est im péché, qu'on commettrait le plus grave des péchés en se servant du nom de Dieu pour tromper tout un peuple, et en faisant ainsi de Dieu même un imposteur. « Tout cela , lui demande un de ses autres interlocuteurs, ne cacherait-il pas une extrême arrogance sous les dehors d'une fausse modestie? » Savonarole, s'appuyant sur l'autorité de saint Thomas, répond : « La lumière prophétique ne justifie pas l'homme. Sur quoi fonderais-je donc mon orgueil, mon arrogance?» «Mais, ajoute un troisième, ne pourrais-tu pas peut-être t'abuser toi-même de bonne foi? » » Non , répond Savonarole, cela n'est pas possible. Je connais la pureté de mes intentions. J'ai adoré sincèrement le Seigneur, je m'efforce de marcher sur ses traces; j'ai passé des nuits entières à prier; j'ai perdu la paix, j'ai sacrifié ma santé et ma vie pour le bien du prochain. Non, il n'est pas possible que le Seigneur m'ait trompé. Cette lumière est la vérité même; cette lumière aide ma raison, dirige ma charité (1). »> Et il continue ainsi, soutenant avec beaucoup d'éloquence un système tout à fait en contradiction avec celui qu'il avait exposé peu de pages auparavant. A l'un de ses interlocuteurs, il a prouvé la vérité de sa « lumière » en disant que cette lumière est indépendante de la grâce; à un autre il veut prouver la môme affirmation en déclarant que sa lumière est presque identique à la grâce.

(l) De veritate prophet'icâ, Dialogus in lib. VIII, S. L. A. Une autre autre édition, i>ortanl la date de li07, a pour titre : De veritate prophetica, libri seu dialoghi IX. Ces deux éditions diffèrent seulement l'une de l'autre en ce que la seconde met riniroduclion parmi les dialogues. La même année ( 1497 ). une troisième édition fut faite en italien; cette édition fut reproduite à Venise en làiS.

Mais ce qui, plus que tout, mérite d'être remarqué, c'est la réponse qu'il fit quand on lui demanda quelle certitude il avait de ses révélations. On éprouve une pénible impression en le voyant se débattre au milieu d'une foule de syllogismes et d'arguments sophistiques afin d'établir que ses révélations sont véridiques. Triste situation que celle d'un homme qui veut démontrer à l'aide de la raison qu'il est au-dessus de la raison et soutenir par des arguments humains qu'il est audessus de l'humanité. Savonarole, sans s'en apercevoir, marchait sur un terrain qui pouvait, en s'effondrant, l'exposer aux plus graves périls. Pour expliquer sa puissance surnaturelle, il n'y avait qu'un moyen sans réplique : le miracle. Aussi, la demande d'un miracle pouvait-elle un jour lui être faite par la multitude aveugle, qui, dans sa crédulité, le poussaitaux extrêmes; et cette demande pouvait devenir contre lui une arme très-puissante entre les mains de ses adversaires. Mais il était tellement fasciné par les fantômes de son imagination, que le moindre doute n'entrait pas dans sa pensée ; il eût regardé ce doute comme une ingratitude impardonnable envers Dieu, et il se refusait à admettre que ceux qui ne croyaient point à sa parole fussent de bonne foi.

Un second opuscule de Savonarole sur la prophétie parut au mois d'août de l'année 1495 sous ce titre : Compendiam Revelationum (l). On y trouve un abrégé

(l)Une édition laline et une édition italienne de cet écrit furent publiées presque en même temps: Compendhim revelationum. Irapressit FlorentitC ser Franc. Bonaccorsius, 1495; XV nonas mensis octobris. Le 18 août 1495, le même éditeur avait publié en italien cet ouvrage, qu'imprima de nouveau, douze jours après, Lorenzo Morgianni.

des principales visions du Frère et une foule de particularités très-importantes sur sa vie; on y voit comment il commença à prophétiser; on s'y rend compte de la

Le Compendhnn revclationum fut imprime en latin à Paris et à Florence ( 149G), à Venise (1537) , et encore une fois à Paris sous la direction de QuéUf(1674).

La plupart des partisans de Savonarole ont laissé des traités relatifs à ses prophéties. Parmi les principaux documents il faut citer la Lettre de Benivieni à Clément VII elles différents Traités oii Benivieni expose la doctrine de son maître. Nous devons rappeler aussi les Giornate de Yioli, dont il ne reste que des fragments et qu'un résumé général composé par Razzi. Fra Benedelto parle des prophéties de Savonarole dans presque tous ses ouvrages , mais i)lus expressément dans le manuscrit de la Magliabechiana que nous avons mentionné : Secunda parte délie profcziedl Fra Girolamo. Enfin, sans prolonger indéfiniment notre énumération, n'oublions pas que Jean-François Pic et tous les biographes traitent d'une manière étendue le même sujet. Nous ne voulons pas non plus négliger une remarque cjui peut confirmer les assertions soutenues par nous dans ce chapitre. Fia Benedetlo aécrit un ouvrage intitulé : Fons v'tlx ; MS. Magl., XXXV, 9G, ; il y raconte une longue série de révélations ou de visions qu'il avait eues et qui sont au nombre de dix-sept environ. Entre la quinzième et la seizième se trouve un paragraphe qui a pour titre -. Humilis excusaiio prophetœ, et dans lequel il dit : « Hœc autem scripsimus, non quia firmiler vera esse credamus et quia sopniis fidem aliquam adhibeamus, sed quia sopnia aliquando non sunl spernenda; quum, sicut patetclarum in Scripturis , nuilla sopnia revelationes fuerunl. Scripsimus, etiam , ut cognoscamus an sint a nalura an a diabolo an a Deo; ut facta naturœ adiscamus, et illusiones demonum vitemus, et ut divinam bonitatem cognoscamus et annumcremus. Obsecro omnes legentes, ut fidem cerlam hiis do ( peut-être veut-il dire nec do ) nec dare decrevi, et sic i)rolestor anle Deum et homines, et sunt sicut si ista non sopniassem. Solus Dcus est , qui ab icterno novit, qui futura predicere possit. Et si aliqua istasignificare inveneris, non mircris, quia ego peccalor sim; quum donum prophelia) (leste sancto ThomA, slat cum i)eGcato mortali. Hac etiam ralione non me justum et bonum existimes, quum ego infelix pcccator sum, et multorum sum conscius peccalorum. » — 11 est certainement très-singulier que fra Benedelto, après sêlrc appelé prophète, confesse ingénument ne pas sa-

lutle qu'il eut à soutenir contre le besoin de raconter ses visions, lutte dont il ne put sortir victorieux. Cet ouvrage est écrit en latin. Il est très-correct et presque élégant, si on en compare le style à celui des autres ouvrages de Savonarole. Il y a môme une certaine vigueur d'imagination dans le récit de plusieurs visions. On se souvient de celle que Savonarole eut en 1192 (I). Yers le môme temps il en eut une autre, qui mérite d'ôtre rappelée. Il vit une croix noire s'élever du milieu de la ville de Rome et monter jusqu'au ciel; sur cette croix étaient inscrits les mots : Crux irœ Del. Le ciel s'obscurcissait; des nuages effrayants volaient dans l'air; le vent et le tonnerre grondaient; il pleuvait des flèches, du feu, desépées; une immense multitude d'hommes périssait. Tout à coup la vision se transforme; le ciel reprend sa sérénité et la croix noire disparaît. Du milieu de Jérusalem surgit une autre croix, rayonnante d'or, qui illumine et réjouit le monde, et sur laquelle on lit l'inscription suivante : Crux misericordiœ Dei. Pour l'adorer, la foule accourt de toutes les parties du monde. Cette vision acquit, elle aussi , une grande popularité ; elle fut propagée par un nombre infini de gravures et reproduite dans les éditions des œuvres de Savonarole. Sa signification et les espérances qu'elle devait syniboliser étaient très-faciles à comprendre. Cependant, il y

voir si ses visions sont simplemenl des songes ou des révélations , des opérations de la nature ou des apparitions diaboliques. Tant il est vrai que ni Savonarole, ni ses partisans ne s'étaient pas formé sur cette matière une opinion bien précise, el qu'ils étaient très-portés à prendre pour des révélations toutes les illusions et tous les songes qui avaient un caractère religieux.

(1) Nous voulons parler de la vision relative à l'épée du Seigneur, vision que nous avons citée dans le ch. ix du livre 1, p. 192.

a une autre vision plus difficile à expliquer, c'est celle où Savonarole se présente comme ambassadeur des Florentins auprès 'de Jésus-Christ, et où il raconte longuement son étrange voyage dans le paradis. Après avoir décrit minutieusement le paradis , il rapporte les paroles qui lui furent dites par divers personnages allégoriques et par la Vierge. En parlant du trône de la Vierge, il va jusqu'à indiquer la quantité et la qualité des pierres précieuses qui ornaient ce trône. Le mystérieux voyage se termine par un discours que Jésus-Christ adresse aux Florentins , en prenant Savonarole pour intermédiaire, discours qui confirme toute la doctrine du Frère. Celte vision fut rapportée pour la première fois dans un sermon du mois de mai 1495. Elle semble avoir soulevé quelques critiques et quelques contradictions, car, en écrivant à un ami (1), Savonarole se plaint de propos dictés par la malveillance : « Si l'on avait écouté attentivement, on aurait compris que je n'ai pas prétendu avoir été corporellement dans le paradis, et que mon récit retraçait seulement une vision imaginaire, car il n'y a dans le paradis ni arbres, ni eaux, ni escaliers, ni portes, ni sièges. Pour toute personne de bonne foi, il était aisé de saisir que toutes ces choses ont été simplement mises devant mon esprit par le ministère des anges. » Mais qui voudrait admettre que ces songes bizarres étaient l'œuvre des anges plutôt que les créations d'une imagination troublée?

La puérilité môme de pareilles visions nous fournit un puissant argument pour défendre Savonarole contre

H) Ad aviicum deficientcm. Quélif, t. II, p. 209.

ceux qui l'accusent d'avoir manqué de sincérité et d'avoir exploité la crédulité populaire, au profit de son autorité. Cette accusation , si elle était fondée, déconcerterait toutes les idées que fait naître le caractère de Jérôme, réduirait toute la vie du Frère aune incohérence absolue et rendrait inexplicables non-seulement ses plus belles qualités, mais aussi ses plus graves erreurs. Comment croire qu'un homme prudent, expérimenté, intelligent comme l'était Savonarole, ait pu se montrer si naïf et si maladroit dans l'art de tromper? En admettant même qu'il ait eu l'intention d'abuser les Florentins, quel besoin avait-il de raconter ses supercheries aux quatre vents? Quel besoin avait-il, pour en imposer au peuple, d'écrire des traités obscurs et compliqués sur les visions, de s'entretenir sur ce sujet avec ses amis, avec sa mère, et de confier aux marges de ses Bibles l'examen détaillé de la question? (1) Les choses dont ses admirateurs impartiaux souhaiteraient le plus d'effacer le souvenir, les choses que la duplicité la moins prudente aurait peut-être racontées au peuple, mais n'aurait certes pas imprimées, sont précisément celles qu'il publiait et republiait, celles qu'il cherchait à prouver avec le secours de la Bible et de saint Thomas. Il y a là une particularité de caractère bien digne de réflexion : cet homme qui subjuguait un peuple entier, qui remplissait le monde de son éloquence, qui était le philosophe le plus original de son siècle, qui avait donné à Florence une forme de gouvernement préférable à toutes les cons-

(1) Dans SCS annotations bibliques, dans ses lettres à sa mère, à ses frères, à ses amis, il exprime toujours les mêmes idées sur l'importance de ses prophéties ; on y trouve les mêmes principes, les mêmes sentiments et les mêmes contradictions.

lilulions anlérieures, s'enorgueillissait d'avoir entendu des voix dans l'air, d'avoir vu l'épée du Seigneur, d'avoir été l'ambassadeur des Florentins auprès de la Vierge! C'est un fait que l'histoire ne doit ni cacher, ni altérer; elle doit seulement le mettre dans son vrai jour, parce qu'il peut devenir le sujet d'une sérieuse méditation pour le philosophe. On éprouve une impression solennelle en observant combien laProvidence humilie profondément les plus grands hommes : à leurs facultés presque divines elle associe des faiblesses singulières, afin de nous rappeler qu'ils ne furent, eux aussi, que de pauvres mortels.

Cet étrange contraste ne se manifesta jamais avec plus de force qu'en Savonarole et pendant l'époque inaugurée par le Frère. Au milieu de ce rajeunissement du genre humain, toutes les facultés semblaient s'exalter outre mesure; on eût dit que la vie était devenue une sorte de fièvre, accompagnée d'un délire dont il était impossible de se préserver. Nous avons vu le grave Marsile Ficin changer chaque jour les pierres de ses bagues suivant l'état de son esprit, changer aussi dans ses amulettes les griffes et les dents des différents animaux, et disserter en chaire sur les vertus occultes de ces objets. François Guichardin, nous l'avons dit, affirmait avoir été en rapport avec les esprits aériens, et Cristoforo Landino recherchait dans les astres l'avenir de la religion chrétienne. On peut donc conclure que Savonarole ne différait de ses plus célèbres contemporains qu'en ce qu'il attribuait à des causes religieuses et surnaturelles les effets que les autres philosophes et les autres penseurs attribuaient aux puissances occultes. Si nous pénétrons plus avant dans cette période historique que les Français ont ap-

pelée Renaissance, notre élonnement deviendra plus grand encore. Les songes de Pomponace, de Porta, de Cardano laissent loin derrière eux ceux du Frère de Saint- Marc. Ces hommes hardis qui, à travers les sciences occultes, frayèrent la voie à Galilée, vivaient dans une sorte de rêve continuel. Personne aujourd'hui ne voudrait croire à la réalité des songes de Cardano , si lui-même ne les avait racontés dans sa biographie; personne ne voudrait croire à la grandeur de son intelligence, si ses écrits n'étaient parvenus jusqu'à nous pour confirmer ses découvertes. Cardano abandonna- aux visions la plus grande partie d'une vie qu'il aurait dû consacrer tout entière à la science. Entendait-il un sifflement, il le prenait pour la voix de son génie; une guêpe qui entrait dans sa chambre lui donnait Toccasion d'écrire un volume presque entier de prédictions, et il accordait tant de foi à ces prédictions, que, au dire des historiens, il se laissa mourir de faim pour amener la réalisation de l'une d'elles (1).

Tels furent^ les hommes, tels furent les temps qui devaient donner à la religion, à la science et à la liberté" de si nombreux martyrs. Nous l'avons dit plusieurs fois : si l'on ne met pas Savonarole à la tête des temps nouveaux, on ne pourra jamais comprendre son caractère. Quand il montait en chaire pour annoncer les événemenls futurs, il les voyait avec tant de certitude , qu'il croyait presque franchir le seuil d'une ère nou-

(1) Ce dernier fait est affirmé par De ïliou. Voir Libri, Histoire des sciences mathéi7iaiiques ; Cavdano, De vite propriâ. Quant à Porta, on pourra lire ce qu'en dit Libri et ce que lui-même écrit dans son ouvrage sur la Magie. Voir aussi : Die philosophische Wellanschauung der J{eformaiionszeU,\on Carrière, Stuttgart, 18*7.

velle; il pressentait si vivement l'avenir qu'il y vivait déjà. Quand, au contraire, il voulait raisonner sur le don merveilleux qu'il possédait et qui ne s'explique que par la grandeur de son esprit, il reculait vers le passé, et, redevenant esclave de la scolastique, il ne se comprenait pas lui-même. Aussi, dans Savonarole, comme dans toute son époque , nous voyons le passé et l'avenir se livrer un violent combat. Le passé est encore profondément enraciné , mais il se dessèche déjà et perd sa vitalité, tandis que l'avenir, jeune et vigoureux, grandit en sentant que le monde lui appartient.

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