C. Cantu : Hérétiques d'Italie, t. I, p
Audin .-Histoire de Léon X.
Burkhard : Geschichte der Renaissance.
Spangcnberg (Cyriacus) : Historié von Leben , Lehre und Tod. II. Savonarola, etc.; Wittenb., 1557, in 8°.
Ekerm an [Peter). Dissertatio de H. Savonarola, peracri vitiorum papislicorum animadversore ; Upsal, 1762, in-4''. Scarponio (ISiccolù) : Vita del P. G. Savonarola dell' ordine de'
de la Mirandole. — Burlamacchi, d'illustre famille lucquoise, avait été l'un des auditeurs les plus assidus de Savonarole; profondément touché par les sermons qu'il
predicatori ; Ginev. (Firenze), 1781, in-8°. C'est une satire sanglante contre Savonarole.
Marion {Emile) : Vie d-e J. Savonarole. Strasb., 1839, m-k".
Carie (P.-J.). Histoire de Fra. J. Savonarola, Paris, 1842, in-S".
Life and times of G. Savonarola, illuslrating the progress of Ihe reformalion duringthe fifteenth century ; Lond., 1843, in-12.
Catarino (Ambrogio) : Discorso contro la doltrina e le prophétie di G. Savonarola. Venez., 1548, in-8°.
Buddeus {Johann. Franz) : Disputationes II de artibus tyrannicis H. Savonarolee. Jenae, 1690, in -8°.
Baroiil {J.-A.). Memorie istoriche di letterali Ferraresi. Ferrare, 1792, t. I, p. 68et suiv.
Varc/ii (édition LeMonnier, 1857-1858) : lettre de J. Benivieni à Clément VII.
Le P. Rouard de Card : Jérôine Savonarole et la statue de Luther à Worms. Paris, 18G7, chez Poussielgue.
L'année Dominicaine (18G0-1865).
Gordon : Vie d'Alexandre VI.
K'rabbe : Savonarole.
ISoel Alexandre : Histoire ecclt^iastique.
Richard : Dictionnaire ecclésiastifiue. — Analyse des conciles.
Bullaire de Tordre dominicain.
L'abbé Guyot : Somme des conciles, Paris, 18G8. Palmi.
BurcJiard : Diarium.
L'abbé Christophe .-La papauté a.ixxiv*" etxv'sièdes, 18G3. A.Bray.
Wiener allgem. Lit. zcilung, 18C9, n° 19.
Ammon {C. F. von) : Gruud/iige der Théologie des Hieron. Savonarola. ( Article publié dans le nouveau journal critique de la littérature théologi(iue, t. Vlll )
G. Rapp : des Martircrs Ilieronirno Savonarola erweckliche Schriften. Stuttgard, 1839, in-8'.
Savonarola, dcr Marlirer in Florenz, cine Wundcrgeschichte aus demw Jahrhundert. Leipzig, 1801. (Sans nom d'auteur.)
Archivio sforico italiano : Appendice n° 23 : Cedrus Liban! de Fra Benedetto. — Appendice n" 2j : Lettres de Savonarole et documents trouvés parle P. Marchese. — Nuova série, t. IX : La v'ie et
- iO —
avait entendus, il se décida enfin à prendre l'habit dominicain. Un an après le martyre du Prieur de Saint-Marc, il entra au couvent de San-Romano, à Lucques, et là il «e mit à écrire la vie de son maître, non avec l'art d'un historien, mais avec une certaine vivacité naïve de chroniqueur. Il avait pratiqué Savonarole et connu les plus intimes amis du grand réformateur; il avait été en relations avec ceux qui avaient assisté à tous les faits les plus saillants de la vie du Frère ; et la plupart de ces faits, il les avait vus de ses propres yeux. C'était avec soin, avec amour, avec la plus scrupuleuse conscience qu'il écrivait; nous avons pour garant de sa sincérité la pureté de sa vie, car il mourait en odeur de sainteté, l'année 1519. Sonmanuscx"it, qui resta longtemps ignoré, finit cependant par circuler dans les couvents, et servit de modèle à un nombre infmi de biographies , écrites par des dévots fanatiques et dont aucune n'eut une grande importance. Enfm, Mansi publia en 1729, parmi ses Addizioni aile Miscellanee del Baluzio, le travail de Burlamacchi (1), en y ajoutant une longue description d'étranges miracles, description faite par le P. Timoteo Bottonio, au témoignage de qui on ne doit, selon nous, attribuer aucune valeur.
les écrits de Marsile Ficin. — Nuova série, t. XYIII : deux articles d'Isidoro del Lungo sur les ouvrages de MM. Yillari et Aquarone. — Terza série, 1. 1, parte i. Lupi : Nuovi documcnti inlorno a Fra (lir. Savonarola. — T. lY, parte ii. Pilti : Apologia dci Cappucci. — T. lY, parte ii : Yita di Picro Capponi.
Stcphani Baluzii Misccllanca novo ordine digesla et aucla opéra ac studio Joamiis Dorainici Mansi lucensis. Lucœ, 17C1. Le l. I (p. 583-503 ) coulient quinze!. 'tires de Savonarole. {Note du trad.)
(1) Ce Iravail lut ensuite iinpriinj à pari : Vda del P. F. Girolamo Savonarola, s^rilU dal P. F. Pacilico Burlamacchi, lucchesc ; Lucca, 17G4.
Le comle Jean François Pic de la Mirandole, neveu du fameux Jean Pic, avait personnellement connu Savonarole et avait conçu tout de suite une fervente admiration pour lui. Il s'était trouvé à Florence pendant la période la plus agitée de cette vie qu'il voulait décrire; il avait assisté au martyre de son héros, dont il conservait les reliques avec dévotion. Philosophe et remarquable écrivain latin, il était un des hommes les plus savants et les plus incorruptibles de son temps. Il mit une ardeur incroyable à recueiUir les renseignements, écrivit à plusieurs reprises et sous diverses formes son ouvrage, le fit lire à beaucoup de personnes qui avaient été liées avec Savonarole, et le publia enfin l'année 1530 (l).
La ressemblance qui existe entre ces deux biographies est telle que Pic fut soupçonné d'avoir pris pour modèle Burlamacchi. Mais les déclarations des écrivains contemporains (2) nous ont donné cette conviction que, très-probablement, Pic ne connut même pas la biographie de Burlamacchi, laquelle, ainsi que nous l'avons déjà dit, resta longtemps ignorée. En poursuivant notre travail, notre confiance dans ces deux auteurs a augmenté de plus en plus, et nous avons constaté que leurs paroles méritent une foi beaucoup plus grande que ne le ferait supposer le ton, un peu fanatique et superstitieux, de leurs écrits.
Il serait inutile de citer ici toutes les biographies iné-
(f) Vita Jî. P. Fr. Hicronymi Savonarohr, auctorc 111. D. Joan. Franc. Pico; Parisiis, 1674. Celte édition , duc aux soins de Quétif, a trois volumes; les deux derniers et la moitié du premier contiennent les additions laites par Quétif lui-même.
(2) Fra Benedelto , Ccdrus Libani , t. II, et la biographie anonyme que possède la Magliabechiana , parmi les manuscrits des couvents, 1. vu, 28.
dites dont nous nous sommes servi. Nous nommerons, de préférence, celles de Fra Marco délia Casa (1), du moine Placido Ginozzi (2), et une troisième, beaucoup plus importante, qui se trouve, sans nom d'auteur, dans la bibliothèque Magliabechiana de Florence (3). Tous ces ouvrages sont dus à des contemporains et à des confrères de Savonarole. La biographie écrite par le père Serafmo Razzi, également moine à Saint-Marc, est généralement moins ignorée. Ce travail n'est qu'une compilation faite d'après Pic et Burlamacchi, car Razzi ne vivait pas du temps de Savonarole et n'avait pas la pénétration d'esprit nécessaire pour se livrer à de nouvelles recherches. Cependant, il a pu consulter quelques vieux Florentins qui avaient été en rapport avec Savonarole, notamment l'octogénaire Lorenzo Yioli , l'auteur des Giornate, qu'il lut et qu'il résuma. Il avait, de plus, rassemblé et transcrit un très-grand nombre d'apologies et d'autres écrits concernant la vie et la doctrine de son héros (4}.
Après avoir étudié les biographies, nous nous sommes
(1) Dans le couvent de Sainl-Marc.
(2) Dans la bibliotlièquo Riccardi.
(3) La même qui est citée dans la note 2 de la p. 20.
(4) Les manuscrils des œuvres de Razzi se trouvent dans les bibliothèques Magliabechiana et Riccardi. — Sa biographie de Savonarole na jamais été pubUée. On en peut voir une copie dans la bibliothèque que la Société biblique j ossèdc à Paris, place A'endôme. Le dominicain Razzi sollicita plusieurs fois du pape la canonisation de Savonarole, et quand, âgé de soixante-dix ans, il eut terminé la Vie du Frère, il fit à âne le voyage de Rome pour présenter son ouvrage à Clément VIII pendant les fêles du Jubilé (1599). Le Souverain-Pontife approuva le livre de Razzi, mais il nen permit pas la publication, parce que la mémoire de Savonarole avait encore trop d'ennemis. {^ole du trad.)
appliqué à rechercher les documents nouveaux, surtout les documents relatifs à ce procès, qui avait toujours éveillé une si grande curiosité. Le procès imprimé était généralement connu; mais Savonarole avait été interrogé trois fois, et nous sommes parvenu à retrouver le manuscrit des deux autres interrogatoires. Nous avons également découvert les dépositions de ses deux compagnons de martyre, Fra Salvestro et Fra Domenico; mais ces pièces ne nous fournissaient que peu d'éclaircissements, parce qu'elles étaient, en maint endroit, falsifiées par le notaire de la Seigneurie. Les interrogatoires d'une foule d'autres personnes, impliquées dans le procès de Savonarole, étaient autographes dans un manuscrit que Meier avait le premier découvert, sans l'examiner avec soin. Nous y avons puisé de précieux détails sur les derniers jours de Savonarole; quant aux autres documents trouvés, mais non étudiés par Meier, ils nous ont été aussi d'un grand secours.
De nouvelles investigations nous amenèrent à rencontrer une copie des dépositions véritables et authentiques que fra Domenico avait écrites de sa propre main. Mais il nous fut démontre qu'il ne fallait pas compter sur le mcMiie succès pour l'interrogatoire de Savonarole. On ne lui permit pas, comme à Fra Domenico, d'écrire sa confession lui-même; ses réponses furent transcrites et altérées par le notaire, et, ainsi dénaturées, elles servirent à rédiger les actes du procès. Elles constituaient donc, dans cet état, tout ce que Ton pouvait espérer de plus conforme à la vérité. Par malheur, il semble que ce document ait complètement disparu. Cependant, nous avons trouvé les manuscrits de deux auteurs qui
l'avaient vu, et qui, en le comparant avec le procès imprimé, en avaient noté toutes les principales différences (1).
L'un de ces deux manuscrits était la troisième partie du Vulnera Diligentis de Fra Benedetto, partisan et intime ami de Savonarole. Nous parlerons ailleurs de cet écrit et de son auteur; il suffit de dire, pour le moment, que la troisième partie était tout à fait inconnue et qu'elle traite uniquement du procès. L'autre manuscrit était VApolofjia ou les Giornate de Lorenzo Violi, ouvrage qui semblait perdu depuis longtemps (2). Yioli avait écrit les sermons de Savonarole au mo-
(1) L'Intérêt de ces procès était (el et le temps que nous dûmes consacrer à noire travail lut si long, que plusieurs personnes, avant l'achèvement de notre ouvrage, firent paraître certains documents trouvés par nous et dont assurément nous ne voulions pas faire mystère. Nous n'avons donc pas le droit de présenter comme inédits tous les documents relatifs au procès, que nous découvrîmes à Florence; mais nous ne pouvons nous abstenir de les mettre dans l'Appen-r dice, parce que la publication de ces pièces, dirigée par des écrivains qui n'avaient pas approfondi le sujet , fut nécessairement très-imparfaite. C'est ce qui eut lieu pour les procès apocryphes de Savonarole , que le professeur Paolo Emiliani Giudici inséra dans l'Appendice de sa Siorki dei municipii italiani. Les savants compilateurs du Giornnle Storico degli Archivi ro5COm publièrent avec plus de soin d'autres documents , que nous avions en partie découverts et en partie ras-
. semblés d'après les indications de Meier. Néanmoins , cette publication fut très-incomplète et très-incorrecte, comme nous aurons l'occasion de le prouver dans l'Appendice. — (Voyez l'Appendice de l'édition italienne. )
(2) Les Giornate de Lorenzo Violi n'ont pas encore été publiées. L'édition italienne du Savonarole de M. Villari contient plusieurs fragments des Giornate. Voir dans l'Appendice de cette édition les documents VII (sur les sermons de Savonarole), XLV (sur l'épreuve du feu ) et XLVI ( sur les procès de Savonarole ). — (ISoie du trad. )
ment môme où celui-ci les prononçait. Dans les Giornate,i[ recueillit tout ce qu'il avait vu, tout ce qu'il avait entendu dire de l'illustre dominicain, et il n'abandonna son travail qu'à l'âge de 80 ans, alors que, étant devenu aveugle, il ne put aller plus loin. Outre ces documents, nous avions rassemblé, relativement au procès de Savonarole, tous les renseignements que nous pouvions désirer, toutes les parliculaiités les plus minutieuses. Le fait, si obscur et si controversé, de l'épreuve du feu, nous apparut lui-même sous son véritable jour.
Les événements principaux une fois connus avec précision et certitude, nous avons étudié à fond les écrits de Savonarole. Alors, nous fûmes vraiment surpris de la négligence incroyable et impardonnable des biographes, et nous vîmes qu'ils n'avaient point lu les ouvrages qu'ils citaient sans cesse. Comment expliquer autrement l'inexactitude de presque toutes leurs indications? Gomment expliquer la légèreté de leurs jugements sur les doctrines religieuses de Savonarole et leur ignorance absolue de son système philosophique? Ils ont devant eux un grand penseur, et ils ne s'en aperçoivent pas. Ils s'arrêtent à une production qui n'a aucune valeur, tandis qu'ils négligent celle qui révèle toute l'originalité de l'auteur dont ils s'occupent. Ils demandent avec instance ce que Savonarole pensait dans sa prison, quel était l'état de son âme , et à peine regardent-ils ce qu'écrivait le prisonnier. Nous résolûmes donc d'examiner les moindres lignes de Savonarole, et nous consacrâmes plusieurs années de patiente étude h cette entreprise ardue, sans laquelle il eût été impossible de composer une biographie sérieuse (1).
(1) Nous nous faisons un devoir de dire que si nous avons pu ef.'ec-
Après avoir étudié les œuvres imprimées, nous avons voulu chercher les lettres encore ignorées ou les autres écrits inédits de Savonarole, et nos efforts ne sont pas restés sans résultats; nous avons voulu, pour ainsi dire , surprendre sa pensée sur les marges de plusieurs Bibles qui sont couvertes de ses notes autographes, microscopiques et presque indéchiffrables. Nous fûmes le premier et peut-être le seul à examiner ces notes , et nous pouvons affirmer hautement que Savonarole se montre toujours égal à lui-même ; qu'au milieu de la solitude de sa cellule, dans ses manuscrits les plus secrets, il répète identiquement ce qu'il avait dit en chaire, devant tout le peuple. Ses lettres nous ont servi principalement à mettre en lumière sa lutte avec la cour de Rome, question obscure que plusieurs brefs d'Alexandre VI, jusqu'à présent inconnus, ont contribué à éclaircir.
La vie politique de Savonarole et les vicissitudes de la République réclamaient aussi des recherches. On ne pouvait se contenter des brillants récits de Nardi , de Machiavel, de Guichardin; et les récentes invesliga-
luer cet examen avec soin cl précision , nous le devons en gi-ande partie à l'obligeance du comte Carlo Capponi. Il a réuni , dans sa biblioUièque , les ouvrages, les opuscules, les lettres de Savonarole, en un mot tout ce qui regarde la vie du Frère ; et sa collection est si complète, si bien ordonnée, qu'à noire connaissance aucun particulier, en Italie ou ailleurs, n'en possède une semblable. Le comte Capponi a mis à notre disposition les livres et les manuscrits de sa bibliothèque avec tant de courtoisie, que nous sommes heureux de lui témoigner publiquement notre gralitutle. Nous devrions rendre encore le même témoignage à beaucoup d'autres qui nous ont montré la plus aimable bienveillance; mais nous voulons du moins mentionner les noms du p. Marchese , qui nous a toujours encouragé par son affection paternelle, et du docteur Danzi de Milau, qui, sans même nous connaître, nous a aidé comme un frère.
— volions de Meier et du p. Marchese étaient insuffisantes. A l'aide des Provvisioni ou lois de la république, nous sommes parvenu à reconstruire exactement toute la constitution; à l'aide des Pratiche ou comptes rendus des discours tenus dans le Conseil, nous avons réussi à voir de près les passions et les hommes qui avaient donné à la République une forme et une vie nouvelles. Nous ne savons pas qu'aucun écrivain moderne ait pris en considération ces Prafiche florentines , qui contiennent pourtant, selon nous, le trésor caché de la vieille sagesse et de l'éloquence civile des Italiens. En comparant ces documents avec les sermons de Savonarole, nous avons eu l'occasion de reconnaître jusqu'à quel point le religieux de Saint-Marc avait été l'âme du grand drame politique dont nous nous étions occupé.
On comprendra facilement pourquoi, dans cette biographie, nous n'avons pu séparer le récit des événements de l'examen des écrits ; et pourquoi nous avons été si souvent obligé de rapporter les paroles de Savonarole. Ses traités et surtout ses sermons ne doivent pas ùlre considérés seulement comme des productions littéraires : ils constituaient son unique moyen d'action, aidaient à réorganiser la république , préparaient la régénération morale et religieuse de tout un peuple; ils se rattachent, par conséquent, à toutes les entreprises du Frère et sont quelquefois eux-mêmes les faits les plus importants de sa vie. En outre, dans les dix-huit ou vingt volumes de sermons et d'œuvres ascétiques, il se trouvait des éclairs de génie, des élans merveilleux d'éloquence, très-souvent confondus avec une foule de conceptions scolas tiques. Sans le pénible travail d'un biographe défrichant, pour ainsi dire, le terrain, il était
donc ti craindre que le génie de Savonarole ne continuât encore à rester en grande partie méconnu.
Nous ne nous arrêterons point ici à parler des autres chroniques ou des autres manuscrits que nous avons rencontrés ou lus. Les poésies populaires, les correspondances inédites des particuliers, les lettres secrètes de quelques espions des gouvernements italiens, un nombre très-grand d'opuscules religieux ou politiques, inédits ou imprimés, en un mot, tout ce qui pouvait nous donner un portrait plus fidèle des hommes, des passions politiques et religieuses du temps, a été, de notre part, l'objet d'une attention sérieuse.
Et maintenant, pour terminer cette préface déjà trop longue, nous devons prévenir le lecteur que nous avons commencé et mené à fin notre travail sans aucune idée préconçue. Nous avons choisi Savonarole pour sujet, parce que nous avons cru que Savonarole avait joué un rôle très-important et peu connu dans une époque qui terminait le moyen âge et inaugurait la civilisation moderne. Mais, précisément à cause de cela, nous ne voulions pas que le moine du xv^ siècle devînt entre nos mains le champion des idées et des passions du XIX^ Nous n'avons pas écrit l'histoire de Savonarole pour soutenir un parti politique, pour attaquer ou défendre la cour de Rome. Si le Frère nous avait paru hérétique ou incroyant, nous l'aurions représenté tel, sans aucune hésitation ; comme il nous a semblé essentiellement ca tholique, nous le montrons tel au lecteur. Le système qui veut faire de l'histoire l'instrument d'une cause, quelque noble et généreuse qu'elle soit, est, à nos yeux, absolument faux. Quiconque entreprend de raconter le passé, marche sur un terrain inviolable et sacré. Son
devoir n'est pas de combattre pour la vertu et la liberté; il doitj au contraire, se persuader que Ihistoire du genre humain est, par elle-même, un drame vivant qui conduit l'homme à la liberté , en purifiant les mœurs, en développant la civilisation. Dénaturer l'histoire, môme légèrement, c'est prétendre corriger l'œuvre de la Providence, c'est détruire la sublime harmonie de cette œuvre.
Nous nous sommes conformé à ces principes, en écrivant V Histoire de Savonarole et de son temps. Si nous avons réussi à prouver que ce nom est un des plus glorieux parmi ceux des penseurs, des héros et des martyrs italiens, notre but est atteint et nous sommes plus que largement récompensé de nos peines.