AU
cela, il a été brûlé par le pape (1). Mais il vit dans la bénédiction, et Christ le canonise par notre intermédiaire, dussent le pape et les papistes en crever de rage (2). » Cependant, quand même tout ce que nous avons déjà dit n'aurait pas réfuté complètement l'opinion du grand réformateur, il suffirait pour trancher la question de réfléchir aux derniers actes de Savonarole et de lire le dernier écrit qu'il composa en prison; cet écrit aurait levé tous les doutes de Luther si celui-ci l'avait lu.
Le geôlier, h l'exemple de quiconque approchait le Frère , se prit d'une profonde vénération pour son prisonnier, et le supplia de lui laisser quelques préceptes qui l'aidassent à vivre saintement. Savonarole, après avoir refusé plusieurs fois à cause de ses membres brisés et du manque de papier, dut enfin céder et écrire sur la couverture d'un livre une Règle pour vivre en bon chrétien (3). Cette règle, conservée avec beaucoup de dévotion, fut ensuite imprimée. «La vie vraiment chrétienne, y disait Savonarole, dépend tout entière de la grâce; il faut donc s'efforcer d'acquérir la grâce, et quand on l'a reçue, tâcher de l'accroître. En examinant nos péchés, en méditant sur la vanité des choses mondaines, nous nous acheminons vers la grâce; la confession et la communion nous
(1) Savonarole ne fut pas condamné pour ce motif et ne fut pas brûlj par le pape. ( ISole du iracl. )
(2) «■ Christus canonisirt ihn durchims, sollien gleicli die Pàpste und Papisten mit elnander darilber zerbersien. » M. Luther, Vorredeuber Savonarola Auslegungdes bV Psalms. Cette préface, imprimée dans Tédition allemande des œuvres de Luther, a été aussi publiée en latin.
(3} Rcgola del ben viverecristiano, composta montre era in carcere/eic. Florence, 1498, 1529; Venise, 1547.
disposent à la recevoir. Elle est certainement un don gratuit de Dieu; mais quand nous ressentons un violent mépris pour le monde, un ardent désir de nous tourner vers les choses spirituelles, alors nous pouvons dire que si la grâce n'est pas encore en nous, elle s'approche indubitablement. La persévérance dans la vertu, dans les bonnes œuvres, dans la confession, dans tout ce qui nous a rapprochés de la grâce, est le vrai et sûr moyen de l'accroître. » En présence de pareils témoignages, si le lecteur n'est pas persuadé que cette doctrine est purement et exclusivement catholique, que Savonarole , jusqu'aux dernières heures de sa vie, resta toujours conséquent à lui-même, il nous semble superflu de produire d'autres arguments.