A SON FRÈRE ALBERT
Que la grâce de Notre-Seigneur Jésufi-Christ soit avec vous. J'ai appris,] mon cher frère, qu'Ognibene se trouve dans une grande pauvreté. Puisqu'il est chargé d'une nombreuse famille et que vous n'avez ni femme ni enfants, vous agiriez, je crois, selon les préceptes de la charité divine et de la charité fraternelle si vous lui veniez un peu en aide, comme un bon frère. Autrement, le Seigneur s'irritera contre vous, et, après vous avoir accordé plus de faveurs qu'à vos autres frères , il vous privera de ses bienfaits. Vous ne devez pas compter sur moi, csLTJesuis mortau monde et je ne puis secourir aucun de vous , si ce n'est sous le rapport spirituel , en priant; Dieu qu'il vous éclaire de sa grâce, afin que vous reconnaissiez le néant de cette vie et que vous désiriez la vie éternelle. Ma situation est telle, qu'il vous faut me regarder comme mort en tout et pour tout. Les raisons que je pourrais alléguer seraient trop longues à écrire. Je vous prie donc devons entr'aider, ainsi que le veut la charité, et de donner à Ognibene, de temps en temps, quelque argent ou quelques mesures de blé. Si vous faites parfois l'aumône, ce qui est un devoir rigoureux, vous n'ensauriezfaireune plus à propos. Celui, dit l'apôtre, qui n a pas
(1) Voici l'adresse de cette lettre : Egregio Artium et Medicine Doctori M° Alberto Savon ar oie fratri suo amantissimo. Ferrarie.
soin des siens et surtout des membres de sa famille^ renie la foi et est pire qu'un infidèle (1). Par les entrailles delà miséricorde de notr^Dieu, je vous conjure donc d'assister votrefrère en quelque chose durant Thiver prochain. J'adresse les mômes prières à votre maître Jean. Secourez tous deux Ognibene et appliquez-vous ensemble à vivre chrétiennement, car le monde se dessèche. Si vous êtes généreux, surtout envers les vôtres lorsqu'ils sont dans le besoin, Dieu se montrera, de son côté, généreux envers vous. Je vous recommande nos sœurs. Que la charité de Jésus-Christ soit avec votre esprit. Amen.
Florence, 28 octobre 1495.