A JEANNE CARAFFA (I
Magnifique dame et Irès-chère sœur en Jésus-Christ, votre lettre m'a fait grand plaisir en m'apprenant que vous aimeriez mieux mourir qu'offenser Dieu. Vous prouvez par là qu'il vous a accordé sa grâce et que vous avez déjà obtenu de sa miséricorde la rémission de vos péchés. Si vous persévérez dans vos bonnes résolutions, si vous renoncez à l'amour du monde et à ses vanités, si vous considérez avec une foi vive la brièveté de cette vie et la gloire éternelle des bienheureux, enfin si vous aspirez sans cesse à cette gloire, j'espère que vous trouverez d'ineffables consolations. Méditez sur l'amour que vous porte notre Sauveur Jésus-Christ; je ne doute pas que vous ne l'aimiez profondément à votre tour, et vous marcherez avec joie vers la vie éternelle. Amen. Je prierai Dieu pour vous afin qu'il en soit ainsi. Que la grâce et la paix régnent toujours dans votre esprit. De Florence, 11 décembre 1495.
A CUARLES VIII (2).
Rex, in œtcnium vive. Il y a peu de jours, j'ai écrit à Votre Majesté très-chrélienne une lettre dans laquelle
(1) Femme du comte Jean François Pic de la Mirandole.
(2) Cette lettre et les deux lettres suivantes se trouvent à la bibliothèque Riccardi,dans le manuscrit portant le n° 2053. Il y ef^i dit qu'elles furent envoyées post admissionem regni ISeapolitani. Une ncte du manuscrit de la bibliothèque Riccardi nous apprend que la première et que la seconde de ces lettres furent écrites en français par Savonarole. Mais le manuscrit dont nous parlons ne les donne que traduites en italien. Nous les avons à notre tour traduites de lilalien en français, (yote du irad)
je vous démontrais pourquoi vous ne deviez plus douter que c'est la main du Dieu tout-puissant, et non votre propre force,, qui vous a conduit en Italie, vous en a ramené et vous a délivré des grands périls dont vous menaçaient les ennemis de votre cause et de votre salut. Comme je vous ai prédit ces choses de la part de Dieu , Votre Majesté ne devait plus demander aucun signe pour croire à mes paroles, car vous aviez la certitude, roi Très-Chrétien, que, en écrivant à Votre Majesté, je n'avais fait que lui transmettre les ordres du ciel. Ayant donc considéré quel amour Dieu vous montre, quelle sollicitude spéciale il vous témoigne, puisqu'il daigne vous indiquer ce que vous avez à faire pour vous assurer une glorieuse victoire dans toutes vos entreprises et pour accroître la puissance de votre très-haute Seigneurie, je m'adresse de nouveau à Votre Majesté trèschrétienne au nom du Dieu tout-puissant, afin que vous ayez soin d'exécuter vos engagements envers les Florentins, de leur restituer ce qui leur appartient, et de les traiter avec considération, afin que vous ayez confiance dans leur fidélité, afin que vous réprimiez la conduite méchante et perverse de vos serviteurs. Si vous agissez de la sorte, je vous déclare et je vous promets, de la part de Dieu, que vous remporterez la victoire et que vous acquerrez autant de puissance qu'en voudra Votre Majesté Très-Chrétienne; je vous promets que votre nom deviendra illustre dans le monde entier. Mais souvenezvous que, pour n'avoir pas voulu me croire jusqu'à présent, vous avez subi les malheurs que je vous avais prédits. Je vous avertis encore une fois que si maintenant du moins vous me croyez, et que si vous observez mes recommandations,vous recevrez toutes les faveurs et toutes
les grâces que je vous ai annoncées et promises au nom de Dieu.
En voici le motif: Dieu est plus porté à la miséricorde qu'à la justice, plus disposé à faire du bien que du mal à sa créature. Or, si pour n'avoir point obéi à ce que je vous ai ordonné de sa part vous avez été atteint par les infortunes qu'il vous a envoyées , vous devez être convaincu, à plus forte raison, qu'en vous conformant aux instructions que je vous ai transmises en son nom vous recueillerez bientôt les avantages promis par lui. Et vous devez d'autant plus tenir compte de ce qu'il vous commande par la bouche de son inutile serviteur, que vous y êtes d'ailleurs obligé, et que vous ne pouvez mal faire en remplissant ce devoir. Si, après avoir obéi à Dieu, vous ne recevez pas la récompense que je vous ai promise de sa part, je trouverai iDon, je vous le déclare, que vous n'ajoutiez plus aucune foi à mes paroles. Gratia Domini nostri Jcsu Christi et potentiel majestatis ejus, tecum. Domine mi rex, fiat^ fiât.