‹ Jérome Savonarole et son temps d'après de nouveaux documentsChapitre 33 sur 65 · A CHARLES VIII · texte numérisé non relu

A CHARLES VIII

ReXj in œternum vive. Le Dieu tout-puissant, qui régit et gouverne les créatures inférieures par les supérieures, éclaire d'abord sur les mystères de son Église les anges supérieurs, puis, par eux, les anges inférieurs, par ceuxci les hommes qu'il a élus, et enfin par ces derniers tout le reste de son Église (1). Et comme les anges inférieurs croient aux anges supérieurs, comme les minisires de Dieu parmi les hommes croient aux anges inférieurs, auxÉcrituresetauxdoclrinesqu'elles contiennent; ainsi,

(1) Ces idées se trouvent conlinuellement reproduites dans les sermons de Savonarole.

le Seigneur veut que les hommes croient à ses prophètes quand les prophètes les éclairent. Et les hommes qui ont cru, en toute simplicité, aux servileurs de Dieu, ont toujours retiré de leur foi utilité, honneur et gloire, et en même temps que la puissance temporelle ils ont acquis le royaume éternel. Mais ceux qui n'ont point voulu croire ont été réprouvés par Dieu. Outre la vie et les biens temporels, ils ont perdu les biens éternels, et l'histoire a flétri leurs noms.

Roi très-chrétien, les paroles que j'adresse à Votre Majesté ne viennent pas de moi, mais de Dieu. Méditez bien, je vous en prie, ce que le roi éternel a daigné vous faire savoir, et efforcez-vous de lui obéir, parce que les paroles de Dieu ne tomberont point par terre, car il est écrit : Cœlum et terra iransibunt, verba autem mea non transîbunt. Roi très-chrétien , vos Florentins vous ont prouvé leur fidélité, en souffrant pour vous jusqu'à présent toutes sortes d'épreuves; et néanmoins Votre Majesté ne leur a pas rendu leurs propriétés, ce qui les met dans une grande détresse. Dieu est trèsirrité de votre conduite. Les larmes de ses serviteurs ont monté jusqu'à son trône , et il a commencé à vous donner quelques signes de sa colère. Je vous prie donc de ne pas vous laisser entraîner hors de la bonne voie par de mauvais conseillers. Que Votre Majesté observe les conventions, non-seulement par égard pour les Florentins et pour moi, mais surtout par crainte de Dieu; sinon, dans son juste courroux, Dieu vous retirera complètement sa protection. Cette fois encore, je vous ai écrit ce que Dieu m'a inspiré (I).

(1) D'après ces lettres, on voit combien Savonarole croyait fermement à sa mission prophétique.

A CDARLES VIll.

ReXj in œlernum vive. Profondément affligé des tribulations qui sont survenues à Voti« Majesté très-chrétienneje n'ai pu mempêcher de vous écrire ce que Dieu m'a inspiré en vue de votre salut. Prince très-chrétien, le Seigneur, dont la main vous a donné la victoire en Italie, vous a de nouveau, dans son infinie miséricorde, gardé et préservé de très-grands périls. Votre Majesté sait que le Seigneur a daigné vous faire prédire par son inutile serviteur la victoire de Naples, pour que vous comprissiez que ce succès était dû au Tout-Puissant , non à votre mérite. Comme vous n'avez pas voulu reconnaître cette vérité, il vous a fait prédire par le même serviteur les difficultés qui devaient vous assaillir en punition de votre incrédulité, de vos propres péchés etdes péchés de vos gens, afin qu'envoyant se réaliser tous les événements prédits vous ne demandassiez plus d'autres signes, mais que vous crussiez à mes simples paroles et que vous accomplissiez tout ce que je vous ai commandé de la part du Dieu éternel.

Vous voyez maintenant la confirmation de ce que je vous ai annoncé : la révolte de vos peuples et les graves embarras que devaient vous susciter vos ennemis. Et ne croyez point avoir surmonté ces périls par vos propres forces; vous n'y avez échappé que par la miséricorde de Dieu, grâce aux prières que nous avons faites pour la conservation de Votre Majesté. De rechef, je vous déclare, au nom de Dieu, que si vous ne me croyez pas, que si vous ne restituez pas aux Florentins leurs propriétés, que si vous ne réprimez pas les procédé»

perfides et violents de vos serviteurs, il vous enverra des tribulations plus redoutables que les précédentes. Persisterez-vous dans votre obstination, refuserez-vous de vous humilier, alors je vous prédis de la part de Dieu que vous cesserez d'être son ministre et qu'il en choisira un autre. Mais si vous me croyez, si vous tenez vos promesses aux Florentins, en leur rendant ce qui leur appartient et en les traitant avec considération, comme je l'ai déjà écrit plusieurs fois à Votre Majesté Très- Chrétienne, enfin si vous gouvernez bien vos peuples, en punissant les méchants et en récompensant les bons. Dieu vous donnera encore la victoire, le monde entier ne vous pourra résister, et vous aurez tous les pays, toute la puissance que vous souhaiterez. Que Votre Majesté Très-Chrétienne réfléchisse bien à mes paroles et n'écoute point les hommes qui ne comprennent pas les desseins de Dieu, et qui, au lieu de chercher votre gloire, ô roi Très-Chrétien , ne songent qu'à eux et à leur propre intérêt. Je prierai Dieu d'éclairer votre cœur, afin que je n'aie plus à gémir sur vos tribulations, comme le prophète Samuel pleura sur la réprobation de Saiil roi d'Israël.

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