‹ Jérome Savonarole et son temps d'après de nouveaux documentsChapitre 34 sur 65 · AU COMTE GALEÔTTO PIC DE LA MIRANDOLE · texte numérisé non relu

AU COMTE GALEÔTTO PIC DE LA MIRANDOLE

Illuslrissime et Excellentissime princeps, misericordia et oax Dei etSalvatoris noshi Jesu tecum sit semper. On m'a rapporté que Votre Excellence, prêtant l'oreille à de fausses informations, venues de gens qui ne marchent pas avec droiture en présence . de Dieu, se plaint de moi et de mes prédications. Peut-être vous aura-t-on persuadé que je vous suis hostile et que je parle

contre vous. J'en suis vivement peiné, car j'aime votre Seigneurie, ainsi que les autres princes italiens et tous les hommes, et je suis prôt à mourir pour votre salut comme pour le leur. Dieu ayant daigné me révéler les catastrophes par lesquelles il a résolu de frapper l'Italie si elle ne se retrempe pas dans la pénitence, je n'ai cessé depuis six ans à Florence, depuis dix ans au moins en plusieurs autres lieux, de l'exhorter et de la pousser au repentir, et je lui ai signifié qu'il n*y avait pas d'autre remède. L'Italie tout entière a entendu ma voix ; mais, au lieu de s'amender, elle s'est rendue plus coupable qu'auparavant et a fait tout le contraire de ce qu'elle eût dû faire. Aussi, loin d'être apaisé, Dieu est plus que jamais irrité. 0 prince, je vous indique la seule voie par laquelle vous puissiez vous sauver, et j'adjure Votre Excellence de reconnaître son Sauveur. Faites pénitence de vos péchés, car le châtiment approche. Si vous reconnaissez Jésus-Christ pour votre Seigneur, et si vous revenez à lui, il vous traitera avec miséricorde et vous conservera môme vos États dans leur intégrité. Sinon, vos affaires iront mal, et les événements finiront par prouver que mes conseils étaient préférables à ceux d'autrui et que je vous aimais beaucoup plus , vous et les autres princes de l'Italie que ne le font vos prétendus amis. Ce n'est point par crainte, ce n'est point non plus par intérêt, que je vous tiens ce langage. Je ne désire et ne veux recevoir de vous et des autres princes ni or, ni argent, ni faveur, ni louanges, ni récompense, ni aucun bien passager. Pour prix de mes prédications, je n'ai jamais attendu et je n'attends encore que l'infamie, les opprobres, les persécutions et enfin la mort. Je l'appelle de tous mes vœux et j'y

trouverai mes dernières délices, quia mihivivere Chrkius est, et mori lucrum.

ScrvusJesu ChristiinutillSj Fr. Hieronymus de Ferraria. Florence 26 mars 1496.

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