‹ Jérome Savonarole et son temps d'après de nouveaux documentsChapitre 43 sur 65 · A JEAN.\£ CARAFFA · texte numérisé non relu

A JEAN.\£ CARAFFA

Magnifique dame et chère sœur en Jésus-Christ sachant combien vous êtes à Dieu, je veux vous éc'rire quelques lignes pour vous fortiUer dans vos saintes résolutions, pour vous exhorter à reconnaître un bienfait

que ne valent point tous les trésors d'ici-bas, qui est accordé à peu de monde et que les riches surtout reçoivent rarement. Croissez donc en esprit et en vérité. Préférez toujours l'amour de Notre-Seigneur Jésus- Christ à tous les biens terrestres et à vous-même; proposez-vous sans cesse d'accepter la mort plutôt que de consentir au péché mortel. 11 ne faut pourtant pas que votre conscience soit trop accessible aux scrupules, car Notre-Seigneur, dans sa clémence et sa générosité, ne regarde pas aux vétilles. La charité efface tous les péchés. Vivez heureuse par la charité , suivez la route du milieu; et si vous vous en écartez, inclinez plutôt vers l'excès de l'espérance , que vers l'excès de la crainte, car notre Dieu est compatissant, et il est plus porté à faire miséricorde qu'à faire justice. Voulez- vous lui plaire? Demeurez dans l'allégresse, et, au lieu de penser a vos scrupules, ne songez qu'à adorer sa bonté. Néanmoins, quand votre conscience est inquiète , consultez des hommes vertueux et prudents, et suivez leurs recommandations. N'avez-vous pas d'ailleurs votre mari, le comte Jean François, pour lui demander conseil? Vous pouvez et vous devez vous en rapporter à lui ; je sais que ses avis seront excellents. En vous humiliant devant son opinion, vous vous rendrez agréable à Dieu. Cet acte d'humilité attirera en vous la grâce céleste , vous procurera la tranquillité de l'âme , et vous servirez Dieu avec joie. Je prierai chaque jour pour vous; priez aussi pour moi. 11 me semble que je n'ai pas autre chose à vous dire. Que la grâce de Dieu soit toujours avec votre esprit. Amen. J'engage votre Seigneurie à lire la lettre que j'ai adressée à madame Dianora, laquelle peut lire aussi la lettre que je vous envoie , car ce que j'écris

pour l'une, je l'écris pour l'autre , afin d'élargir votre conscience trop étroitement scrupuleuse.

Florence, 6 novembre lUOl.

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