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Ilfaut, n6anmoins, disait-il, en tenir compte ostensiblement quand les motifs qui 1'ont provoquee sont inconnus des fideles; mais lorsque les fldeles sont au courant de laverite, on peut ne tenir aucun compte de 1'excommunication , car alors on ne court pas le risque de causer du scandale. Or, telle e"tait la situation aux veux de Savonarole. II avait tant de fois eclaire" les
Florentins sur les manosuvres pratiques a la cour de Rome , il avait tant de fois defendu la purete" de ses doctrines et expose" sa propre cause du haul de la chaire ou dans ses traites, que les pharisiens seuls pouvaient crier au scandale (I).
Comment cette ardente polemique doit-elle, en somme, etre jugee? II est certain que tous les brefs lances centre Savonarole avaient au fond un but politique plutot que religieux. Les docteurs consulted par le pape ne trouverent jamais condamnables les doctrines du Frere, et le bref d' excommunication ne les de"clarait que suspectes. Alexandre VI, lorsqu'il voulut fonder la congregation toscano-romaine , chercha seulement a eloigner de Florence le Prieur de Saint-Marc et L a favoriser le retour des M6dicis. Yoila, pour tout
(1) La purele des intentions de Savonarole ne saurait etre soup- (;onn6e. Si sa condnite ne fut pas sans reproches, sa volonte" n'aspira qu'au bien : J'atteste devant le Christ, devant la Vierge, devant' la Sainte-Trinite", devant la cour entieredu paradis, que tout ce que j'ai pr6che, jc I'ai pr6ch6 avec une intention droite, ne cherchant qne 1'honneuv de Dieu ct le^ salut des times. Si je ne dis pas la v&rite, que tous ces temoignages, au jour du jugement, se tournent centre moi. (Sermon du2 e jourde carfime (1498), p. 62,
observateur imparlial , ce qui se d6gage de 1'examen des faits. Or, dans la pense"e de Savonarole , la re'forme des mcfiurs, ope"ree par lui avec tant de peine et de perseverance, etait attached au gouvernement populaire ; en outre, la restauralion du regime dechu devait, a coup stir, faire couler des flots de sang. Lorsqu'on r6f!6chit a 1'elroite connexite" qui existait alors entre la polilique et la religion , on est done porte" a ne pas se montrer trop se"vere pour Savonarole. 11 eut mieux fait pourtant de ne point braver le souverain pontife et de se soumettre, quoique injustement frapp6. II se fut mieux conforms a 1'esprit de 1'Evangile, a 1'esprit d'humilite chr6tienne, s'il ne se fiit pas regard^ comme 1'instrument indispensable a la r6forme de 1'Eglise. Qu'au fond de sa conscience il ne se crut pas atteint par la censure dont il etait 1'objet et qu'il protest^ devant Dieu, a la bonne heure. Mais il donnait un exemple perilleux en n'accordant pas le respect exterieur au jugement intervenu , et sa conduite compromettait 1'autorite" pontificale aussi bien que le repre"sentant de cette autorite*. G'est ce que Savonarole ne comprit ou ne pressentit pas assez, quelle que fut d'ailleurs la clroiture de ses intentions. Ecoutons-le lui-meme poser 1'objection et y re"pondre : Mais, mon frere, tu affaiblis le pouvoir eccle-siastique. Cela n'est pas vrai, je me suis toujours soumis et jeme soumets encore aux corrections de 1'Eglise romaine; loin de Paffaiblir, je la fortifie. Settlement, je ne veux pas subir le pouvoir infernal; or le pouvoir qui combat le bien ne vient pas de Dieu, il