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vientdu diable. Cette violence de parole est regrettable, dependant, elle n'6tait pas sans pre'ce'dents : c'est avec Ja me* me audace que Jacopone de Todi s'exprimait centre , Boniface Y1II; saintPierreDamien et saint Vincent Ferrier ne mirent guere plus de reserve dans leurlangage.
Le manque de mesure fut toujours le principal defaut de Savonarole. Ses expressions, prises a la letlre, vont me" me parfois au dela de sa pensee. En voici unexemple : Quand lepouvoir ecclesiastique, dit-il, est corrompu lout entier, on doit s'adresser au Christ, qui est la cause premiere, et dire : tu es mon confesseur, mon ev6que et mon pape. Ici, Savonarole se laisse entrainer trop loin. Le pouvoir ecclesiastique n'est jamais corrompu tout entier ; il ne 1'e" tait pas a l'6poque de Savonarole. Saint Frangois de Paule etait contemporain du Prieur de Saint-Marc ; et a Florence meme, autour de Savonarole, il y avait encore des pretres et des religieux pleins d'une fervente pie'te. Son hypothec est done a tous les points de vue com pi element inadmissible. Nous, devons aussi reconnaitre que ses propositions sont parfois trop gene'rales, trop absolues, et par consequent dangereuses a certains egards.
Savonarole ne se contenta pas de soutenir la nul- Hte de 1'excommunication Ianc6e centre lui. Yoyant que la r6forme de TEglise etait impossible avec un pape qui oubliait dans une vie criminelle les devoirs de pasteur souverain et les dechirements dont 1'unite catholique 6tait menacde, songeant, en outre, qu'Alexandre V
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n'avait du son Election qu'aux plus honteuses manceuvres et a la simonie, il mil tout son espoir dans la reunion d'un concile, et la provoqua de tout son pouvoir. Aneantir 1'autorile d'un ponlife vicieux, qui ne se servait de sa puissance que pour empe'cher le bien, pour encourager les mediants, pour bouleverser, an profit de
ses enfanls, les Etats voisms et pour entraver 1'union si desirable de la religion avec une sage liberte, c'etait la, selon lui, une enlreprise legitime,une tentative conforme alavolontede Dieu. Du resle, cettepens6e, qu'il entretenait depuis plusieurs annees deja, mais dont il n'avait pas encore parle publiquement, ce n'6tait pas lui qui 1'avait congue. Lorsque Roderic Borgia devint pape, les cardinaux qui s'etaient opposes a son election se reTugierent en France pour echapper a sa vengeance. Le premier de tous, par I'animosite' comme par 1'intelligence, etait le cardinal Julien della Rovere, le futur Jules II. II ne cessaft d'exciter Cbarles VIII a convoquer un concile qui de"posat Alexandre VI. Quand le roi fut arrive h Rome, plus de dix-huit cardinaux le presserent de mettre la main sur le souverain pontife et de faire proceder a une nouvelle election. Les canons furent deux fois braques contre le chateau Saint- Ange. Mais, au moment decisif, Charles YIII, toujours hesitant, ceda aux conseils de Brigonnet et crut devoir epargner le pape. Gependant, les cardinaux ennemis d'Alexandre VI n'abandonnerent pas leur.projet. Assieg6 de leurs obsessions, le roi, apres son retour en France, consulta
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la Sorbonne pour savoir si les membres epars de l'%lise pouvaient, avec 1'assentiment des princes, serassembler d'eux.-memes et repre"senter 1'Eglise universelle, dans le cas ou le pape refuserait de convoquer le concile general dont les synodes de Pise et de Constance avaient present la reunion tons les dix ans. Le 7 f6vrier 4-497, lafaculte de theologie, fidele aux doctrines soutenues par Gerson lors du concile de Bale, se prononga pour J'affirmative. II est vraique Charles "VIII ne poussa pas les choses plus loin. Cependant, Savonarole trouvait dans la conduite des cardinaux refugi6s en France et dans les decisions de la Sorbonne un encouragement a ses propres desseins. II resolut d'exciter les princes Chretiens a re'lmir un concile devant lequel il porterail sa cause, et qui, apres avoir depos6 Alexandre VI, reraedierait aux maux de 1'figlise en r6tablissant la discipline, en reformant les abus, en donnant une impulsion nouvelle aux etudes ecclesiastiques. Dans les premiers jours de mai 1498, il e"crivit au roi.de France pour lui demontrerlanecessite de ce concile, et, en meme temps, il 6baucha d'autres lettres, destinees a persuader les rois d'Espagne, d'Angleterre, de Hongrie, ainsi que 1'empereur d'Allemagne. Par malheur, ayant que celles-ci fussent parties, le messager qui se dirigeait vers la France fut arrfite par les espions de Louis le More, et la lefctre a Charles VIII fut livree par le due de Milan au souverain pontife, Celte circonstance precipita la perte de Savonarole.
Ici encore on doitreconnaitre que le Prieur de Saipt-
MarC se trompa et quo sa conduite n'est pas a 1'abri de lout reproche. S'il se ful born6 a recommander aux princes d'insister aupres d'Alexandre VI pour la reunion d'un concile qui eut peul-etre prevenu la reform e de Lulher, rien de plus juste et de plus sage. Mais en faisant convoquer un concile sans le pape et malgre le pape, avec 1'inlention de le depo?er comme coupable de simonie et meme d'incredulite , ne risquait-il pas de susciter un nouveau schisme et de replonger 1'Eglise dans cette anarchic dont elle sorlait a peine et qui avail donne a la corruption un si funeste essor? La gravile des maux presents I'aveugla sur les moyens d'y porter reraede. Ce qui doit 1'excuser, c'est qu'il n'tait point guide" par Pambilion, c'est qu'il obeissaita son ardent amour pour I'lSglise, c'est que l'ide"e d'un concile e"lait approuvee et poursuivie par un grand nombre de cardinaux. Sa faute, apres tout, fut celle du cardinal deSaint- Pierre-aux-Liens, qui n'en devint pas nioins pape. Quant a ses attaques contre Alexandre VI, elles ne iirent que rappeler les violences de langnge et les accusations de saint Cyprien, eveque de Carthage, contre le papeEtienne, violences bien moins justifiees, au fond, que celles de Savonarole, et qui n'empe'cherent pas Cyprien d'etre canonist.
La leltre de Savonarole a Charles VIII sur la reunion d'un concile acheva de rendre implacable la haine d'Alexandre VI contre le Prieur de Saint-Marc. Celte haine trouva bient6t 1'occasion de s'assouvir. A la suite des incidents qui mirent obstacle a I'epreiive du
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feu(l), 6preuve sugger6e par lesArrabbiati, provoquee
par un franciscain, imprudemment accepted par fraDo-
raenico, un desmoines.de Saint-Marc , etperfidementap-
, prouve"e par Alexandre VI, la popularite de Savonarole
s'6vanouit tout a coup. Aux yeux de la multitude , le
prophete se changea en imposteur, et 1'envahissement
du couvent par la populace armee forga le Frere a se
livrer entre les mains de ses ennemis. Apres que la Sei-
gneurie eut fait soumettre Savonarole a 1'estrapade pour
lui arracher des aveux compromeltants, deux commis-
saires apostoliques enlamerent une nouvelle procedure
a 1'aide de tourments plus cruels encore ; et le Prieur
de Saint-Marc, malgre 1'eclat des services rendus,
malgre son innocence incontestable, fut condamne au
gibet efau bucher.
Telle fut la fin de la lutte entre Savonarole et Alexandre VI. Nous en avons retrace les principales peripeties, sans cacber les fautes du Frere. Mais dans 1'auteur de ces fautes il nous est impossible de voir et meme de pressentir un reTormateur he"resiarque, cherchant a renverser les fondements du catholicisme. Le Prieur de Saint-Marc aime rfiglise avec passion; il veut seulement lui rendre sa force et sa vertu en la ramenant a 1'observation rigoureuse de I'^lvangile. La papaut6 est respectee par lui, ses allaques ne s'adressent qu'a Alexandre VI, indigne successeur de saint Pierre (2).
(1) Yoir les inlevessants details donnas parM, Yillari, L. iv.ch. VH.
(2) II nous semble inutile de r^futer la letlre ecrite au pape, apres 1'cxe'cution de Savonarole el de ses deux compagnons, par les commis-
11 n'est pas plus schismalique qu'h6r6tique ; il tient a runite" de 1'Eglise, et c'est pour eviter que cette unit6 ne se rompe qu'il s'efforce d'operer les reformes re"alise"es quarante-sept ans plus tard par le concile de Trente.
Du reste, si Savonarole mittrop d'apret6 dans ses paroles et se conduisit avec une imprudence fcheuse tant qu'il esp6ra r6aliserles reformes dontil avaitsenti la necessity il se signala par une inalt6rable douceur et par une h^roique resignation des qu'il reconnut que la lut(e 6tait fmie efc que ses protestations pourraient troublerles consciences. II mourut comme un saint (-1). G'est avec la plus touchanle soumission qu'il accepla ce martyre, depuis longtemps prevu et maintes fois appele de ses V03UX. Avant de le subir, il accepta 1'absolulion que lui offrail Romolino, un des commissaires apostoliques, montrant par sa deference pour 1'figlise que 1'esprit dont il avait ete anime n'e:ait pas cet esprit de r6volte qui fut, plus tard, celui de Luther, mais cet esprit de reforme auquel avaient obei saint Bernard, saint Pierre Damien, Gregoire VII, Innocent III, el qui guida dans la suite Adrien VI, Paul III, le concile de Trente.
Ne saurait-on presenter comme une autre preuve de
saires apostoliques. Ceux-ci 1'accusent des crimes mfimes dont ils 1'avaient reconnu innocent dans le faux proccs redige sous leur direction. (Villari.) Leurs assertions ne renfermcnt que d'indignes calomnies en opposition avec la \ie sainle du Frere. Savonarole ne serait qu'un mise'rable s'il fallait ajouter foi a leurs paroles. (1) Voir M. Villari, L. iv, ch. xi
1'altachement du Frere ^ I'figlise catholique 1'orthodoxie deses partisans et de ses disciples? Aucun d'eux, a quelque e"poque que ce soit, n'eut la moindre velle"ite dc se s6parer de 1'Eglise romaine. Quand Rome fut assiegee par des hordes protestantes , et quand Florence soutint la guerre centre le pape qui voulait detruire la re"publique, les Piagnoni ne s'unirent jamais au parti de laReforme(I). .
Les admirateurs les plus passionn6s de Savonarole furent, au contraire, de fervents catholiques. On corapte meme des saints parmi eux. Sainte Catherine de' Ricci (2), religieuse dominicaine dans- le couvent de Saint-Vincent a Prato, gardait, comme de pr6cieuses reliques , un doigt du Prieur de Saint-Marc, le cercle de fer qui soutint la corde de la potence , ainsi que 1'image du Frere peinle par fra Bartolommeo, Les sermons et les ecrils de celui qu'elle venerait a l'6gal d'un martyr e"laient sa lecture favorite , et, autour de Sainte Catherine de' Ricci, on ne se lassait pas de parcourir les recits manuscrits retrac.ant la vie de Savonarole. Lorsqtie t sous Clement XIII , on objecta contre la canonisation de la religieuse la devotion qu'elle avait professed pour le frere Jerome, les deTenseurs de Catherine de' Ricci re"pondirent que celle-ci avait eu le droit de 1'honorer par un culte prive et d'invoquer ses prieres, puisque , a la .suite d'une vie sainte, Savonarole avait re<ju in ar-
(1) M. Villari.
(2) Elle naquit a Florence en 1521, mourut en 1590, el fut canonist sous Clement XIII. On celebre saffitele 13 fevricr.
ticulo mortis les sacrements de 1'Eglise et acceple Tindulgence p!6niere du pape , ce qui permettait de croire que le salut eternel lui 6tait acquis (1). A c6te de sainle Catherine de' Ricci, ilfaut nomraer saintPhilippe deNeri. Le fondateur de 1'oratoire et de 1'hospice de la Trinil6 despelerins, a Rome, se plaisait a contempler dans son oratoirel'image nimbee de Savoharole. II lisait avec enthousiasme les ceuvres du Frere et les recommandait aux fideles dont il dirigeait la conscience , persuad6 qu'aucun livre ne pouvait elever davantage les ames vers Dieu et leur inspirer une deVolion plus clairee.
La me'moire de Savonarole dut aussi a plusieurs papes sa rehabilitation. Alexandre Vllui-meme, apres avoir s6verement prohib6 les ffiuvres du Frere, apres avoir menac6 d'excommunication les Florentins qui ne les apporteraient pas a I'archevech6 , permit d'en faire de nouvelles edition s. Peu apres, Jules II rendit au Prieur de Saint- Marc le plus glorieux des hommages quand il permit a Raphae'l de le placer, dans la Dispute du Saint- Sacrement, a cote des docteurs de TEglise et desdefenseurs les plus illustres de la v6rit6 religieuse (1508) (2). N'y avait-il pas la comme une protestation faite a Pavance centre ceux qui seraient tenths de ne voir en Savonarole qu'un revolt^, qu'un pre"curseur de la r6forme? Le pape alia jusqu'a dire , devant Bottonio t
(\) Yoir la preface donl M. Cesare Guasti a accompagne la publication de I'Officio proprio per Fra Girolamo Savonarola.
(2) Voir VJSssai sur les fresqucs de Raphael an Vatican, par M. A. Gruyer, t . i, p. 50-52.
qu'il canoniserait volontiers ce grand religieux. Sans eprouver une admiration aussi ardente que Jules II, Paul III, quoiqu'il eut ete direcleur de la chancellerie sous Alexandre VI et qu'il dut toute sa fortune au pers6cuteur de Savonarole, tenait le Prieur de Saint-Marc en tres-haute estime. Ce fut sur les instances ou plutot sur lesordres menaQanls de Paul III, queCbme I fitrevenir dans les couvents de Saint-Marc a Florence etdeSaint-Dominique a Fiesole les moines quienavaienl ete chassis par haine contre Savonarole. Quant a Paul IV, il rendit, sans le vouloir, leplus signale service a la cause du Frere. II detestait Savonarole , et, lorsqu'il etait archeve"que de Chieli, il avail defendu de lire les oeuvres du dominicain. Devenu pape, il les soumit a 1'examen d'une commission speciale (1559). Plusieurs cardinaux lui ayant hi certains passages audacieux , perfidement choisis et isoI6s : G'est un Martin Luther, s'e~cria-l-il, cette doctrine doit etre compl6tement interdite. La commission chargee de 1'examen, prolongea ses travaux pendant six mois. Au commencement, personne n'osait 6mettreune opinion contraire a celledupape; mais.peuapeulesdefenseurs delave'rite' elev6rentkvoix et firent observer que les circonstances dans lesquelles le Frere s'etait trouve rendaient son langage excusable. Cependant, la cause de Savonarole parut tout a coup compromise par la mort de son avocat le plus ze!6, Petro Paolo d'Arezzo, mailre du sacr6 palais. Alors survint le pere Matteo Lachi de Florence, qui composaun savant m6moire ou il refutait toutes les objections , et qui appela a son aide
fra Paolo Bernardini de Lucques, auquel nous devons ces details. Dans le cours des debals, un moine augustin, nomine" Pabiano , cut 1'effronlerie de produire des lextes alters, tan I elait grande la passion dcsadversaires de Savonarole. Onne manqua pas non plus de reprocher au Prieur de Saint-Marc 1'amerlume de ses accusations contre le clerge et centre la cour de Rome ; mais il fut repondu que ces emporlements clelangage etaient alors usil^s , que saint Jerome n'avait pas montre plus de rnod6ration, que, sous Paul IV lui-meme, bon nombre de predicateurs s'exprimaient avec autant d'aprete". Tandis que la commission delibSrail el que le pape, insistanl pour la condamnation, s'irritait de voir la decision toujours ajournee, on ne cessait de prier pour Savonarole dans une foule de couvents. On ne parlait que de lui jusque dans les boutiques. Les librairesnevendaient que ses ouvrages. Plus qu'aucunautre,, saint Philippe de Neri s'intSressait a 1'issue du proces. Le matin meme ou lejugement allaitetrerendu, le religieux etait enprieres devant le Saint-Sacrernent, dans 1'eglise des dominicains de la Minerve; au moment ou la sentence etait prononcee, il en eut la revelation et s'dcria : Victoire !
Victoire! Notre priereestexauc6e Enfin, leSeigneur,
touche par les prieres de ses serviteurs , a fait rendre justice a 1'innocence. La commission reconnut 1'orthodoxie des doctrines de Savonarole ; seulement, press^e par Paul IV et voulant lui donner satisfaction clans une certaine mesure, elle interdit, ou plut6t elle suspendit, donee emendati prodeant, la publication de quinze ser-