‹ Jérome Savonarole et son temps [microform]Chapitre 13 sur 42 · LXXX1V · texte numérisé non relu

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posa un office de Savonarole (I). Enfm, a la liste des papes ayant rehabilit6 par leur approbation les doctrines du Frere, il convient d'ajouter Benoit XIV qui a reconnu en lui lous les attributs de la saintete (2).

II n'est pas non plus inutile de rappeler que des ecrivains profanes, hostiles ou peu favorables au catholicisme, ontreconnu inadmissible la prevention decompter Savonarole parrai les precurseurs de la reforme. Bayle, dans son dictionnaire historique et critique, s'e" tonne que les protestants regardent comme un de leurs martyrs un moine qui a toujours celebre la messe et invoque les saints, qui a meme regu 1'Eucharistie avant de mourir enfaisantun acte de foi sur la presence reelle. Sismondi, qui apparlient a la religion reformee, remarque, de son cote, que Savonarole resta fidele au catholicisme , qu'il ne se permit pas de discuter le dogme, qu'il borna ses efforts a reformer les moeurs et a restaurer la discipline ecclesiastique (3). Enfin, M. Michelet a ecrit : II respectel'Egliseen lapapautemfime souillee ete'croule'e, il la respecte dans Alexandre VI, il est mort sans que

(1) Le comle Carlo Capponi a fail reimprimev cet office, avec une interessante preface de M. Cesare Guasti, d'abord en I860, d'apres une copie prise sur un manuscrit de la bibliotheque de Saint-Marc a Venise, puis en 1863, d'apres un manuscrit plus complel conserve a la bibliolhe([ue de Fen-are. M. Geffroy, dans un bel article sur Savonarole, article dont nous avons deja parle, a traduit quelques fragments de cet office. (Revue des deux Mondes du 15 mai 1863.)

(2) De beatificatione et canonisatione sanctorum, \. in.

(3 Histoire de la renaissance, des progres et de la decadence de la liberte" en Ualie, ch. XHI ; et Hist, des Rep. Hal., t. VII, p. 340.

tant d'ennemis eussent pu surprendre enlui la moindre nouveaute (1).

Savonarole appartient done incontestablement a 1'figlise catholique ,- et cependant des ecrivains qui se sont appliques a d6montrer celte verite n'ont pas craint de prononcer a c6te" du noiri de Savonarole ceux d'Arnaud de Brescia et de Giordano Bruno. Pre"tendre e"tablir une analogie entre le moine de Saint-Marc et de pareils hommes, n'est- ce pas essayer de con cilier 1'inconciliable ? Si le Prieur de Saint-Marc est reste" orthodoxe, il ne pent 6tre compare a aucun h6r6tique. "Voici pourtant ce que dit M. Pevrens : Savonarole a sa place entre Arnaud de Brescia et Giordano Bruno ; moins agitateur que le premier, moins philosophe que le second, il n'essaya ni de bouleverser par les armes 1'Italie entiere , ni de renverser le vieil edifice aristot61ique et de semer sur sesruines les premisses du pantheisme. Pourquoi cette assimilation , ou tout au moins ce rapprochement? Si Savonarole n'a pas cherch6 a bouleverser 1'Italie par les armes, il ne ressemble pas a Arnaud de Brescia, du moins sur ce point, et s'il n'a pas sem6 les premisses du pantheisme' , il n'a rien de commun avec Giordano Bruno. Entend-on parler seulement des persecutions qu'ontsubies, avantou apres Savonarole, Arnaud de Brescia et Giordano Bruno? Mais la conformit6 des supplices infliges aux victimes ne prouve pas 1'identile des causes

(1) M. Rio, M. Yillari, M. Pevrens, M. Geffroy, M. Aquarone, M. Schwab (Tlieologisches LUtercttnrbl(,tt , novenabre 1869), s'accovdent tous a voir en Savonarole n vrai et constant catholique.

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qui out provoque ces supplices. M. Villari Iui-m6meaffirme que 1'oeuvre de Savonarole se ratlache a celle d'Arnaud de Brescia. II s'en ,tient a cette simple assertion et neglige d'en d6montrer la justesse. Nous avouons, quanl a nous, ne pas apercevoir les liens qui unissent Tun a 1'autre deux personnages si diffe"rents dans leur caractere et dans leurs entreprises. Arnaud de Brescia refuse au clerg6 le droit de poss6der, et met en pratique ses doctrines en d^pouillant le pape : Savonarole, au contraire, reconnait formellement a I'figlise le droit de posse"der; il souhaite seulement qu'elle fasse un bon emploi de ses biens. Arnaud de Brescia, ennemi de toute hierarchic , sape 1'autorite du saint-sie'ge et n'he"site pas a rompre 1'unite de I'figlise : Savonarole , au contraire, respecte toutes les institutions traditionnelies; il n'attaque que les vices des de"positaires de 1'autorite religieuse; c'est Alexandre VI, non le saintsi6ge, qu'il poursuit de ses invectives; son but est de resserrer 1'union de 1'l^glise, etil proclame formellement la supre'matie du pape. Arnaud de Brescia ilatte les passions de la populace, et met la force au service de ses desseins; c'est en s'autorisant des doctrines preche"es par lui que ses partisans detruisent les palais des cardinaux, se livrent au pillage, font de Saint-Pierre une citadelle, extorquentdes offrandes auxpelerins Grangers, ettuent les recalcitrants dans le vestibule de la basilique : Savonarole, au contraire, ne menage pas le peuple florentin ; il flagelle les vices de la multitude comme ceux du clerge ; il ne s'entoure pas d'une armee ; la reTorme qu'il preche

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