‹ Jérome Savonarole et son temps [microform]Chapitre 16 sur 42 · LA A. A. I A. ""' L · texte numérisé non relu

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aux enseignements superieurs de la foi et au coulrole de 1'autorite pontiflcale. Ennemi de la superstition , il a compose* plusieurs traites contre les astrologues et declare devant ses juges qu'il ne croyait pas a la magie.

La ressemblance que M. Paul trouve entre Savonarole et Jean Huss n'est pas plus exacte. Jean Huss (1) avait iatroduit en Bohfirae une partie des heresies de Wicleff, dont il e"tait 1'admirateur fervent. Ses declamations contre les vices du clerge trahissaient moins chez lui le desir d'une reforme que 1'arriere-pens6e d'un schisme. II nia bientot, en effet, 1'autorite supr6me du pape, et ne regardacomme infaillible que 1'Ecriture sainte , Lbrement interprelee. II soutenait que la communion doit etre distribute a tous les fideles sous les deux especes; il niait la transsubslantiation et attaquait les indulgences, ainsi que le culte de la Vierge et des saints. Dans sa haine contre le clerge^ il alia jusqu'a signaler les prfitres et les moines aux vengeances du peuple. Ayant refuse de relracter ses erreurs devant le concile de Constance, il fut Iivr6 au bras s6culier efc brule vif. Sa mort le rapproche done de Savonarole, mais ses doclrines Ten separent profondemenl , car nous avons vu que Savonarole affirma toutes les propositions niees par Jean Huss (2).

(l)N6en 1373, movtcu 1415.

(2) On peut consulter, relativement aux doctrines de Jean Huss, Lea rdformateurs avanl la rdforme, par M'. ftmile deBonnechose, ct !'///.<toire des martyrs persfoulfo et mis a mort pour la vdrile de VE-

Orthodoxeau point de vue des dogmes catholiques, Savonarole neprepara pas nonplus, au moyen de sesouvragespbilosopbiques, I'av^nement des doctrines profess^es paries philosophes qui furent, plus ou moins s les libres penseurs du seizieme siecle. Campanella (1), de qui le g&iie avait, il est vrai, plus d'une ressemblance avec le sien, differe cependant de lui par les points essentiels. A ne considerer que ses intentions, ilnefut point panthe'iste, puisqu'il reconnaissait que Dieu a cre"e de rien, par luimemeetnon de sa substance, les choses finies, mais ille fut par les consequences qu'il tirait de son systeme, car il a dit que Dieu cree par une cerlaine emanation (2). Ou pourrait-on trouver dans les ecrits de Savonarole une page impliquant la moindre idee voisine du panlh6isme?Le Prieur de Saint- Marc n'eut point admis le systeme de Campanella. II eut ^galement repousse celui de Gardano (3) , de qui les tendances panthe"istes sont incontestables. Enfin, il eut surtout desavoii^ Pierre Pomponace (4), qui tenla d'etablir une barriere entre la religion et la philosophic , entre les croyances r6ve"lees et les verites naturelles, et qui les declara incom-

vanglle dfpuis le temps des apdtns juqitfa present par Crespin, Geneve, 1619, in-l'olio.

(1) Ne en 1568, mort en 1639. Voir Les here'Uqws d'ltalie par M. Canlu,t, nr, p. 562-583.

(2) Jttrttiqucs d'ltalie, 1, III, p. 522.

(3) Ne en 1501, mort en 1576. Voir Les heretiques d'ltalie, I. Ill,

(4) Ne en 1462, mort en 1525. Voir Les herttiques d'ltalie, t. 1, p. 350-355, ainsi qiieMoralislesefphHosoplie.'i, parAI. Ad. Frank, 1872.

patibles, se refusant a croire comme phiiosophe ce qu'il admeltait comme chre'tien. Les efforts de Savonarole eurent pour objet, au conlraire , la conciliation de la raison avec la foi. On en peut juger par ses propres paroles : Si quelques philosophes, dit-il dans un de ses sermons sur Job, pre'tendent que la foi contredit-ou obscurcit la raison, c'est qulls n'ont pas reconnu que la lumiere surnaturelle revele ce que la lumiere naturelle ne peut donner. II serait etrange de croire que rien n'est vrai que ce que nous pouvons mesurer avec la mesure de noire intelligence. Du reste, la lumiere naturelle et la lumiere surnaturelle ne se contredisent point, quoique la derniere soit plus grande et plus elevee que la premiere; car toutes deux viennent de Dieu, en qui ne peut se Irouver de contradiction. Le vrai Chretien, dit encore Savonarole, ne fait rien centre la raison, rnais plut6t il accomplit tout ce que celle-ci demande (1). Savonarole reconnait done les droils de la raison et les lumieres qu'elle fournit li 1'homme. Dans un siecle ou Ton ne jurait que par Aristote et Plalon, ou Ton n'osait poser un principe sans 1'appuyer sur une citation, il donne 1'exemple d'une complete ind^pendance, et c'est tl la raison seule qu'il recourt pour recommander a ses contemporains les dogmes m6mes de la religion catholique (2). Mais si, par

(1) Triomplie de la croix, t. II, ch. v.

(2) Voir dans M. Villari 1'analysc du Triomphe de la croix (1 . IV, eh. iv).

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