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1'avaient vu , et qui , en le comparant aycc le proces imprim6, en avaient note" toutes les principales diff6rences (1).
L'un de ces deux manuscrits <Hait la troisieme parlie du Vulnera Diliyeniis de Fra Benedetto, partisan et ifrtime ami de Savonarole. Nous parlerons ailleurs de cet eVrit et de son auteur; il suffitde dire, pour le moment, que la troisieme partie 6tait tout a fait inconnue et qu'elle traite uniquement du proces. L'autre manuscrit 6tait 1' Apologia ou les Giornate de Lorenzo Yioli , ouvrage qui semblait perdu depuis longtemps (2). Violi avail 6crit les sermons de Savonarole au mo-
(1) L'interet de ces proces e"tait lei et le temps que nous dumes consacrer a notre travail fut si long , que plusieurs personues, avant I'ach^vement de notre ouvrage, firent paraitre certains documents trouv^s par nouset dont assurement nous ne voulions pas faire mystcre. Nous n'avons done pasle droit de presenter comme in^dils tous les documents relatifs au proces, que nous decouvrimes a Florence ; mais nous r,e pouvons nous abslenlr de les metlve dans 1'Appendice , parce que la publication de ces pieces, dirige'e par des ecrivains qui n'avaient pas approfondi le sujet, fut ndcessairement tres-imparfaite. C'est ce qui eut lieu pour les proces apocryphes de Saronarole , que leprofesseur Paolo Emiliani Giudici ins6ra dans 1'Appendice de sa Sioria del tnunicrpii iialiani. Les savants compilatcurs du Giornale Slorico degli Archivi roscanipubliferentavecplus desoind'autres documents , que nous avions en partie d6couverts et en partie rassemblcs d'apres les indications de Meier. Ndanmoins , cette publication fut tres-incomplete et tres-incorrecte , comme nous aurons Toccasion de le prouver dans 1'Appendice. (Voyez. 1'Appendice de l^dition Halienue. )
(2) Les Giornate de Lorenzo \ 7 5oli n'ont pas encore 6t6 publiees. L'edition italienne du Savonarole de M. Yillari contient plusieurs fragments des Giornate. Voir dans 1'Appendice de cette Edition les documents VII ( sur les sermons de Savonarole ) , XLV ( sur 1'epreuve du feu) et XLYI ( sur les proces de Savonarole ). (Note dutrad. )
ment mfime ou celui-ci les prononQait. Dans les Giornate,\\ recueillit tout ce qa'il avait vu , lout ce qu'il avait entendudire del'illustre dominicain, et iln'abandonna son travail qu'a 1'age de 80 ans, alors que, elant devenu aveugle, il ne put aller plus loin. Outre ces documents, nous avions rassemble, relalivement au proces de Savonarole, tous les renseigncments que nous pouvions desirer, toutes les particularity les plus minutieuses. Le fait, si obscur et si controversy de l'6preuve du feu, nous apparut lui-meMie sous son veritable jour. .. Lesevenementsprincipaux'unefois connus avec pr6cision et certitude, nous avons 6tudi6 a fond les Merits de Savonarole. Alors, nous fumes vraiment surpris de la negligence incroyable et impardonnable des biograpb.es, et nous vimes qu'ils n'avaient point lu les ouvrages qu'ils citaient sans cesse. Comment expliquer autrement 1'inexactitude de presque toutes leurs indications? Comment expliquer la 16gerete de leurs jugements sur les doctrines religieuses de Savonarole et leur ignorance absolue de son systeme philosophique? Us ont devant eux un grand penseur, et ils ne s'en apercoivent pas. Us s'arre" tent a une production qui n'a aucune valeur, landis qu'ils n6gligent celle qui revele loute roriginalite de 1'auteur dont ils s'occupent. Ils demandent avec instance ce que Savonarole pensait dans sa prison, quel etait 1'elat de son ame , et a peine regardent-ils ce qu'ecrivait le prisonnier. Nous rdsolumes done d'examiner les moindres lignes de Savonarole, et nous consacrames plusieurs annees de patiente 6tude a celte entreprise ardue , sans laquelle il cut 6t6 impossible de composer une biograpliie s6rieuse (-1).
(1) Kous nous faisons un devoir de dire que si nous avons pu cffec-
Apres avoir 6tudi6 les ceuvres imprimees, nous avons voulu chercher les lettres encore ignorees ou les autres ecrits inedits de Savonarole , et nos efforts ne sont pas rested sans r6sultats ; nous avons voulu, pour ainsi dire , surprendre sa pens6e sur les marges' de plusieurs Bibles qui sont couvertes de ses notes aulographes, microscopiques et presque inde"chiffrables. Nous fumes le premier et peut-etre le seul a examiner ces notes , et nous pouvons affirmev hautement que Savonarole se montre toujours e"gal a lui-meme ; qu'au milieu de la solitude de sa cellule, dans ses manuscrits les plus secrets, il repete identiquement ce "qu'il avait dit en chaire, devant tout le peuple. Ses lettres nous ont servi principalernent a. mettre en lumiere sa lulte avec la cour de Rome, question obscure que plusieurs brefs d'Alexandre VI, jusqu'a present inconnus, ont contribue a Sclaircir.
La vie politique de Savonarole et les vicissitudes de la R6publique re'clamaient aussi des recherches. On ne pouvait se cbntenter des brillants re"cits de Nardi, deMachiavel, de Guichardin; et lesrecentes investiga-
luer eel examen avec soin el precision , nous le devons en grande partie Ji 1'obligeance du comte Carlo Capponi. II a reuni , dans sa bibliotheque , les ouvrages, les opuscules, les letlres de Savonarole, en un mot tout ce qui regarde la vie du Frfere ; el sa collection esl si complete , si bien ordonnfie, qu'ei notre connaissance aucun parliculier, en Italic on ailleurs, n'en possecle une semblable. Le comte Capponi a mis a notre disposition les livrcs et les manuscrits de sa bibliotheque avec tant de courtoisie , que nous sommes heureux de lui tdmoigner publiquement notre gratitude. Nous devrions rendre encore le memo tiSmoigiiage i beaucoup d' autres qui nous ont montre la plus aimable bienveillance ; mais nous voulons du moins menlionner les noms du p. Marchese , qui nous a toujours encourage par son affection paternelle, et, du docteur Danzi de Milan, qui, sans me'me nous connaitre, nous a aide comme un frere.
lions de Meier et du p. Marchese elaient insuffisanies. A 1'aicle des Provvisioni ou lois de la re"publique, nous sommes parvenu a reconstmire exactement toute la constitution; a 1'aide des Pratiche ou comptes rendns des discours tenus dans le Gonseil, nous avons re"ussi a voir de pres les passions et les homines qui avaient donne" a la Re"publique une forme et une vie nouvelles. Nous ne savons pas qu'aucun dcrivain moderne ait pris en consideration ces Pratiche florentines, qui contiennent pourtant, selon nous, le tr6sor cache" de la vieille sagesse et de I'e'loquence civile des Italiens. En comparant ces documents avec les sermons de Savonarble, nous avons eu 1'occasion de reconnaitre jusqu'i quel point le religieux de Saint-Marc avail etc 1'ame du grand drame politique dont nous nous 6tions occupe".
On comprendra facilement pourquoi, dans cette biographie, nousn'avonspuseparer le recitdes evenements del'examen des ecrits ; et pourquoi nous avons ete si souvent oblig6 de rapporter les paroles de Savonarole. Ses traite's et surtout ses sermons ne doivent pas 6tre considers seulement comme des productions lit-, teraires : ils constituaient son unique moyen d'action, .aidaient a rdorganiser la republique, preparaient la rgeneration morale et religieuse de tout un peuple; ils se rattachent, par consequent, a toutes les entreprises du Frere et sont quelquefois eux-memes les fails les plus importants de sa vie. En oulre, dans les dix-huit ou vingt volumes de. sermons et d'oeuvres asce"tiques, il se trouvait des eclairs de genie, des elans merveilleux d'6loquence, tres-souvent confondus avec une foule de conceptions scolajrtiques, Sans le p^nible travail d J un biographe d6frichanl, pour ainsi dire, le terrain, il e"tait
done a craindre que le genie de Savonarole ne continual encore a rester en grande partie me'connu.
Nous ne nous arr6terons point ici a parler des autres chroniques ou des autres manuscrits que nous avons rencontres ou lus. Les poesies populates, les correspondances incites des particuliers , les lettres secretes de quelques espions 1 des gouvernements italiens, un nombre tres-grand d'opuscules religieux ou politiques, ine'dUs ou imprimis, en un mot, toutce qui pouvaitnous donner un portrait plus fidele des hommes, des passions politiques et religieuses du temps, a 616, de notre part, 1'objet d'une attention se"rieuse.
Et maintenant, pour terminer cette preface d6ja trop longue, nous devons pr6venir le lecteur que nous avons commence et mene a fin notre travail sans aucune id6e precoii(jue. Nous avons choisi Savonarole pour sujet, parce que nous avons cm que Savonarole avait joue un role tres-important et peu connu dans une e'poque qui terminait 1-2 moyen &ge et inaugurait la civilisation moderne. Mais, pr6cisement a cause de cela, nous ne voulions pas que le moine du xv c siecle devint entre nos mains le champion des idees et des passions du xix e . Nous n'avons pas ecrit 1'histoire de Savonarole pour soutenir un parti politique, pour attaquer ou defendre la cour de Home. Si le Frere nous avait paru he"r6tique ou incroyant, nous 1'aurions represent6 tel, sans aucune hesitation ; comme il nous a sembl6 essentiellement ca tholique, nous le montrons tel au lecteur. Le systeme qui vent faire de Thistoire Pinstrument d'une cause, quelque noble et g6n6reuse qu'elle soit, est,a.nos yeux, absolument faux. Quiconque entreprend de raconter le pass6, marche sur un terrain inviolable et sacre. Son
devoir n'est pas de combaltre pour la vertu et la liberte"; il doit, au contraire, se persuader que 1'hisloire du genre humain est, par elle-meme, un drame vivant qui conduit 1'homme ft la liberte, en purifiant les rao3urs, en developpant la civilisation. D6naturer 1'histoire, meTne 16gerement, c'est prelendre corriger 1'ceuvre de la Providence, c'est de"truire la sublime harmonie de cette oeuvre.
No^s nous sommes conforme ft ces principes, en ecrivant I'Histoire de Savonarole et de son temps. Si nous avons reussi ft prouver que ce nom est un des plus glorieux parmi ceux des penseurs, d.es h6ros et des martyrs italiens, noire but est atteint et nous sommes plus que largement recompense de nos peines.
LLVRE PREMIER.