‹ Jérome Savonarole et son temps [microform]Chapitre 28 sur 42 · LOGIQUE · texte numérisé non relu

LOGIQUE

IQecanique.

Morale.

Philosophic naluvfillc.

Matlieniatique.

Uclaphysique.

litltique.

Campanel-

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Economi-

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.considere tout sous un aspect unique et universe!; elle est la science premiere et regarde toutes les choses dans leur cause premiere; mais, .a cause de cela, les lumieres naturelles ne lui suffisent pas ; elle a besoin de la lumiere divine. II est done facile de voir que , devant cette science supreme , toutes les autres doivent palir et s'effacer. De la le souverain me'pris que Savonarole manifesta plus tard pour la philosophic, la poesie et toutes les eludes profanes en general.

Nous ne nous sommes arret6 qu'aux divisions principales, et nous n'avons pas parle" de la poesie (dont Savonarole, selon la coutume scolastique, fait une partie de la logique) , parce que, plus tard, nous examinerons ce point plus au long. Contentons-nous , pour le moment, de rapporter les paroles de Savonarole centre ceux qui, en toutes choses, et surtout en poeYie, suivent servilement les exemples des anciens. Certaines personnes se sont tellement pliees au joug de 1'antiquite et ont si bien asservi Ialibert6 de leur intelligence, que non-seulement elles ne veulent rien affirmer qui soit en opposition avec la maniere de voir des anciens, mais a qu'ellesn'osentrien avanccrquin'aitele ditpar eux.... Quels nouveauxraisonnements, quels arguments invincibles invoquent-elles done? Les anciens disentelles, n'ont point parle de la sorte, nous ne parlerons pas non plus de cette fagon. Mais si les anciens n'ont point fait une belle action, devons-nous done ne pas la faire? (1) Tel fut toujours le langage de Savonavole. Alette e"poque , ou Ton n'ecrivait que pour porter aux

(l) De dinsione etc., lib. IV. I! y a une singulifcre-analogie enlrc ces paroles et certains passages de Campanella. Voir la Poctique lie Campanella el son traite DC libris propriis.

nues les anciens, il etait seul a prendre la plume et a <5lo ver la voix contre eux. II fit plus encore lorsqne, les oublianttout a fait, il prit pour guide sa propre raisonel ne s'appuya que sur elie seule pour marcher en avant. Et cette maniere de proc6der, il ne 1'adopta pas seulement dans ses ecrits philosophiques; comme nous 1'avons dit plushaut, il la mit en pratique dans ses sermons et dans ses travaux thMogiques. Prenons pour exemple le Triomphe de la croix, son principal ouvrage , celui ou il expose loule la doctrine chrelienne avec le sccours seul de la raison nalurelle. Voici un passage de la preface : Youlant, dans ce livre, disculer uniquement a 1'aide de la raison , nous n'appellerons en temoignage aucune autorit6; nous procederons comme s'il ne fallait croire aucun homme au monde, quelque savant qu'il soil, comme si la raison nalurelle meYitait exclusivement confiance (1). Et ailleurs : all faut que, par les choses visibles, nous arrivionsala connaissance des choses in- (i visibles , parce que toutes nos connaissances ont leur u origine dans nos sens , qui ne saisissent que les attributs ext6rieurs des corps; mais notre intelligence, a grace a sa subtilit6, penetrejusqu'ala subslance des choses nalurelles, et, apres les avoir consid6re>.s , elle s'61eve jusqu'a la connaissance des choses invisibles (2), Et qu'on ne s'imagine pas que ce sont la des pensees isolees, dccouverles par nous dans le cours de 1'ouvrage. Elles attirent 1'attention au commencement meme du livre et ont pour objet d'indiquer le dessein et la melhode qui prisideront a tous les dfiveloppe-

(!) Preface du Trlowjihc dc la croix.

(2) Cap. i.

ments. Au de"but de chaque chapitre, 1'auteur nouspre"vient que nous n'apprendrons rien par les hommes , que la seule auto rite" a suivre est celle de noire propre experience et de noire propre raison , et il va ainsi du connu a rinconnu jusqu'a la fin de Touvrage.

Si Ton se rappelle que Savonarole vivait avant la fin du quinzieme siecle, quancl Marsile Ficin passait pour le plus grand philosophe de 1'Europe , on reconnaitra sans doute que le Frere de Saint-Marc fut le premier (1) a secouer le vieux joug de 1'aulorite en philosophic , et que nos eloges sont dicle"s par la justice et fondes surun examen attcntif et impartial de ses ecrits. Pacifico Burlamacchi , son ancien biographe, qui 1'avait connu personnellementj raconte que Savonarole, des son enfance,neconsentit jamais a juger les auteurs d'apres leur renomme"e , ni k suivre aveuglementles opinions en vogue, mais que ses yeux etaient toujours tournes vers la ve>ite et vers la raison (2). Ges breves et simples paroles constituent

(1) On pourrait citer aussi Lorenzo Yalla , esprit trfcs-liardi : il fil, avant tout autre, la guerre a Arislole, mais dans un sens plut6t grammatical que philosophique.

(2) Burlamacchi, p. 5. Pici Vita, p. 8. Mims erat veritatis amator, eo usque proveclus, ejus gratia, ut in his quos coleret docloribus, si quid non placeret, ingenue fateretur. Fra Benedetto et lous ceux qui conuurent Savonarole re'petent les memes observations. Yoir Vulnera Diligenlis , etc. Les savanls du quinzieme siecle tinrent en haute estime la doctrine 'philosopluque du Frere. Ficin (lettre a Gio. Cavalcanli, 12 decembre 1494 ) etPolitien (letlre k Jacopo Anliquario, juin 1492 ) , proclament Savonarole remarquable par sa doctrine. Pielro Crinito ( De honcsla disciplina lib, I, cap. HI ) dit de lui .11 est surlout Eminent dans presque toutes les parties de la philosophic. Enfin , nous citerons 1'opinion d'un homme dont 1'autorite est supe"rieure a celle de tous les autres. Francois Guichardin fut un des grands admirateurs de Savonarole, comme on pent le voir

un portrait beaucoup plus fidele que tous ceux qui ont ele" traces par les biographes poste"rieurs; aussi, apres avoir e'tudie' les ouvrages de Savonarole, revenons-nous au jugement du vieux chroniqueur.

Nous ne pretendons pas cependant mettre trop haut le nom de Savonarole dans 1'histoire de la philosophic el atlribuer au Frere une importance scientifique qui ne lui appartient pas en realile". II a tres-souvent n6glig6 la philosophic ; il 1'a sans cesse poursuivie de ses accusations ; quelquefois m6me il a parle d'elle avec me"pris. Quant a ses courts traites philosophiques , il voulut en quelque sorte les cacher, ce qui les fit tomber dans 1'oubli. Aucune histoire delaphilosophien'en rendcompte, aucun philosophe n'en cite un seul passage ; Campanella lui-meme qui a certains e"gards, pourrait etre regarde" comme le disciple de Savonarole ,-ne c'onnut peutetre pas, merae vagucment, leur existence. Mais si ces raisons peuvent diminuer la police des ecrits philosophiques du. Frere dans leurs rapports avec 1'histoire de la philosophic , elles ne sont pas de nature a diminuer lavaleur intrinseque de ces Merits lorsqu'il s'agitde juger 1'esprit de 1'auleur. Or, il etait indispensable de constater la puissance intellectuelle d'un homme qui eut une si grande influence sur les affaires de son temps, alors que

d'apves son Histoire de Florence. 11 avail 6tudie avec soinles ceuvres dc 1'illustre dominicaiu, ct resume quclqucs-uns de ses sermons, dont il parle avec les plus grands eloges. De lous les Italiens, dit-il , Savonarole elait le plus eminent comme 'philosophe;, lorsqu'il dissertait sur la philosophic il deployail tant d'habilele qu'il semblait presque avoir cive cetle science. L' Histoire de Florence a paruen!859, chez Barbera, par mi .les oeuvres in^dilesde Guichardiu (t. III). Ces prdcieux mcmoires, publies par les comles Pierre et Louis Guichardin, ont ete" annotes par M. Canestrini. ( Note du trad.)

partout en Europe se pre"paraient le renouvellement de la civilisation et le r6veil de la raison humaine. Quelle qu'ait 6te la mission de Savonarole, quels qu'aient 6te ses tendances et son but , il importait par dessus tout de determiner la hauteur speculative a laquelle le Frere pouvait atteindre et de voir clairement s'il fallait le ranger parmi les hommes nouveaux. Nous croyons fermement que si Ton ne place pas Savonarole a la tele de la renaissance, dont il eut pour ainsi dire la vision proph6tique; que si Ton ne le considere pas comme le precurseur de tous ceux qui plus tard coop6rerent a ce mouvement et dont il.eut au supreme degre" les heroiques verlus , les aspirations hardies et les Granges erreurs, on ne pourra jamais rien comprendre a cet homme sur lequel on atant 6crit, sans qu'on ait encore r6ussi a en d6termmer le veritable caraclere.

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