‹ Jérome Savonarole et son temps [microform]Chapitre 5 sur 42 · XXXIX · texte numérisé non relu

XXXIX

de la volonle: est ipsa hominis voluntas... Noire volonte ne peut e"tre oonduite fatalement par aucune force exte"rieure, que cette force vienne des astres, des passions, ou de Dieu lui-meme. Le Cre'ateur conserve etne detruit pas; il dirige Tuniversalit^ des choses crepes selon les lois de leur nature. Or, notre volont6 est, par sa nature, essentiellement libre; elle est la liberte merae; Dieu ne peut done agir sur notre volonte qu'en respectant notre liberte^ s'ilneveut pas d6truire son ouvrage (1).

Enfm, les dernieres paroles que Savonarole ait Sorites, celles qu'il laissa comme souvenir a son ge61ier sur la couverture d'un livre, sontaussi la r6lutationanticipe'e de Luther, de Rudelbach, et de tous ceuxquiont prelendu que Savonarole croyait a la justification par \a foi sans les 03uvres. Voici comment s'exprime le prisonnier: La vie vraiment chr6tienne depend tout entiere de la grace; il faut done s'efforcer d'acque'rir la grace, et, quand on 1'a regue, lacher del'accroitre. En examinant nos pe'che's, en meditant sur la vanit6 des choses mondaines, nous nous acheminons vers la grace; la confession et la communion nous disposent k la recevoir. Elle est certainement un don graluit de Dieu; mais quand nous ressentons un violent mepris pour le monde , un ardent d6sir de nous toiirner vers les choses spirituelles , alors nous pouvons dire que si la grace n'est pas encore en nous, elle s'a-

r (l) Comp. phil. moi\ L. II, ch. n. Voir aussi le sermon XTI sur le ps. Qwm bonus, p. 143, ainsi que noire Iraduction du livre de. M, Villari ( t. I, p. 215 ).

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vance indubitablement. La pers6verance dans la vertu, dans les bonnes oeuvres, dans la confession , dans tout ce qui nous a rapproch.6s de la grace, est le vrai et sur moyen de Faccroitre (1).

Ne dirait-on pas que Savonarole , en tragant ces lignes, voulait par avance fermer la bouche a ceux qui auraient 1'idde de le representer comme le pre"curseur de ces doctrines commodes qui ont arrach6 tant d'dmes a 1'Elglise catholique (2) ? Aux yeux du Frere, comme aux yeux de saint Jacques , la foi sans les ceuvres est une foi morte.

Lescroyances de Savonarole relativement aux dogmes ne se rapprochent pas davantage des doctrines protestantes.

Ainsi, Savonarole affirm e que les sacrements ne sont pas seulement des signes pour exciter notre foi, mais des instruments productifs de la grace (3). Luther sou-

(1) Eegola del ben vivere crisiiano. Voir aussi la lettre ecritc de Bologne aux religieux de Saint-Marc en 1493, et la lettre a Marco Antonio daFicino.

(2) Luther a e"crit : I'tfvangile ne preche pas ce que nous devons faire ou ne pas faire ; il n'exige rien de nous, mais, tout a 1'oppose, au lieu de nous dire : Fais ceci, fais cela , il nous commande simplement de tendre le pan de notre robe et de recevoir; il nous dit : Tiens, homme bien aime", voila ce que Dieu a fait pour toi; il a, pour 1'amour de toi , revetu de chair son propre fils. Accepte ce don et crois-y, et tu seras saure. (CEuvres de Lullier, ed. Wai. cb. in, iv.) Nous citons a dessein les paroles les moins choquantes. On pent voir dans le savant ouvrage de M. Nicolas sur le prolestantisme les etonnahts paradoxes sortis de la plume de Luther. (T I, p. 370-376.) Ces doctrines 6taient la consequence du principe de la justification par la foi sans les oeuvres.

(3) Triomphede la Croix, Iraduilpar 1'abb^Alix. 1, J1I, ch. XIV.

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