‹ Jérome Savonarole et son temps [microform]Chapitre 6 sur 42 · XL · texte numérisé non relu

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tient, au contraire , que les sacrements sont des sigries exte>ieurs pour nourrir la foi, et qu'ils ne conferent aucune grace (1).

Savonarole afflrme que le bapteme efface le pe"che* originel, re"g6nere les hommes dans le Christ etleur donne le commencement et la forme de la vie spirituelle (2). Suivant Luther, cette doctrine est opposed a celle de saint Paul et a celle de J6sus-Christ.

Memes propositions contradictoires au sujet de 1'Eucharistie. Tout en reconnaissant la presence re"elle de Je"sus-Christ dans I'Eucharistie, Luiherrejette la transsubstantiation , admise par Savonarole. Gelui-ci reprocha plus d'une fois en chaire a certains pretres et a certains prelats de ne pas croire a la transsubstantiation. Le Triomphe de la Croix , adopte" comme livre d'enseignement par les 6coles catholiques, renferme les principes du Prieur de Saint-Marc sur ce sujet capital. Nous croyons, y est-il dit, et nous confessons que sous les a'pparences du pain, quelque pelites qu'elles soient, le corps du Christ est contenu tout entier, et que sous les especes du vin, quelque petites qu'elles soient, le sang du Christ est present tout entier; nous croyons qu'en

(Douniol 1855). Le pasteur Th. Paul (Jertfme Savonarole, prdcwseur de la Rdforme> Geneve 1857) pretend que, dans 1'opinion do Savonarole, les sacremenls n'ont point en eux-memes la vertu de produire la grace. Cette assertion, on le voit par les paroles memes de Savonarole que nous venons de citer, est absolument erronee. -

(1) Voir Jerome Savonarole et la statue de Luther a Worms, par lePere Pie Marie Rouard de Card, p. G7 ; Poussielgue, 1867.

(2) Idem.

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meme temps Jesus-Christ est tout entier au ciel,.,. Nous disons que le corps et le sang du Christ sont presents dans 1'Eucharistie, en vertu de la consecration, non par mouvement local, mais par conversion.... En vertu me'me des paroles par lesquelles s'opere la transsubstantiation, il y a dans 1'Eucharistie le corps et le sang de Jesus-Christ sous les especes du pain et du vin, parce que tel est le terme direct de la transsubstantiation. Mais, par la loi d'une concomitance naturelle, il y a aussi, avec le corps etle sang, 1'ame et la divinit6 de Jesus-Christ (1). Enfin, dans le Traite sur le Saint-Sacrement, le Frere, par des explications symboliques, cherche a elever vers Dieu Fame du fidele :

La premiere chose merveilleuse que nous remarquons dans le sacrement de 1'autel , dit Savonarole , est que la substance du pain se transforme au corps du Christ, pour demontrer que quand on veut s'approcher de ce sacrement il faut transformer dans son coeur 1'amour terrestre en amour divin.

<c La seconde est que le Christ est d'une fagon dans le ciel et d'une autre fac,on dans le sacrement, carilne s'y trouve pas tel qu'il est dans le ciel ; il s'y trouve d'une maniere miraculeuse. II faut qu'il en soil ainsi de 1'homme qui veut communier : celui-ci doit 6tre sur la terre par le corps et dans le ciel par Fame.

La troisieme est que les accidents du pain, c'est-adire la forme, la couleur et le gout, n'ont pas pour

(l) L. Ill, ciiap. xvir.

XLin

substance le pain, comme auparavant, raais la vertu divine. Ainsirhommedoit etre humble et croire quetoute sa vertu, que toutes ses bonnes ceuvres precedent, non de lui-me'me, mais de la main de Dieu.

La quatrieme est qu'en rompant les especes on ne rompt pas le corps du Christ, car le Christ est dans le sacrement d'une maniere indivisible. Ainsi notre a"me doit 6tre unie au Christ sans partage et ressentir pour lui un amour que n'alterent pas les tribulations , alors meme que les tribulations atteignent le corps.

M. le pasteur Paul juge pleines de hardiesse ces interpretations. Elles n'ont pourtant rien que de tres-naturel et sont conformes a toutes les traditions catholiques. On trouverait sans peine dans les prieres de 1'6glise, dans Bossuet, dans nos grands prateurs sacres, une foule d'exemples de c'e mode d'alle'gories spirituelles. La maniere dont Savonarole vivifie le fond des doctrines ne suffit done pas pour rapprocher de Luther et de Calvin le Prieur de Saint-Marc , comme le pense M. Paul (1).

II est e"galement inexact que Savonarole refusal al'Eglise le pouvoir de pardonner les p6ches. Pour e"tre 6clair6 sur ce sujet, on n'a qu'a lire le passage suivant sur les indulgences : a Allez et venez le moins que vous pourrez pendant ces jours saints, disait le Frere a ses auditeurs. Ne quittez votre maison que pour l'6glise. Mais vous me direz : On va de cot6 et d'autre ces jours-ci, pour gagner des indulgences. Et moi, je

(1) Voir les p. 219-222 de son ouvrage.

vous reponds que si les indulgences sont salutaires et remettent la peine due au peche" 3 par elles-me'mes elles ne donnent pas la grace (1). Les indulgences -ont une re"elle vertu et peuvent etre accordees par le pape et par les prelats qui ont I'autorite' necessaire. Mais les docleurs disent, dans le cjiiatrieme livre des Sentences, que pour accorder une indulgence efficace il faut la subordonner a certaines conditions. Je vous engage done a ne pas compter aveuglement sur les indulgences, car beaucoup de gens, je puis vous 1'assurer, ont obtenu des indulgences au moment de la mort et sont aH6s cependant, les uns dans lepurgatoire, les autres dans 1'enfer. Je n'affirme pas que telle ou telle indulgence est ou n'est pas valable ; je ne parle d'aucune en particulier, et n'allez pas croire que je veuille dire que le pape ne peut pas accorder d'indulgence. Comprenez-moi bien : je dis que le pape peut en accorder ; mais je dis, de plus, que le diable tronve aussi son profit dans votre dissipation et qu'il vous pousse a allerdec6te etd'autre, sous pre"texted'indulgenees, afm que votre esprit nesereeueille pas. Encore unejfois, restez done k la maison et a 1'6glise en ce saint temps etn'errez pas de tous c6tes (2) . Ainsi, Savonarole reconnait, avec 1'figlise, 1'efficacite des

(1) En effet, elles ne remeltent que les peines tetnporelles qui sont encore dues aux pechfis dont on a obtenu le pardon, et elles ne dispensenl pas de faire penitence. Pour gagner les indulgences, il faut etre en eHat de grace, accomplir exacteunent les oeuvres prescrites par 1'liglise. S'il s'agit d'une indulgence pleniere, il faut, en outre, ne conserver aucune affection pour le peche' veniel .

(2) Sermon du inardi de la semaine sainte, 1496.

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