‹ Jérome SavonaroleChapitre 122 sur 215 · LIVRE III, CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE III

face VIII (qui avait persécuté les dominicains) entra comme un renard et mourut comme un chien. » Le père, disait-on, nous a raconté comment son ordre savait fetire 111011111' les papes qui ne ie laissaient pas en repos.

Cependant la seigneurie ne savait trop comment Alexandre VI prendrait sa désobéissance; elle lui écrivit (4 mars) pour conjurer son courroux et implorer sa clémence en faveur de Fra Hieronimo, « qui avait cueilli plus de fruits dans la vigne du Seigneur qu'aucun autre de son temps, et qu'on était tenté de regarder comme au-dessus de l'humanité. » La seigneurie ajoutait qu'on ne pourrait le récompenser si mal de ses éclatants serviees sans ingratitude et sans amener de graves désordres dans la ville, et elle suppliait Sa Sainteté de revenir sur sa résolution.

A cette lettre, la seigneurie obtint deux réponses: l'une de son orateur Dominique Bonsi (7 mars), l'autre du pape (sans date). Dans la première, Bonsi raconte longuement l'entrevue que le pape lui a accordée. Sa Sainteté refuse, dit-il, de se croire mal informée ; elle a vu les semions où Fra Girolamo marque un si grand mépris de l'excommunication, et où il déclare qu'il aimerait mieux aller en enfer que de demander l'absolution. Elle se plaint qu'au lieu de le lui envoyer à Rome, le gouvernement ait permis au père de prêcher à Saint-Marc. Bonsi se montre convaincu, dans cette lettre, que le pape est à la veille de prendre les plus graves mesures contre Florence, cl qu'il n'y a que deux moyens de l'apaiser : ou lui envoyer Savonarole, ou obtenir, de celui-ci une soumission sommaire ; après quoi on ne fera nulle difficulté de lui rendre le droit de prêcher1.

1. On trouvera cette importante lettre à l'appendice (iv x ).

Ainsi Alexandre VI, même au moment de ses plus grandes colères, n'était pas éloigné d'un arrangement à l'amiable. Sa lettre, quoique très-dure dans la forme, est très-conciliante au fond. Il y demande par écrit ce qu'il avait demandé à Bonsi de vive voix ; le reste n'est que reproches adressés à la seigneurie pour sa partialité et l'exposition de ses justes griefs. Ne me répondez plus par des lettres, dit-il en terminant, mais par des actions1.

Mais loin de vouloir céder et satisfaire à des prétentions si naturelles et si modérées, Savonarole essayait dans ce temps-là de triompher une fois pour toutes par un coup décisif : il songeait à faire déposer le pape. Il écrivit aux principaux rois de l'Europe pour leur proposer de s'associer à son hardi projet, en décrétant la réunion d'un concile général. Il s'attacha, dans ces lettres, à développer cette maxime de Jean Hns, que le pape n'est pas le successeur véritable du chef des apôtres, si ses mœurs ne sont pas semblables à celles de- Pierre; il montra qu'Alexandre VI n'était pas même chrétien ; que, par conséquent, il ne pouvait être considéré comme .pape, et qu'il fallait le déposer au plus tôt. Il n'oublia pas de rappeler les services qu'il avait rendus lui-même à l'Église, sans doute pour donner plus de poids à son opinion auprès des princes, et il informa chacun d'eux qu'il faisait aux autres la même proposition2.

Ces lettres, qui ne portent point de date, sont évidemment du mois de mars, car il n'en est point question dans celle que Bonsi écrivit le 7 de ce mois à la seigneurie, et où il énumère les griefs du saint-siége. Il est évident qu'Alexandre VI n'aurait pas oublié le plus sérieux

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