‹ Jérome SavonaroleChapitre 123 sur 215 · LIVRE III, CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE III

de tous. Elles ne sont pas de beaucoup postérieures à cette époque, puisqu'au commencement d'avril, comme on le verra, Savonorole était déjà sous les verrous.

Quelle qu'en soit au juste la date, on peut les regarder comme un ac(e d'énergie qui n'a rien de blâmable en soi, si l'on considère l'indignité d'Alexandre VI; mais elles furent cependant un acte de rébellion qu'un catholique soumis doit condamner. C'est pourquoi quelques apologistes de Savonarole ont essayé de contester une faute qui serait, disent-ils, en opposition avec sa vie entière. On a vu si l'insubordination était ou non dans les habitudes du dominicain. Les témoignages historiques abondent d'ailleurs pour prouver l'authenticité de ces lettres, et l'affirmation positive de Pic, de Burlamacchi, de Marco délia Casa, de Nardi, de Bottonio, de Razzi, est plus que suffisante pour qu'on refuse d'admetlre, avec le P. de Poggio, comme une preuve irréfragable qu'elles sont apocryphes, le silence de Sabellico, deLambertini, d'Infessura et de Rinaldi. Ces annalistes étaient trop embarrassés dans le récit des faits généraux ou des détails d'une histoire étrangère à Florence pour s'être arrêtés à des circonstances particulières concernant un seul homme.

Cette affaire acheva de perdre le téméraire dominicain. Le duc de Milan saisit un courrier florentin qui allait en France; il le dépouilla, trouva la lettre relative au concile, et l'envoya aussitôt à Rome. Le pape, en apprenant que son ennemi ne s'en tenait plus aux paroles, entra dans une violente colère et fulmina un nouveau bref, où il exigeait impérativement de la seigneurie l'exécution des mesures par lui ordonnées. Ce bref arriva le 13 mars à Florence. Le jour même, Savonarole y répondit par une courte lettre, où il rappelait au pape qu'ayant rempli tous les devoirs d'un bon chrétien, il

méritait une autre récompense que les rigueurs dont il avait toujours été poursuivi. Puisque je ne puis compter sur personne, je prouverai, dit -il, la vérité de ma doctrine par des raisons naturelles et surnaturelles, de manière à convaincre les plus endurcis. 11 termine en invitant Alexandre à ne pas différer plus longtemps de pourvoir à son salut.

A la réception du bref pontifical, la seigneurie ne se crut plus en état de résister; elle pensait peut-être que c'était une folie de défendre à ses propres risques un homme qui, par sa témérité, se compromettait chaque jour davantage. Elle se réunit donc pour délibérer sur la réponse qu'il convenait de faire au saint-siége. Les Piagnoni, informés du changement qui s'était opéré dans les intentions des prieurs, demandèrent que le conseil des Qualre-Vingts prît part à la délibération. Ils savaient qne leurs amis étaient les plus nombreux dans cette assemblée. De leur côté, et pour la même raison, les Arrabbiati voulaient qu'on adjoignît à cette pratique (c'était un nom qu'on donnait souvent aux conseils de gouvernement) vingt-cinq citoyens par quartier, espérant par là déplacer la majorité. La seigneurie fit droit à cette double réquisition. Tous les magistrats qui prenaient part d'habitude aux délibérations furent en outre appelés, et l'assemblée, ainsi composée, se réunit le 14 mars : la discussion fut très-vive, mais elle n'avança rien. Après six heures de débats orageux, où les uns firent ressortir tout le bien, les autres tout le mal que Savonarole faisait à Florence, les seigneurs congédièrent la pratique, sous prétexte qu'une question si grave ne pouvait être résolue que par le grand conseil.

A cette nouvelle, les deux partis se récrièrent. Ils craignaient également l'opinion mobile d'une assemblée si

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