‹ Jérome SavonaroleChapitre 124 sur 215 · LIVRE III, CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE III

nombreuse, et ils dirent qu'on pouvait vider le débat fans faire tant de bruit. La seigneurie consentit, pour la forme, aies satisfaire; elle désigna douze citoyens, pris par moitié dans chaque parti, et les invita à délibérer ensemble. Elle pensait que, les forces se balançant, on ne pourrait s'entendre, et qu'il faudrait revenir au grand conseil ou s'en rapporter à sa propre décision. Mais le résultat ne répondit pas à son attente ; la nouvelle réunion arrêta un compromis : s'il fut interdit à Savonarole de prêcher, les citoyens conservèrent le droit d'aller à Saint-Marc, comme par le passé, faire leurs conférences accoutumées (17 mars).

Jérôme, informé de ce qui se passait, se préparait, pendant ce temps-là, à faire une retraite honorable. Il disait à son auditoire que, si le pape seul lui défendait de prêcher, il continuerait; mais que si la seigneurie le faisait prier de garderie silence, par respect pour elle, et, tardif scrupule! pour ne pas causer de scandale, il obéirait. Cependant lorsque, obligés d'exécuter les résolutions de la pratique, les prieurs lui envoyèrent, le 17 au soir, des officiers pour lui signifier de ne plus prêcher, il les reçut fort mal, leur dit qu'il avait un autre maître que le gouvernement, et remit au lendemain sa réponse. Le 18, étant monté en chaire, il la donna en ces termes :

« Hier au soir, à nuit close, quoniam qui maie agit odit tam, la seigneurie m'a envoyé prier, pour une foule de raisons, de ne plus prêcher. Avez-vous accompli la mission dont vos seigneurs vous ont chargés? dis- je aux députés. — Sans doute. — Eb bien! moi, j'ai encore un Seigneur: je saurai sa volonté, et demain matin je vous donnerai la réponse du liant de la chaire. Ecoutez donc maintenant, car voici ce que dit le Seigneur: « in priant «ce frère lie renoncera la prédication, c'est à moi que

« vous faites cette demande , et non à lui, car c'est moi « qui prêche, c'est moi qui vous ai exaucés, et qui ne « vous ai pas exaucés. Le Seigneur vous a exaucés en « supprimant la prédication, mais il ne vous a pas exauce ces quant à votre salut. •»

Ainsi Savonarole cédait à la force; mais il faisait ses réserves pour l'avenir :

« Quand Dieu voudra que je prêche, quand il m'inspirera, je prêcherai : vous le verrez. Par sa grâce, je m'affranchirai de toute crainte, de tout ménagement envers les personnes. Dites-moi : ai-je attendu l'absolution pour reprendre la parole? Ne suis-je pas venu prêcher, le jour de l'Ascension, malgré vos menaces? Ne suis-je pas venu prêcher, il y a environ deux ans, malgré le bref qui me le défendait? Il est donc entendu que lorsqu'il plaira à Dieu, personne ne pourra me fermer la bouche. »

Ses derniers adieux à son auditoire furent pleins de tristesse et d'amertume, quoiqu'il essayât de cacher son découragement sous des menaces et d'apparentes bravades :

« Maintenant, qu'arrivera-t-il ? Vous le verrez, je ne vous en dis pas davantage. Vous le verrez, c'est une mauvaise nouvelle, et je ne voudrais pas avoir à vous l'apporter. L'année dernière, quand la peste a éclaté, vous vous souvenez que parmi ceux qui venaient au sermon il n'y a pas eu un seul malade. Ne perdez pas de vue ceux qui ont attiré sur notre tête l'excommunication et les maux présents : vous verrez ce qu'il adviendra d'eux. Vous dites que l'interdit vous effraye, et que vous avez peur de perdre vos biens! Dieu lancera un interdit, lui aussi, et, loin d'atteindre le but qu'ils se proposent, ces méchants perdront leurs biens et la vie. Quant à nous, nous remplacerons les sermons par la

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