‹ Jérome SavonaroleChapitre 125 sur 215 · LIVRE III, CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE III

prière; nous recommanderons les bons au Seigneur. Au sujet de la défense qui m'est faite, voici la vérité : personnellement et dans mon intérêt, j'en suis charmé ; je pourrai retourner à mes éludes, et l'on ne pouvait me faire un plus grand plaisir. Mais je ne dis pas que ma raison soit également satisfaile. 0 père! nous atlendions que tu fisses quelque chose. Tu avais promis de démontrer ta doctrine par signes naturels et surnaturels. — En m'otant la parole, vous avez retardé l'accomplissement de cette promesse; mais, je le répète, nous remplacerons les sermons par la prière. Seigneur, je te recommande les bons , tu excuseras leur négligence , car la fragilité humaine est grande. Bcncfac, Domine , bonis et rectis corde. Je t'en prie, Seigneur, ne tarde pas davantage d'accomplir tes promesses. »

Puis, ayant dévotement récité le Pater, il ajoute : a Seigneur! délivre-nous de tout mal. Je te recommande les âmes de nos adversaires; illumine - les , Seigneur, pour qu'elles n'aillent pas en enfer. Je te recommande tout ce peuple; donne-lui, Seigneur, ta bénédiction. »

Après ces adieux, tour cà tour menaçants et pathétiques, Savonarole descendit de celte chaire où il ne devait plus remonter. La douleur de ses partisans fut immense, plus grand encore le ressentiment de leur défaite, le désir d'une revanche. De leur côté, les Arrabbiati, voulant profiler du succès, exigèrent bientôt que les conférences de Saint-Marc fussent interdites. Mais la seigneurie ne consentit pas à se replonger dans les embarras dont elle avait eu tant de peine à sortir. Elle confirma tout ce qui avait été fait, et se borna à convoquer les collèges, pour arrêter, d'un commun accord avec eux, les termes de la réponse qu'on devait au saint-

père : on ne put s'entendre. Les seigneurs voulaient qu'on répondît simplement que l'ordre du saint-siége était exécuté, et que Savonarole avait cessé ses prédications; mais quelques membres objectèrent que, la défense ayant été intimée de vive voix à Fra Girolamo, elle n'avait aucun caractère officiel ; que, d'ailleurs, le pape voulait qu'on lui envoyât le coupable à Rome, et que, par conséquent, on n'avait pas fait ce qu'il exigeait. Ces difficultés empêchèrent de rien conclure ; la seigneurie revint à son projet primitif, et se borna à charger son ambassadeur d'apprendre au pape ce qu'on avait fait pour lui obéir, et d'excuser le gouvernement pour des retards inévitables. Quelques jours après , informée qu'Alexandre YI désirait recevoir une lettre officielle, la seigneurie s'empressa de satisfaire à ce désir.

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