‹ Jérome SavonaroleChapitre 126 sur 215 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

L'épreuve du feu. — Elle échoue une première fois à Prato, 1497. — Savonarole propose diverses épreuves judiciaires. — L'épreuve du feu proposée de nouveau (carême de 1498). — Tentatives de Saint- Marc pour arrêter cette affaire. — Bruit qu'elle fait dans Florence. Tergiversations et exigences de Savonarole — Engagement contracté devant la seigneurie. — Propositions à soutenir. — On nomme une commission pour régler toutes choses. — Préparatifs de l'épreuve. — Paroles de Savonarole à Saint-Marc. — Arrivée des mineurs et des dominicains. — Difficultés soulevées. — Tentatives de meurtre. — La pluie interrompt l'épreuve. — Retour de Savonarole à Saint- Marc. — Conduite et opinion de la seigneurie. — Mécontentement du peuple.

(Avril 1498.)

Toutes les fautes de Savonarole, inévitables dans une vie si agitée et si exposée, n'avaient pas empêché jusqu'alors son influence de résister aux attaques, et même de grandir par la persécution. La sincérité que ses ennemis, comme ses amis, avaient été forcés de reconnaître dans ses convictions et d'estimer dans sa conduite, avait fait une partie de sa force. Le moment était venu où, poussé malgré lui à des démarches sans autre issue que le ridicule ou la défaite, il se verrait obligé de dévier de la droite ligne, et descendrait par là même du piédestal où L'admiration publique l'avait placé.

L'année précédente, le I*. lUiouvicini , prêchant à Prato, avait pour rival, dans une autre église de cette ville, un certain Fra Francesco dePugiia, mineur observaniiu, qui jouissait d'une assez grande réputation d'hon-

nêtelé. Ce dernier attaquait la doctrine et les actes de Savonarole avec une vivacité extrême. Un jour, il s'avança jusqu'à délier Fra Domenico : il lui proposa d'entrer avec lui dans le feu, pour faire voir, par cette épreuve, lequel des deux avait raison. Buonvicini accepta avec empressement, et l'on convint pour la troisième fête de Pâques ; mais la veille du jour fixé , le mineur s'excusa, sur un ordre qu'il venait de recevoir, d'être obligé de partir sur-le-champ, et, ajoute un biographe, il ne se laissa plus trouver.

Les curieux furent désappointés, et les dominicains triomphèrent. Les épreuves judieiaires avaient disparu de la vie civile, mais elles avaient trouvé un asile dans les couvents : saint Jean Guaibert, fondateur de l'abbaye et de l'ordre de Vallombreuse, était réputé avoir fait passer un de ses moines par le feu. Si l'on ne faisait guère plus d'épreuves, on en parlait toujours, et la foi crédule des fidèles ne trouvait rien d'impie ni de déraisonnable à admettre que, sur la réquisition du premier venu, Dieu pût faire des miracles. Par ruse ou par simplicité, les prêtres et les moines entretenaient le vulgaire dans cette croyance. Jérôme lui-même avait souvent tenu à ses auditeurs de pareils propos; il avait raconté des histoires où la vérité ne s'était fait connaître que par le moyen d'une épreuve judiciaire. Souvent il s'était offert à entrer dans le feu, et, à mesure qu'il rencontrait plus d'obstacles, ses propositions prenaient une forme plus précise.

Si l'on en croit ses biographes , dans les premiers jours de l'année 1498, il aurait proposé de se rendre sur une hauteur avec ses adversaires , le saint sacrement dans les mains, et là, de prier Dieu avec ferveur d'envoyer le feu du ciel sur ceux qui ne marcheraient pas

Page 1