‹ Jérome SavonaroleChapitre 137 sur 215 · LIVRE III, CHAPITRE V · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE V

tir ces belles promesses de liberté. Jl prononça un dis— cours en latin où il exhortait ses disciples à perséW dans le bien; il ajouta qu'il serait heureux de mourir pour son troupeau, et rappela L'ingratitude de Florence envers tous ceux qui s'étaient dévoués pour elle. Quand il eut cessé de parler, il reçut la communion, et donna quelques conseils pour l'administration du couvent |vec une douceur et une humilité, dit Burlamaechi, qui Faisaient venir les larmes aux yeux. Enfin, il sortit accompagné de Fra Domcnico et des commissaires de la seigneurie. Silvestre s'était caché dans le combat, et l'on ne put de suite le retrouver.

Quand les deux prisonniers parurent sur la place Saint-Marc, les mains liées derrière le dos, une foule immense se rua sur eux, malgré l'escorte destinée à les protéger. Elle poussait des cris de joie, elle lançait des pierres à ces malheureux et les voulait mettre en pièces. Pour empêcher que les projectiles ne les atteignissent, les gardes lurent obligés de croiser les piques sur leur tète menacée et de les abriter ainsi sous une espèce de toit; mais ils eurent beau se multiplier, ils ne purent empêcher ces forcenés de s'acharner sur des ennemis vaincus. L'un, frappant Fra Girolamo par derrière, s'écriait triomphalement: Prophétise qui fa frappe; un autre lui tordait les doigts, qu'il avait fort délicats, et lui arrachait un cri de douleur; un troisième lui donnait un indigne coup de pied, et disait grossièrement que là où le coup avait porté résidait l'esprit de prophétie '. Ces insultes poursuivirent les deux prisonniers jusque sur les degrés du palais.

Pendant ce temps, les religieux de Saint-Marc, pour

l.cDicendo : egli ha la profexia ncl forame. » Burlamaechi, p. \19.

faire diversion à une douleur qui ne devait pas être durable, au moins chez le plus grand nombre, pansaient les blessés et ensevelissaient les morts étendus sur le pavé de l'église. Quand Silvcstre n'entendit plus aucun bruit, il sortit de sa cachette. Le traître Malatesta compléta son œuvre de perfidie en livrant ce malheureux. Il prit pour prétexte qu'il fallait bien obéir à la seigneurie et ne pas laisser mettre le feu au couvent, ce dont le gouvernement menaçait les dominicains, s'ils ne lui remettaient pas le troisième accusé. Enfin, l'on incarcéra jusqu'au médecin Albert Savonarole, qui habitait Ferrare, mais qui se trouvait pour lors à Florence, où il était venu voir son frère. Il ne tarda pas, du reste, à être remis en liberté.

Ainsi finit cette journée mémorable où Savonarole, revenu aux sentiments d'un religieux, rachète par une dignité et une résignation constantes toutes les fautes qu'il avait pu commettre. Insulté par ceux qui l'encensaient naguère, il n'inspire plus qu'intérêt et pitié. Tel est le sentiment qu'éprouve l'impartiale postérité en lisant sa tragique histoire. Mais Jérôme avait soulevé comme à plaisir des passions trop ardentes et trop implacables , pour qu'il suffît de sa volonté, quand il était puissant, et de l'équité naturelle, après sa chute, pour les apaiser.

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