‹ Jérome SavonaroleChapitre 138 sur 215 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Procès de Savonarole et de ses amis. — Incarcération des principaux Piagnoni. — Destitution des magistrats de ce parti. — Commission nommée pour instruire le procès. — Brefs du pape. — Interrogatoire de Savonarole. — Falsification du procès. — Stupéfaction des Piagnoni. — Savonarole refuse de signer le procès-verbal de ses aveux. — Condamnation de ses principaux partisans. — Rappel des exilés. — Coup d'État et nomination de la nouvelle seigneurie. — Lettre des religieux de Saint-Marc au pape. — La seigneurie leur prête son appui.

(Avril et mai l'i98.)

Le lendemain, 9 avril, les prisonniers furent conduits devant la seigneurie et sommés de déelarer catégoriquement si ce qu'ils avaient prédit venait de Dieu. Savonarole affirma qu'il était inspiré et qu'il avait des lumières surnaturelles; mais on voulait des aveux, et, pour le punir de n'avoir pas répondu à l'attente de ses ennemis, les magistrats ne craignirent pas de manquer à leur parole en le retenant sous les verrous, ainsi que son compagnon. Pour suppléer à un silence si obstiné, on fit arrêter les principaux Piagnoni afin de les faire parler. André Cambini, qui avait longtemps servi d'intermédiaire entre François Yalori et Fia Girolamo; Pierre Ginozzi, François Davanzati, Lionel Boni, d'autres cncore furent écroués à la prison du Bargello. Un grand nombre, saisis d'une juste frayeur, s'exilèrent: parmi eux, Pagolantonio Soderini et Jean-Baptiste Ridolû, qu'on lit chercher inutilement. Les dominicains furent consignés à Saint-Marc, et défense tut faite aux laïques

de les y aller voir. Enfin , pour mieux marquer leur abaissement et leur défaite, on donna, comme gage du triomphe , leur principale cloche aux mineurs de Saint- François.

Pour se faire pardonner ce qu'il y avait de rigoureux dans les mesures qu'elle avait prises et d'illégal dans celles qu'elle allait prendre , la seigneurie ordonna que tout le fruit du. pillage fût restitué immédiatement; puis elle s'occupa, sans plus tarder, de se débarrasser de ceux qui faisaient obstacle à ses desseins, et de les remplacer par des instruments plus dociles. Aux Dix de balie et au tribunal des Huit, qui étaient favorables à Savonarole, furent substitués d'autres magistrats pris parmi les vainqueurs. Cent citoyens furent assemblés et consultés pour savoir quelle direction l'on donnerait au procès. Quelques-uns proposèrent d'envoyer Jérôme au pape, mais la majorité ne se rangea pas à cet avis, sous prétexte que les prisonniers, étant excornmuniés, ne relevaient plus de l'autorité ecclésiastique. Lorsqu'il eut été décidé qu'on les jugerait à Florence, les prieurs nommèrent, pour instruire l'affaire, une commission de seize membres, auxquels il fallut bientôt, sur l'ordre du pape, adjoindre deux chanoines.

Alexandre VI, en effet, n'avait pas tardé à être informé de ces heureux événements. Dès le 8 , la seigneurie les lui avait fait connaître par ses ambassadeurs, par l'archevêque de Florence, Rinaldo Orsini, qui résidait à Rome, et peut-être par une lettre adressée à lui-même. Dans ces dépêches, elle tirait vanité de l'ordre qui avait régné dans la ville aussitôt après l'incarcération de Savonarole, comme si c'était une grande garantie de sécurité et d'avenir qu'un parti écrasé la veille ne remuât pas le lendemain.

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