LIVRE III, CHAPITRE VI. 2*J
naissant sa faiblesse el prévoyant sa fin, il avail mainles fois dil la morne chose aux Florentins; mais les temps étaient bien changés : il ne parlait plus à des amis disposés à tout croire, et l'on ne tint compte que de ses aveux. Toutefois, arrachés ainsi par la force, ces aveux étaient trop incohérents pour qu'on pût fonder là-dessus un aete d'accusation plausible : il était besoin d'un esprit délié, d'une plume habile pour coordonner les paroles de l'accusé et les présenter sous le jour le plus défavorable à lui même et à son parti. Ser Cecconc se présenta.
Cet homme avait pris part à la conjuration des Palleschi. Apres la découverte du complot, il s'était enfui à Saint-Marc. Il pensait bien qu'on ne viendrait pas chercher dans cette maison un partisan dos Médicis, et il comptait sur la générosité des pères. En effet, Savonarole ordonna qu'on le reçût avec bienveillance, et, grâce à lui, le proscrit put échapper à toutes les recherches. Pour s'acquitter de la dette qu'il avait contractée, ce misérable s'offrit à déshonorer son bienfaiteur. Son offre fut acceptée. François dcgli Albizzi, l'un des commissaires, comprenant enfin que ce n'était pas à un jugement, mais à un assassinat juridique qu'on le conviait, donna aussitôt sa démission. Il ne voulait pas, disait-il, se souiller du sang du juste. Ser Cecconc s'appuya sur les aveux de Savonarole, et peut-être aussi sur une relation écrite par ce père dos événements auxquels il avait été mêlé, pour fabriquer le procès qui nous a été conservé par Mgr Mansi, avec quelques altérations, et partiellement par Quétif. Le texte authentique do l'édition princeps est extrêmement rare aujourd'hui.
Lorsque cette pièce mensongère, qu'on avait à peine osé communiquer à Jérôme, vit le joui-, la stupéfaction
des Piagnoni restés fidèles fut au comble, et ils crurent un moment avoir été joués par un imposteur. Mais peu à peu ils se convainquirent que cet acte avait été fait, comme Échard le remarque justement, avec tant de légèreté et d'étourderie, que, tout ce qui y était contenu fût-il vrai , il y aurait tout au plus un fou à purger avec de l'ellébore, et non un fourbe à mettre à mort. Revenus de leur surprise, ils cherchèrent à s'expliquer comment, du vivant même de Savonarole et de tous ceux qui l'avaient vu à l'œuvre, on avait osé publier un tel amas de calomnies, et de conjecture en conjecture, de propos en propos, une version se répandit peu à peu dans la ville. Les écrits de quelques-uns l'accréditèrent, et on la donne encore aujourd'hui comme l'expression de la vérité.
On supposa qu'il y avait un vrai procès, c'est-à-dire une relation, un procès-verbal des interrogatoires, rédigé avec fidélité à mesure que Savonarole répondait à ses juges, et contenant la preuve de son innocence. La seigneurie , dit-on, avait voulu faire disparaître cette pièce gênante ; mais, au lieu de la déchirer ou de la brûler, elle aurait eu l'imprudence de la remettre entre les mains d'un tiers qui l'aurait tenue cachée jusqu'à la mort de Fra Girolamo. Le bruit aurait couru qu'un certain Jean Berlinghieri en était détenteur ; qu'il l'avait montrée à plusieurs personnes, mais qu'il s'était refusé à la publier ; qu'il l'avait même brûlée au lit de mort, sous prétexte que, si on l'avait connue, plus de quatre cents citoyens auraient été mis en pièces. S'il faut en croire Fra Benedetto et le P. Marco délia Casa, ils furent de ceux à qui Berlinghieri communiqua ce précieux document avant de l'anéantir. Nardi confirme ce récit, mais seulement sur ouï-dire.
A ce procès, qui était le véritable, et que la seigneurie