CHAPITRE IX
La réaction continue après la mort de Savonarole. — Persécutions. — Esprit qui règne à. Saint-Marc. — Chants contre la mémoire de Savonarole. — On interdit ses écrits. — On permet de les publier. — Retour de l'opinion à Saint-Marc et dans toute l'Italie. — Conduite des papes. — Jugement de la Congrégation sur la doctrine de Savonarole. — Partisans de Savonarole canonisés.
Réaction politique. — Projet de réforme politique chez les Arrabbiati. — Complots contre le gouvernement. — Pierre Soderini gonfalonier à vie, 1502. — Machiavel secrétaire de la république. — Retour des Médicis, 1512. — Conspiration Capponi. — Influence des idées de Savonarole sur la jeunesse. — Expulsion des Médicis, 1527. — Nicolas Capponi gonfalonier. — Son administration. — Il est déposé par le parti populaire. — Siège et capitulation de Florence.
La réaction, qui avait commencé de triompher le lendemain de l'épreuve du feu, domina quelque temps encore après la mort de Savonarole. Il est impossible de dire de combien de plaisanteries ou d'insultes on poursuivit les disciples et les partisans du malheureux frère. Tout le monde, la plus brillante jeunesse comme la plus infime populace, les flétrissait des noms d'hypocrites, de pleureurs, de cafards; et ainsi, pendant un temps assez long, les hommes les plus dignes, par leur mérite et par leur naissance, de l'estime et du respect de tous, ne purent sortir dans la rue. L'abaissement et le découragement de ce parti ne firent qu'augmenter l'insolence du parti contraire. Dans toutes les conditions, riches et pauvres, nobles et plébéiens, religieux et séculiers, prirent licence de faire le mal avec tant d'audace,
qu'on a pu dire qu'il n'y avait pas eu de plus grand scandale dans la chrétienté depuis Mahomet. Il semblait, en effet, qu'il n'y eût plus qu'un crime honteux, qu'un vice répréhensible, c'était d'avoir cru aux paroles du frère, et d'avoir désiré la réforme de la cour de Rome.
Ceux qui se livraient ainsi à une vie scandaleuse ne pouvaient souffrir que quelques-uns, par un exemple contraire , semblassent leur reprocher une si indigne conduite. C'est pourquoi ils poursuivirent de leurs vengeances les derniers Piagnoni qui avaient le courage de résister au torrent et de pratiquer la vertu , après la mort du maître comme de. son vivant. Des prêtres , des docteurs, des chanoines furent accusés d'avoir été favorables à Savonarole ouvertement ou en secret, ou d'avoii écrit pour soutenir sa doctrine et infirmer la valeur de l'excommunication: il fallait un prétexte à ces rigueurs. Ils furent cités à Rome par le commissaire apostolique, instrument des Gompagnacci ; mais ils furent tous déchargés de l'obligation de s'y rendre, au prix d'une somme d'argent que chacun d'eux compta à messire Romolino, futur cardinal. Un grand nombre de séculiers , poursuivis comme hérétiques , furent condamnés à l'amende.
Moins heureux , les dominicains de Saint-Marc ne purent, à prix d'argent, éviter l'exil auquel les plus considérables d'entre eux avaient été condamnés. Leur église fut fermée jusqu'au mois de juillet suivant , afin d'empêcher les tronçons du parti vaincu de se rejoindre. Au reste, depuis qu'avait disparu l'âme qui leur donnait k> vie, ces moines paraissaient dignes de peu d'intérêt. Ils abandonnèrent à l'envi là foi qui les avait mis audessus de tous leurs rivaux. Dans leur empressement à