‹ Jérome SavonaroleChapitre 158 sur 215 · LIVRE ITT, CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE ITT, CHAPITRE IX

pieds, mais qu'il avait formellement désobéi à ses supérieurs, méprisé leurs anathèmes, et entraîné un peuple entier à la révolte contre l'autorité du saint-siége. Il Dallait bien se rappeler aussi que les protestants le rangeaient parmi les ancêtres de la Réforme : « Les protestants, dit Bayle, prennent Savonarole pour un des leurs. Balée, Flaccius Illyricus, Yerheiden, Jean Wolfius, Bèze, Vigner, Cappel, Duplcssis-Mornay, les luthériens d'Allemagne, l'appellent le témoin fidèle de la vérité, le précurseur de la réformation évangélique, le fléau de la grande Babylone, l'ennemi juré de l'Antéchrist romain, le Luther d'Italie. Les protestants ont fait sur lui ce distique :

<t En monachus solers, rorum scrutator acutus, « Martyrio ornatus, Savonarola pius. »

Tl eut du moins la gloire d'être canonisé dans la personne de ses plus zélés sectateurs. Philippe de Néri, Catherine de Ricci, furent mis au nombre des saints, malgré leur culte avoué pour un homme condamné et mis à mort par l'Église. Quant à lui, après tant de vicissitudes, il n'a pu laisser un nom à l'abri des attaques, et sa vie tout entière est encore aujourd'hui soumise à la diseussion.

Toutefois, il fut de ceux qui peuvent dire : Non omnis moriar. On a vu le bruit qui se fît, longtemps encore après sa mort, au sujet du théologien et du réformateur religieux. Le réformateur politique ne fut pas plus facilement oublié, et Savonarole, comme Alexandre de Macédoine, eut des funérailles sanglantes.

Ce lut une opinion générale et constante à Florence, que le jour même où mourut Savonarole, il s'en était fallu de peu que la constitution de 1494 ne fût abolie. Si

elle survécut à son auteur, cela tint à un reste de honte dont les vainqueurs ne purent se débarrasser. Jean Manetti, membre des collèges et commissaire de la seigneurie, se trouvait à cheval, en cette qualité, au moment du supplice; quelques citoyens lui ayant rappelé que les circonstances étaient favorables pour faire une révolution, ce magistrat répondit : « Nous aurons bien le temps sous la seigneurie prochaine. »

Devenus maîtres du gouvernement, les Arrabbiati, selon l'usage, se divisèrent. Ce parti était composé de deux éléments trop divers pour que leur union survécût à la cause qui l'avait cimentée. Ceux qui n'en voulaient qu'aux austérités religieuses devinrent, dès qu'elles furent tombées, les ennemis déclarés de ceux de leurs alliés dont le but secret avait toujours été de changer le gouvernement. Ils ne s'entendirent plus que pour justifier leurs iniquités passées. Ils avaient toujours prétendu que Savonarole causait seul du trouble dans la ville , et que les citoyens, divisés sur son compte, étaient en parfait accord sur toutes les questions politiques. Cette allé^ gation pouvait avoir le double but d'expliquer l'extrême rigueur dont on allait user envers un innocent, et d'ôter tout prétexte à l'intervention d'un prince étranger dans les affaires de la république; mais elle était mensongère pour l'avenir comme pour le passé. On a vu, à travers tant de conspirations et d'intrigues, si les Florentins étaient d'accord sur le système politique qui convenait à leur patrie ; après la mort de Savonarole, les partis se déplacèrent, mais ne disparurent point. La question religieuse, la réforme des mœurs ayant été reléguée au second plan , une certaine conformité de vues permit à un grand nombre d'Arrabbiati de se rapprocher des Piagnoni pour empêcher une révolution nouvelle, tandis

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