‹ Jérome SavonaroleChapitre 178 sur 215 · EXTRAIT D'UN SERMON PRONONCÉ PAR SAVONAROLE · texte numérisé non relu

EXTRAIT D'UN SERMON PRONONCÉ PAR SAVONAROLE

IjE 4 3 mars -1496.

( Prediche sopra Amos.)

« Vous dites que je ne prophétiserai pas. Et pourquoi ne prophétiserais-je pas? Quel mal y a-t-il aie faire? Et pourquoi

m'en empêchez-vous? Si cela n'est contraire ni à Dieu ni à la foi, ni aux bonnes mœurs, nia aucune loi, comment serait-il défendu de prophétiser? Qui vous a dit que ce fût mal ? — Oh! c'est la loi de l'Ancien Testament qui le dit. — Lisez-la bien : cette loi dit qu'un prophète qui pousse le peuple à mal faire doit être lapidé. Si conseiller la simplicité est mal faire, si maintenir le peuple en paix est mal faire, si réformer la jeunesse et purger la ville de tous les vices est mal faire, assurément il ne faut pas prophétiser. L'Ancien Testament ajoute que si un prophète dit : Telle chose arrivera dans un temps déterminé, et qu'elle n'arrive pas, il ne faut pas avoir foi en lui. Mais moi, je ne vous ai jamais dit aucun mensonge: je n'ai rien annoncé qui ne soit arrivé en son temps, ou qui ne doive arriver. Qui défend donc de prophétiser? Ce n'est pas la loi évangélique, ce n'est pas non plus la loi naturelle, puisque les philosophes disent quod de futuris contingentibus non est determinata veritas, c'est-à-dire qu'on ne peut rien prouver des futurs contingents. Ce n'est pas non plus la loi canonique, ni la loi civile. Il est bien défendu de prêcher à qui n'en a pas reçu la mission ; mais, la loi dit prêcher et non prophétiser, et quiconque voudrait monter en chaire sans la permission de l'Église, devrait prouver par des miracles ou par l'Écriture qu'il a reçu de Dieu sa mission. Il n'y a donc point de loi qui défende de prophétiser. Je demande maintenant s'il serait possible d'en faire une, et je réponds que non, sauf meilleur avis, parce que ce serait ôter à Dieu le droit d'avoir des prophètes. Je sais bien que vous écrirez à Rome : vous prétendrez que j'ai nommé le pape, que je lui refuse le droit de dire ceci ou défaire cela. Écrivez, si vous voulez; mais rapportez fidèlement mes paroles; Ce frère prétend que personne ne peut faire de loi pour empêcher de prophétiser, pas même le pape. Moi aussi j'ai écrit à Rome. Quel mal ai-je donc fait par mes prophéties, dit Ames, s'il n'y a pas de loi qui défende d'en faire? D'autres disent: Ce sont des songes. Qu'en savez-vous? Si vous parle/, sans fondement, vous êtes fous; si vous parlez avec fondement, dites donc sur quoi vous vous fondez. Vous ne pouvez savoir si ce sent des songes ; vous ne pouvez découvrir le secret de mon cœur.

Vous direz : Je le sais par révélation. Voici ma réponse : Si vous ne croyez pas en moi, je ne crois pas en vous. Comment voulezvous que je croie à vos révélations, si vous dites que les révélations sont des songes? Pourquoi donc ne voulez vous pas que je prophétise? Tu dicis : Non prophetabis, et je prophétiserai, dit Amos. Lisez tant qu'il vous plaira, vous ne trouverez que de méchants rois et de méchants hommes qui aient défendu de prophétiser, et à tous il leur est arrivé malheur. Le prophète Amos dit au prêtre Amasias : « Tune veux pas que je prophétise? Écoute e: la parole du Seigneur. C'est contre toi maintenant que je veux « prophétiser. Ta femme sera outragée, violée par les Assyriens ; « tes enfants périront sous le couteau ; tes possessions seront mesu- « rées au cordeau, c'est-à-dire données à d'autres , tu mourras, et « le peuple même sera mené en captivité. » Amasias disait alors: « Va-t'en, lourdaud ; va prophétiser à tes paysans. » Eh bien ! que signifie pour nous ce texte? Audite igitur verbum Domini. Vous ne voulez pas m'entendre : je vous dis que vos épouses seront déshonorées, c'est-à-dire vos concubines qui vous tiennent lieu d'épouses ; je vous dis que le fruit de vos péchés vous sera enlevé et sera donné à d'autres. Tièdes, votre épouse, c'est-à dire votre conscience, sera déshonorée, c'est-à-dire endurcie, et vous ne vous convertirez jamais. Prêtres, vos fils, que vous faites passer pour vos neveux, seront tués avec l'épée. Rome et prélats, vos bénéfices et vos dignités vous seront enlevés, pour être donnés à d'autres, en châtiment de vos ignominies. Et vous, tyrans, princes de l'Italie, vos épouses, c'est-à-dire vos États, vous seront enlevées, pour être données à d'autres. Vous mourrez dans une terre souillée, c'est-à-dire dans vos péchés, et vous irez à la maison du diable. Le peuple chrétien sera mené en captivité sur une terre étrangère, c'est-à-dire à la maison du diable. Pourquoi donc ne voulez-vous pas que je parle ? Pourquoi ne voulez-vous pas que je prophétise ? Vous devriez me remercier de ce que je vous montre les maux qui vous attendent et le remède que vous pouvez y opposer. Que chacun donc se convertisse et retourne au Seigneur. »

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