‹ Jérome SavonaroleChapitre 22 sur 215 · LIVRE I , CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE I , CHAPITRE IV

de la porte San Galle-, et là les deux adversaires firent assaut de politesse.

Cette dernière tentative n'avait servi qu'à mettre Fra Girolamo plus que jamais en relief; Laurent, qui ne pouvait commander à l'estime que ce religieux lui inspirait, résolut de ne plus l'entraver dans sa marche, et d'assister, paisible spectateur, à ses triomphes. Chargé, en 1492, de prêcher le carême à Saint-Laurent, théâtre de son premier échec, le prieur de Saint-Marc y continua l'explication de la Genèse, qu'il avait entreprise l'année précédente à Sainte-Marie de la Fleur. Vivoli nous rapporte ces succès, dont il avait été le témoin oculaire : Savonarolc prêchait-il contre le luxe et les ajustements immodestes des femmes'!' on les voyait toutes quitter l'église pour aller déposer leur parure et revêtir les robes simples et de couleur sombre que recommandait le prédicateur. Tonnait-il contre les richesses mal acquises'/ aussitôt des restitutions avaient lieu : un citoyen, par exemple, s'empressait, en sortant du sermon, de restituer trois mille ducats dont sa conscience ne pouvait plus supporter l'injuste acquisition.

Ce brillant carême était à peine terminé que Laurent de Médicis se mit au lit pour ne plus se relever. Depuis deux mois, sa maladie avait fait des progrès effrayants. Sentant sa mort approcher, il ne voulut pas s'en tenir à sou confesseur ordinaire, mais il commanda qu'on allât chercher Savonarole, le seul vrai religieux, disait-il, qu'il eut jamais rencontré. Le prieur se rendit à cet appel suprême, comme c'était son devoir. S'approchanl du moribond, il lui demande s'il a la foi. — Laurent ayant répondu qu'il l'avait, il l'exhorte à vivre honnêtement désormais. — « Ainsi ferai-je, répond le prince. —

Si la mort doit venir, poursuivit Jérôme, sachez la sup-

porter avec calme. — Rien ne saurait m' être plus agréable, si telle est la volonté de Dieu. » Savonarole allait se retirer, lorsque Laurent lui demande sa bénédiction. Le père la lui donne, et le malade fait avec piété les répons aux prières de l'Église....

Tel est le très-simple et très-vraisemblable récit que Politien fait d'une entrevue également honorable poulies deux illustres personnages. Ce qui donne une autorité considérable à sa parole, c'est qu'il avait été témoin de ce qu'il raconte, et qu'il écrit pour un ami, non pour la postérité. Les biographes de Savonarole rapportent la chose tout autrement.

Selon Burlamacchi, le père répondit avec dureté aux envoyés de Laurent qu'il ne se rendait point à son appel, parce qu'il ne pouvait espérer de se mettre d'accord avec le moribond. Celui-ci, sans éprouver aucune colère, fit dire à l'impérieux prieur qu'ils ne pourraient manquer de tomber d'accord, attendu qu'il était prêt à faire toutes les concessions qui lui seraient demandées. Savonarole dut donc se mettre en route pour la villa de Careggi, où Laurent se trouvait alors. S'étant fait accompagner par un vieil infirmier nommé Grégoire, il lui prédit chemin faisant, que le prince ne se relèverait pas de cette maladie. Lorsqu'ils furent en présence, le moribond témoigna le désir de se confesser, et avoua que trois péchés principalerneut pesaient sur sa conscience : 1° le sac de Volterre, où l'on avait vu mille horreurs ■ ; 2° le vol qu'il avait commis au Mont-des-Filles (institution de garantie pour les dots), et qui empêcha beaucoup d'entre les jeunes Florentines de se marier; 3° la con-

1 . Le sac de Volterre eut lieu en 1472. Cette ville s'était révoltée à l'occasion des mines de Castelnuovo. Après quelques désordres , elle demanda à traiter. Laurent fut inflexible et fit décider le sac.

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