‹ Jérome SavonaroleChapitre 73 sur 215 · LIVRE II, CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE IV

et solide.... Je crois que Fra Domenico est un homme d'une vie pure; mais c'est un esprit borné et trop porté à croire les révélations, les songes des bonnes femmes et des cerveaux étroits et faibles. Ceux d'entre nous qui montraient quelque incrédulité vivaient dans un martyre continuel.... Je voyais FraSilvestro passer tout le jour dans les cloîtres à bavarder dans des groupes de citoyens, ce qui faisait murmurer beaucoup de nos frères.... Il avait toujours des étrangers plein sa cellule, les cloîtres ou le jardin1. »

Il résulte de ces curieux portraits que si Dominique et Sifvestre furent des hommes vulgaires et remplis des défauts qu'on trouve trop souvent chez les moines, on ne pouvait reprocher à Savonarole qu'une trop ferme volonté, et la tyrannie tracassière de ses lieutenants. Les aveux de Fra Roberto était évidemment arrachés par la vérité; car ce témoin, loin de se montrer favorable à son ancien chef, était de ceux qui supportaient impatiemment le joug ; et, à la fin de sa déposition, il prie la seigneurie de ne pas se départir de la sévérité qu'elle avait commencé de montrer à l'égard des trois prisonniers. Mais la vertu du vicaire général ne rendait pas le poids moins lourd; et si l'opposition, à Saint-Marc, n'osa jamais lever la tête, elle n'y couva que plus dangereuse. On le vit bien plus tard.

Indépendamment des ennemis que la nature et la sévérité de sa doctrine, ainsi que le triomphe politique pi'il venait de remporter, avaient suscités à Savonarole dès le premier jour, la guerre à outrance qu'il faisait mx adversaires de la religion, des bonnes mœurs et du

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1. Voy. à l'appendice (n° xvi) l'analyse des dépositions des témoins au procès, que nous publions d'après le manuscrit authentique de r.irc/u'n'o délie liifoniuujioni à Florence.

gouvernement populaire, n'était propre qu'à lui en créer incessamment de nouveaux. Les vingt accoppiatori nommés pour un an devaient rester en charge six mois encore. Mais leur ambition, leur orgueil, leur égoïsme, les projets qu'on leur supposait, les rendaient odieux au peuple, et Fra Girolamo les haïssait plus que personne. Ils étaient l'œuvre de cette assemblée à parlement qu'il poursuivait avec tant d'énergie ; ils avaient le tort grave de n'avoir plus leur raison d'être, une fois les nouveaux pouvoirs légalement constitués. Enfin, ils étaient le seul reste demeuré debout de cette aristocratie dont Florence ne voulait plus subir la domination. Savonarole saisit avec empressement la première occasion qui se présenta de les renverser. DexS soupçons s'étant élevés sur deux citoyens, Alexandre et Lambert délia Antella,on fit chez eux des perquisitions, on y trouva des armes et on leur arracha l'aveu d'une conjuration en faveur des Médicis (15 mai). La défiance populaire accusa les accoppiatori de complicité, et deux de ces magistrats, Julien Salviati et' Laurent Lenzi, pour se purger des soupçons qui pesaient sur eux, donnèrent leur démission. Leurs collègues ne purent s'empêcher de suivre cet exemple. Ils auraient attiré, par une plus longue résistance, trop de ressentiments sur leurs têtes (8 juin 1495). Ainsi fut porté le dernier coup au pouvoir des grands , et la seigneurie qui devait entrer en charge le 1er juillet, put être nommée, pour la première fois, par le grand conseil.

Ce nouveau triomphe de la volonté populaire, où l'on voulut voir la main de Savonarole, acheva d'exaspérer ses ennemis. Ils n'avaient plus d'influence dans les affaires publiques que par leur vote, en qualité de simples citoyens, et ils ne purent se résigner à ce rôle trop

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