LIVRE II, CHAPITRE IV
regarde personnellement, et que tout homme doit agir suivant sa raison. Ces opinions sont fort sensées, et, sur l'autorité de l'ange de l'école, il n'est pas permis de croire qu'elles ne sont pas catholiques; mais Wicleff n'eut qu'à généraliser et à appliquer à tous les cas ce que les docteurs restreignaient à quelques-uns, pour nier absolument l'autorité des évêques et la valeur de l'excommunication, et pour jeter les fondements d'une nouvelle hérésie.
Alexandre VI prit patience quelque temps; mais Sawnarole, loin de s'apprêter à partir, continuait à parler librement de la cour de Rome et des prélats. Le pape 3n fut informé A l'instigation de ceux qui mettaient tant l'acharnement dans cette affaire , il envoya, le 8 sep- ;embre, un nouveau bref, cette fois exempt d'éloges )ù il commandait impérieusement au frère de partir )our Rome sans retard. Jérôme, au lieu d'obéir, reparut dans la chaire après deux mois et demi de repos. Depuis le 28 juillet, il gardait le silence, par suite de ses xcupations politiques, ou peut-être par prudence ; mais înfin, las de se taire, il reprit la parole et se fit entendre rois l'ois, le 11, le 18 et le 25 octobre. Cette fois, le pape )erdit patience, et fulmina un nouveau bref, très-prottblement en date des premiers jours de novembre, par equel il lui ôtait le droit de prêcher. Savonarole réponlit au saint-père en protestant qu'on avait surpris sa vligion ». Mais celui-ci ne se laissa pas fléchir; il me-
1. Ces deux brefs ne nous ont pas été conservés, non plus que les éponses de Savonarole.
Nous rapportons à l'appendice (n° v) une longue lettre de Fra Giroamooù il est question d'un bref du pape qui paraît être celui du 8sepeabre. Cette lettre est, en effet, du 15 du même mois. La copie lonue, il est vrai, le millésime de 1496; mais comme la lettre parle l'un bref très-réceni et qu'il n'y en eut pas en 14%, nous n'hésitons
naça, au contraire, d'interdire Florence, et la seigneurie dut tenir la main à ce que les dispositions du bref fussent observées dans toute leur rigueur.
Yaincu dans cette lutte inégale, Savonarole se retira à Saint-Marc , où il continua de prêcher à ses plus intimes partisans, mais sans publicité. Pour que Florence ne l'oubliât pas et se maintînt dans les bonnes doctrines, il chargea Buonvicini de le suppléer dans la chaire des principales églises qui lui étaient ouvertes. Cet homme médiocre, qui avait par lui-même fort peu d'autorité, en tira une très-grande du silence de son maître. Son succès fut si considérable, qu'au rapport de Nardi , les austérités des fidèles ne furent pas moindres pendant cet avent, qu'elles n'ont coutume de l'être pendant le carême. Ainsi se continua la tradition, jusqu'au moment où Jérôme put reprendre la parole, ce qui ne tarda pas.
La seigneurie de novembre 1495 s'était bornée à faire exécuter les volontés du pape. Celle qui lui succéda (janvier 1496) crut avoir besoin de Savonarole pour gouverner le peuple, et n'eut rien tant à cœur que de lui faire rendre la parole. Elle écrivit en conséquence, le 28 janvier, à Richard Becchio, son ambassadeur, ou, comme on disait alors, son orateur à Rome !. Les démarches de ce fonctionnaire furent conduites avec tant d'habileté, qu'il obtint d'Alexandre VI un nouveau sursis. C'était donner à Savonarole la permission et les
pas à croire que cette date a été mise pour 1495 par une erreur d( l'abbé Bemardi, qui a copié le manuscrit, ou du manuscrit lui-même qui est aussi une copie.
1. On trouvera à l'appendice (n° iv ), ce texte important qui complète la série de ceux dont nous nous sommes servi pour refondre entièrement toute cette partie de la vie de Savonarole.