I . Loc. cit
Savonarole fit présent d'une partie de ces livres et manuscrits aux prélats ses protecteurs, ce qui est bien différent ; car on peut témoigner sa reconnaissance pour des services déjà rendus, sans être un vil suborneur. On a déjà vu qu'il suffisait à Fra Girolamo de la moindre soumission pour rentrer en grâce et obtenir peut-être une des plus hautes dignités ecclésiastiques ; on verra par la suite qu'il ne voulut rien faire pour être relevé de son excommunication ; il est donc peu croyable qu'il ait demandé à de honteux moyens ce qu'il pouvait obtenir honorablement.
Il n'est pas impossible toutefois que Savonarole ait fait présent de quelques livres ou manuscrits aux protecteurs déjà éprouvés de Saint-Marc. Parmi les ouvrages achetés en bloc à la seigneurie, il devait s'en trouver de ceux qu'il tenait pour funestes aux bonnes mœurs et à la religion, les poètes surtout, Ovide, Tibulle, Catulle et Martial. Sachant le prix que d'autres y mettaient, il put bien, sans forfaire, profiter d'une occasion si naturelle de débarrasser le couvent des mauvais livres qui l 'infectaient. Au surplus, ces présents ne durent pas être très-considérables; car, à la mort du père , on retrouve cette bibliothèque presque en entier, et l'on en suit l'histoire jusqu'à nos jours1.
1. A l'attaque du couvent, quelques jeunes gens éclairés sauvèrent la bibliothèque. Saint-Marc, déchu de sa splendeur, la vendit bientôt au cardinal Jean de Médicis ( plus tard Léon X) qui la fit transportera Rome (1508), où elle resta tout le temps de son pontificat, et où elle s'accrut considérablement. Clément VII la reçut de son cousin, et, nommé pape lui-même, la fit de nouveau transporter à Florence, ordonnant qu'elle y resterait pour n'en plus sortir (bulle du 15 décembre 1532). Il commanda en outre à Michel-Ange les plans d'un édifice pour la recevoir. Le grand artiste fit- l'admirable dessin de la Laurentiana, lequel fut exécuté, sous sa direction, par Vasari, son élève et son ami.