CHAPITRE TROISIEME
d'expliquer les Livres Saints , au lieu que Jérôme voyait une grâce de Dieu dans la faculté de saisir le sens multiple et sublime contenu dans ces pages, objet de la vénération des mortels.
Mais si Savonarolese maintint iidèlement par là dans la tradition catholique, il se heurta à un inconvénient inévitable. Dans l’Église protestante, la libre interprétation de l’Écriture permet à la sagesse des uns de redresser les écarts des autres. Én faisant de ses explications quelque chose de surhumain et de céleste , Savonarole fermait la bouche à tout contradicteur, car il pouvait répondre : Vous n’êles pas digne de comprendre ces choses ; avant de contester ce que je dis , avant de discuter, priez Dieu qu'il vous dispense ses lumières , et lorsque vous les aurez obtenues , nous verrous si vos interprétations et les miennes ne .seront pas identiques. Ainsi, par une con.séquence naturelle i de ses idées, plutôt que par orgueil , il se trouva sans ' modérateur, et put donner un libre cours à sa fantaisie, i Il fut conduit par là aux sens les plus forcés; il ne vit plus dans l’Écriture que ce qu'il y voulait voir; il se fit enfin une place à part , en dehors de toutes les traditions reçues , de toute vraisemblance et de toute vérité. Quelques exemples feront voir comment Savonarole entendait l’allégorie.
Celle qui suit , sans être plus curieuse pour la forme que beaucoup d’autres, a une importance historique toute prticuliëre. On ne peut lire sans intérêt comment , en 1 494 , au moment où la révolution florentine
PRÉDICATIONS DK SAVONAUOLE.
venait de s’accomplir, le Frère en trouvait les phases prévues et indiquées par Dieu dans les six jours de la Création.
« Je veux vous montrer, à propos de la Création du » monde faite en six jours , comment vous devez gou- «verner cette ville. Le premier chapitre de la Genèse «sera comme une figure qui vous fera comprendre ce » que vous avez à faire et quels moyens vous devez , «employer
J n In principio creavit Detis cœlum et lcrram. Au I «commencement. Dieu créa le ciel et la terre. Appli- ; » quons cela à cette ville. Quand Florence a changé I » son gouvernement , elle est tout d'un coup devenue «une nouvelle ville. De meme que Dieu a tout fait de I «rien, de même nous pouvons dire qu’il a transformé I » ici toutes choses en un instant et sans aucun désastre, i » C’est presque un miracle que la chute soudaine d’un ; « gouvernement fondé depuis soixante ans et affermi
■ «pendant une si longue durée, n’ait causé aucun mal- ! «heur. Ainsi, Florence, le ciel et la terre ont été de I «nouveau créés en toi, comme dit ici le texte. Le ciel «doit s’entendre des grands et des principaux citoyens,
« la terre des faibles d’esprit : T’erra aulem erat inanis et » vacua, et tenebree cranl super faciem abyssi. Florence,
«lu étais jadis vide de vertus et pleine de ténèbres: «tout était confusion; l’ob.scurité planait sur l'abîme; «ton gouvernement n’était qu’ignorance et chaos. Dieu «est venu pour te renouveler, il est venu pour te go>i- «verner, et il dit ; Dans ce premier jour, /lat lux, que