CHAPITRE PREMIER
«Saillie et des Pères, de réflexions simples et fami- )) Hères , sans aucun ornement de style , sans force, sans «cette profondeur de pensée , sans cette variété de «ligures, enfin sans aucune de ces qualités qui font «aujourd'hui , ou , pour mieux dire , qui. ont toujours » fait l’orateur éloquent'. «
Tiraboschi aurait pu ajouter au jugement qu’il porte de ce prédicateur, que , le fond et la forme de ses discours fussent -ils admirables, ils n’en auraient pas moins été perdus pour le plus grand nombre , car il nous assure qu’à cette époque on prêchait en latin *. Ce n'étaient donc ni la pensée ni le style qui pouvaient
• Tiraboschi, Storia delta litteratura italiana, T. IV, p. 495 (.Modéne, 1790). — Voy. un fragment de saint .Antoine do Padoue , traduit par M. Romain Joly, Hittoire de la prédication, p. 324.
’ C’est là une grave question que la critique n’a point encore décidée. Dès le XII° siècle, saint Bernard prêchait, dit-on, en langue vulgaire. Est-il croyable que les autres prédicateurs parlassent latin, c’est-à-dire une langue que très -peu de personnes entendaient? Xe faut- il pas croire plutôt que les orateurs sacrés écrivaient leurs sermons en latin , parce que cet idiome leur était familier, mais qu’ils les prononçaient en langue vulg;iire? I.a question parait cependant moins douteuse quand il s’agit de l’Italie, que lorsqu’on parle de la France. Les rapports du latin et do l’italien sont très-nombreux, et en faisaient, surtout au moyen .Ige, presque deux dialectes d’une même langue. Il n’est donc pas impossible que l’allirmation de Tiraboschi soit , (wur les |>ays au-delà des Alpes, conforme à la vérité. Il est certain du moins que ceux qui ont écrit sur l’histoire littéraire de l’Italie tombent d’accord à cet égard, et vont jusqu’à nommer ceux qui ont parlé les premiers aux Rdèles en italien. Il faut bien s’en tenir à leur assertion , puisqu’on n’en peut démontrer la fausset*-.
FHÉDICATIONS 1»K SAVONAROLE.
cliarmer et persuader la foule. corruption
qui s’était introduite dans la langue latine , par l’emploi qu'on en faisait souvent dans le discours , la rendît moins éloignée de l idiome vulgaire , surtout en Italie, il est probable que ceux qui n’étaient pas instruits dans les lettres ne saisissaient que des lambeaux de la prédication. Ce fut bien pis, lorsque, avec le temps, le latin eut cessé d’être en usage. Pour se faire comprendre , les prédicateurs furent réduits à glisser dans leurs sermons des mots , des phrases , des passages entiers en italien. Cette nouveauté permit de commenter, d’expliquer ce que le texte sacré avait de moins intelligible. Par là on arriva insensiblement à faire entendre de tous la plus grande partie du discours , en laissant néanmoins beaucoup de place aux citations latines, qu’on ne prenait pas la peine d’interpréter.
Le premier qui prêcha de la .sorte , en Italie , fut Fra Jordano de Rivalta , qui occupa la chaire pendant les dernières années du XIIP siècle et dans les premières du XIV^*. Mais l'importante nouveauté qu’on signale chez lui pour la première fois , ne fixa pas d’abord l’attention , et la réforme de l’éloquence sacrée ne fit pas de
* Fontanini C Dell’ eloquenza italiana J a prétendu qu’on avait prêché en latin dans toute rilalie pendant le XIIl», le XtVe et le XV« siècle. Cette opinion a été victorieusement réfutée par .Apostolo Zeno (Tiote alla bibliotecadel Fontaninij, mais surtout par Dominique Mario Maiini. De toutes les preuves que donne ce dernier, la plus concluante est l’édition qu’il a publiée du texte italien de Fra Giordano de Rivalta. ( Voy. Tirab., loc. cit.)