‹ Jérome Savonarole, sa vie, ses prédications, ses écritsChapitre 20 sur 97 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

C’est dans ce sens que Jérôme parle ordinairement de la salade ; mais il ne se gêne pas quelquefois pour donner à ce mot une autre signification. Sa parole même devient aussi une salade :

« Les grands évènements qui se passent autour de » nous rendent les esprits curieux de choses nouvelles ; » de bonnes paroles réjouis.sent nos auditeurs , et ils «s’attristent quand on leur annonce les calamités de » l’avenir. Je m’apercevais bien de cette disposition , et » je me disais en moi-même : Ce langage ne contentera «personne. Dans cette incertitude, je priais Dieu de «m’inspirer; Dieu m’exauça. Je sentis venir l’inspira- » tion , et j’entendis ce conseil ; Fais un mélange , donne- «leur de l’un et de l’autre, ne leur sers pas toujours de «la laitue ou toujours de la bourrache, comme font B quelquefois les moines dans leurs salades, maisdonne- » leur un mélange ‘ »

Cependant Savonarole gardait pour l’ordinaire plus de fidélité à ses propres fantaisies. Les peuples et les princes étrangers qui doivent châtier l’Italie , en qualité d’exécuteurs des vengeances célestes, sont constamment représentés par lui comme des barbiers armés de leurs rasoirs , et jamais cette singulière figure ne s’entend autrement dans les nombreux sermons où il s'en est servi *.

• 2'e Pred. top. Michea, l'f novembre I49G. (Ven. 1520, f» 175 r«.)

Le P. Marchese (Lett. ined.. Doc. 42) met entre parenthèses à côté do mot barbieri celui de barbari, comme pour l’expliquer. Il

Si PRÉDICATIONS DE S4VONAHOLE.

« Fili huminis, surne libi gladium acutum , etc. Dans »ce temps-là , le rasoir était Nabuchodonosor ; Titus et » Vespasien furent l’autre rasoir. Mais revenons à notre «sujet. Les barbiers qui viendront prochainement sont «ceux qui doivent nous faire la barbe. Vous vous rap- » pelez que je vous ai avertis. — Oh ! pourquoi ne vien- »nent-ils pas maintenant, ces barbiers? — Ils sont » occupés pour le moment à aiguiser leurs rasoirs et à «les suspendre à leur ceinture. Il y a trop de barbe, et «trop de cheveux donnent mal à la tète. La tète, c’est «Christ. Tu jetteras donc à bas, dit le Seigneur, tous «ces cheveux. Commence de ce côté-là par cette grande «chevelure, et descends ensuite à tous les membres. «Coupe, coupe, et alors, Florence, tu demeureras «ferme dans la sainteté, et ta gloire commencera »

Cette figure avait plu à Savonarole , car presque jamais il ne désigne autrement les futurs envahisseurs de l’Italie. On n’en peut contester la justesse, et si elle parait trop familière , il ne faut pas oublier que de telles paroles s’adressaient aux Florentins du XV® siècle, et que, même aujourd’hui , ils demanderaient à l’orateur plus de passion peut-être, mais, à coup sûr, moins de tenue et de gravité que nous.

est possible que , dans le principe , Savonarole ait employé le second de CCS deu.x mots; mais la similitude de consonnancc et la convenance du sens lui auraient fait, dans ce cas, adopter de bonne heure le mot de barbieri, avec son sens ordinaire, car il parle toujours en même temps de raser et de rasoirs.

' IS' Prtd. $op. Ezech., 18 février 1497. (Ven. 1620, f» 48 V".)

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