‹ Jérome Savonarole, sa vie, ses prédications, ses écritsChapitre 21 sur 97 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

\ côté de cette fidélité homérique à certaines formes d’allégorie, on trouve, dans les sermons de Jérôme , la plus surprenante variété d’images et de comparaisons. Tantôt Florence est comparée à la chaste Suzanne < , ce qui ne laisse pas d’étonner un peu, quand on songe aux vices infâmes dont le même prédicateur faisait si souvent honte à cette ville. Tantôt le cœur humain est représenté comme une roue qui tourne toujours dans l’eau, broie tout ce qu’elle touche, et, si l’on approche d’elle de bonnes substances, fait la farine de la sagesse^. Ailleurs , Savonarole compare ses adversaires à des punaises une autre fois à de grosses mouches et à des scorpions. Le passage où se trouve cette dernière comparaison mérite d’être cité :

« Savez-vous comment sont ces Scribes et ces Phari- » siens? Les uns sont comme de grosses mouches , les «autres comme des scorpions. La grosse mouche fait «peu de mal ; elle bourdonne et siffle tout le jour. Elle «fait tout le jour: bu, bu. Tantôt elle entre dans un »trou et fait: is, is; tantôt elle entre dans un autre. i> Ce sont ceux qui rôdent sur les places , qui vont de » boutique en boutique pour les affaires de tel ou tel ; » ils bourdonnent sans cesse. N’ayez pas trop peur de » ces grosses mouches. Vous écrivez dans votre chamhre ; » survient une mouche qui vole tout autour de vous et

* 26® Pred. top. Job, 27 mars I4'.I6. (Ven. 1496, f" 208 v“.i

’ 7® Pred. top. Arram Soe, mardi après le premier diniatiehe de carême 1494. (Ven. IS-IR, f» 2.5 p.)

’ 1" Pred. top. Mirhea , 8 mai I49fi. (Ven. 1520, f» a.)

PRÉDICATIONS DK SAVONAROIÆ.

»rait: is, JS, is. Vous écrivez toujours. Elle revient; «vous lui faites ainsi de la main et vous lui dites:

B Allons, va-t-en, grosse mouche. Ne posez pas la » plume: l'insecte finira par s’en aller. Mais le scorpion » vient, tout gracieux par devant, et plein de poison » par derrière. Voyez : voici un homme qui est là , dans »sa chamhrette ; il écrit, il vaque à ses affaires. Ces » scorpions , ce sont les méchants : gardez-vous d’eux.

» Ils viennent ce matin avec l’adultère ; ils entrent dans »la chamhrette, et se disent : Agissons en secret. Pa- «tience, vous verrez que nous y viendrons. O ribauds,

» qui êtes tous les jours avec les courtisanes, et qui » voulez maintenant lapider cette pauvrette! O effrontés » scélérats * ! »

Si l’allégorie n'était, dans les sermons de Savonarole, que ce qu’on vient de voir par ces derniers exemples, elle ne mériterait pas de nous arrêter, et surtout * d’obtenir ici la première place : quelques mots, quelques citations rapides pour constater le caractère de la prédication , et tout serait dit. Mais l’allégorie est tout un système chez notre auteur, ou plutôt elle n’est pour lui que la vérité présentée sous la forme la pins naturelle et la plus vive, et surtout que le vestibule , pour ainsi parler, du grand édifice prophétique qu’il voulait bâtir en prenant pour hase les Livres Saints. Ce système appartient à Savonarole, sinon par l’idée première , au moins par l’application étendue qu'il en* lit. On s'était

• Prrd. top. Ezerh., 4 mar.s 1497. (Ven. I5?0, f" 9î r».)

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