CHAPITRE QUATRIÈME
modernes. En voyant dans toutes les figures et les allégories de l’Ecriture un caractère prophétique, il semble dire par là que telle est la source où il Faut puiser la parole de Dieu. Il est certain, dans l’application , que c’est aux Livres Saints qu’il demande , pour l’ordinaire, l’interprétation du présent et de l’avenir, et qu’ils sont, soit directement par eux-mêmes, soit indirectement par les réflexions qu’ils lui inspirent , l’origine de presque toutes ses prédictions. On serait ' , porté à croire que, loin de suivre en cela les opinions consacrées par l’Église , il est le premier auteur de i la thèse soutenue plus tard par les luthériens et les calvinistes , que la prophétie n’est autre chose , dans l’Eglise chrétienne et les temps modernes, que la saine intelligence de l’Ecriture et un remarquable talent pour l’expliquer <. Mais ce serait une injustice de le juger ainsi. Encore qu’il puise ordinairement ses pro- /' phéties dans l’Ecriture, source de toute vérité, il ne la ^ regarde pas comme l’origine nécessaire de toute prophétie. Il voit dans le prophète un être inspiré de Dieu , admis à entendre directement sa parole , et à la transmettre aux autres hommes. Pour parler à ses élus , le Seigneur n’a besoin d’aucun intermédiaire, et, dans
• a Ego eos scqui malo qui latius extendunt hoc nomeii ad peciiliarc rcvclationis donum, ut quis dexlre ac peritc in voluntatc Dei enarranda niunus intcrprctis obeat. Itaquo propbctia liodic in Eccicsia chrisliana nihil fere aliud est quani recta Scripturæ intclligentia et singularis ejus explicandæ facultas. <• Calvin, dans Rudelbach, p. 2SI.
PREDICATIONS DE SAVONAROLE.
les visions qu’il leur envoie, il se découvre quelquefois à eux face à face. Mais comme il a pris la peine de dicter un livre pour l'éternelle instruction du monde, il est naturel que le prophète , dans la plupart des cas , lise dans ce livre la volonté suprême , et n’ait recours qu’en des circonstances extraordinaires aux visions immédiates. En se bornant à interpréter l’Écriture, il n’abdique point sa dignité, car il n’est pas donné à tous les hommes de comprendre la parole écrite ; même , pour cela , il faut des lumières surnaturelles qu’on n’obtient, comme nous l’avons vu, que par la prière, la méditation et la grâce , qui en est la conséquence. C’est ainsi que Savonarole se sépare, sur ce point , de Calvin et des autres docteurs protestants qui font de l’interprétation de l’Écriture le droit de tous, mais le pouvoir de quelques-uns seulement, c’est-à-dire de ceux qui ont les plus complètes facultés.
Ainsi , l’esprit de prophétie est dans les rapports de Dieu avec son élu, rapports qui ont lieu directement dans certains cas , mais le plus souvent par l’intermédiaire de l'Écriture. C’est là que Jérôme, comme ses prédécesseurs, lit ordinairement l’avenir. La conduite de Dieu envers le peuple d’Israël est pour eux une image frappante de celle qu’il tiendra avec les autres peuples. La prophétie que le prophète tire de l’Écriture a sans doute, pour lui , une origine inférieure, puisque Dieu s’est servi d’un intermédiaire; mais elle a bien plus de certitude et d’autorité pour ceux à qui elle est annoncée. On peut , en elfet , confondre les visions de