CHAPITRE QUATRIÈME
l’élu lie Dieu avec les inductions de la prescience humaine; au lieu que toute prophétie qui a pour base l'Écriture s’impose par là même. C’est pourquoi Savonarole met une très-grande différence entre celles de ses prédictions dont il ne pouvait justifier l’origine autrement que par une simple affirmation , et celles qu’il puisait dans l’étude et la méditation des Livres Saints. Dans le Compendium revelationum , il rapporte quelques-unes des plus éclatantes visions qu’il ait eues; mais il ne prétend pas être cru sur parole, et il ne s’adresse qu’à ceux qui ont foi en lui <. A plus forte raison n’exigeait-il pas qu’on fût persuadé par les prédictions particulières qu’il avait faites sur la mort d’innocent VIII ou de Laurent de Médicis, par exemple; mais il était d'une intolérance rare pour ceux qui ne croyaient pas aux prophéties qu’il déduisait de l’Écriture. Par une inconséquence singulière , tout en admettant qu’il fallait des lumières surnaturelles pour découvrir la vérité dans les Livres Saints, il s’oubliait jusqu’à ne pas comprendre que les autres y pussent lire moins clairement que lui ; de plus , tout en reconnaissant qu’on avait le droit de se tenir en garde contre lui pour ses prédictions particulières , il ne comprenait pas qu’on pût lui contester l’illumination spéciale dont il prétendait être rempli , dès qu’il s’agissait de l’interprétation des Livres Saints.
A quoi cependant les fidèles pouvaient-ils juger si
' Voy., dan.s la Sf parlio, l'aiialy.se du Compendium revelationum.
PRÉDICATIONS Dli SAVONAHOLE.
Savonarole était un vrai ou im taux prophète? Il le confesse lui-même : des hommes peuvent se rencontrer qui abusent des talents qu'ils ont reçus de la nature, et se fassent passer pour envoyés de Dieu , afin de jouir des biens et de la considération qu’ont en partage ceux qui réussissent à se faire accepter comme tels. Il faut donc un moyen de distinguer le bon grain de l’ivraie; mais Savonarole échoue complètement à l’indiquer. Celui qui veut se prononcer sur un si grave sujet doit , dit-il , avoir de grandes lumières «. Mais ce n’est que reculer la difficulté, car il faudrait avoir un moyen de juger si ces lumières sont suffisantes. D’ailleurs , en raison même de leur étendue , elles ne sont données qu’à un petit nombre de personnes, et ainsi le plus grand nombre est exposé sans défense aux fourberies d’uii imposteur.
Cette distinction entre la vraie et la fausse prophétie, entre le vrai et le faux prophète , fut toujours l’écueil de Savonarole. Il a essayé de l’établir tout au long dans un ouvrage dont il sera parlé plus bas * ; mais la vérité et la clarté ne dépendent pas du nombre des pages , et jamais notre auteur n’a dit sur ce sujet rien de satisfaisant. Que nous apprend-il , en effet , par les paroles suivantes : « La vraie prophétie a une lumière particu- » lière et divine. Vous demandez comment il y a en elle
• B Un gran lume. » i Pred.$op. Job ,H niavs 1-195. (Ven. 1645, f» 98 vo. J
^ De rrritatf prophetira. — Voy., à la a» partie, l’analyse de cet ouvrage.