‹ Jérome Savonarole, sa vie, ses prédications, ses écritsChapitre 4 sur 97 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

bien rapides progrès. Le public , détourné par les écrits immortels de Dante et de Pétrarque , non moins que par ceux des anciens, manquait à la chaire, et l’on sait que , dans une certaine mesure , l'auditoire fait l’orateur.

Mais lorsque l’enthousiasme eut l'ait place à une admiration plus calme , la foule recommença de prêter l’oreille à ses prédicateurs. On vit, dans les premières années du XV® siècle , saint Bernardin de Sienne surpasser tous ses devanciers et conquérir tous les suffrages. « Il avait » , dit Tiraboschi , « une grande «éloquence , beaucoup de force dans le raisonnement, «une mémoire incroyable, une voix forte et puissante «que la fatigue n’affaiblissait jamais, une telle grâce «dans le débit que ses auditeurs ne pouvaient se lasser « de l’entendre *. »

L’ordre des Frères Mineurs , auquel appartenait saint Bernardin , produisit après lui un grand nombre de prédicateurs estimés. Albert de Sarzane, saint Jean de Capistran , Bernardin de Feltre , Michel de Carcano marchèrent sur les traces de l’éloquent orateur de Sienne. Michel de Carcano eut l’honneur, parmi tant d’autres , et peut-être sans le mériter mieux , de voir ses sermons imprimés; mais Robert de Lecce éclipsa tous ses rivaux. Raphaël de Volterre dit que tout le monde s’efforçait d'imiter sa prononciation et son geste,

■ Mebus, Fr. Barbaro, Bernard Giustiniani, Bartoloniiiieo Fazio ont fait son éloge. — Voy. Tirab., T. VI, II» partie, p. 1 UO.

PRÉDICATIONS DK SAVONAROLE.

tant ii y mettait d’art. Fra Roberto parut un modèle pour ses exordes et ses péroraisons , pour son adresse à amener les digressions , à provoquer les acclamations ou l'attendrissement. Ce que Tiraboschi nous fait con- ,naître de l’éloquence de ce moine n’est pas de nature à justifier ces éloges < ; mais un langage si peu digne de résonner sous les voûtes d’un temple n’avait alors rien que d’ordinaire. Les formes les plus bizarres appartenaient moins aux individus qu’au siècle , dont elles étaient , si l’on peut dire, le vêtement.

Les autres ordres religieux eurent aussi leurs prédicateurs. Les Serviteurs de Marie, à Florence, s’enorgueillissaient de Fra Paolo Attavanti , de qui Marsile

< «Que d’infirmités », dit Fra Roberto, « produit dans le corps » humain une nourriture trop abondante ! Il ne faut donc pas manger » à toute heure comme les bêles... Quand tu manges sans nécessité , »tu vas contre la nature, car tu cherches toi-même 1a mort. Dites- » moi un peu , Messieurs , d’où viennent tant et de si diverses «infirmités au corps humain : la goutte, la colique, la fièvre , le » catarrhe ? De rien autre chose que d’être trop gourmand et trop «délicat pour le manger. Tu as du pain, du vin, de la viande, du • poisson , et cela ne te suffit jas : il te faut des festins, du vin blanc, «du rouge, du malvoisie, du rôti, du bouilli, de la salade, des » fritures , des beignets , des amandes , des figues , des raisins secs , » des confitures. Il faut que tu remplisses ton sac d’ordures. Rem- » plissez , videz , déboutonnez votre haut de chausses , et , après » avoir mangé, va te mettre à dormir comme un porc. » Voy. Tirab., T. VI, II« partie, p. 1 145. — Cet orateur n’était pas moins étrange en action qu’en paroles. Il quittait un jour, au rapport d’Erasme , sa tunique de moine en pleine chaire , paraissait vêtu en général d’armée, et allait incontinent se mettre à la tête des soldats pour les mener à l’ennemi.

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