‹ Jérome Savonarole, sa vie, ses prédications, ses écritsChapitre 30 sur 97 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

qu'on ne rencontre que dans l’Âncien Testament. Dans Isaïe, dans Ëzéchiel , dans Jérémie, il y avait quelque chose du Christ; dans Savonarole, malgré ses apologistes , malgré le singulier parallèle de Pic de la Mirandole', on ne saurait trouver qu’un homme, sujet à toutes les faiblesses de sa nature. Ce n’est pas en dépassant le but qu’on parvient à l’atteindre, et , par cette raison , Jérôme le manqua presque toujours. Cependant on le suit avec intérêt dans cette brillante , mais inutile campagne , qui souleva les passions, loin de les apaiser.

Lorsqu’il se fut fait voir aux Florentins dans son vrai jour, et qu’au sortir de Saint-Marc il eut rencontré la plus vive opposition , il sentit le besoin d’un puissant témoignage en sa faveur. Mais quel homme eût réussi à persuader, quand il échouait lui-même? Il ne vit que Dieu qui eût assez d'autorité. Dieu était d’ailleurs son témoin naturel , le seul qu’il pût invoquer, puisque personne n’avait assisté à leurs mystérieux entretiens. Persuadé qu’il n’était que le porte-voix de son Divin Maître, il fut donc amené à déclarer que s’il mentait , Dieu lui-même mentait. Celte assertion, très-simple pour lui , puisqu’à son point de vue elle n’était qu’une identité , pouvait causer et caïusa en effet , dans la suite , un grand scandale parmi ceux qui ne reconnaissaient pas sa mission. C’est pourquoi , dans les premiers temps, même après la révolution, il usa de ménagements pour faire passer cette hardiesse :

* Voy. , T. I à l'appendice ( Recherches supplémentaires , N® Il ), l'étude intitulée : De la légende de Satonarole.

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PRÉDICATIONS DE SAVONAROLE

« Sachez bien que si je me trompais en quelque » chose , si je m’apercevais que je me suis trompé , je le » dirais ici expressément et je me rétracterais ; mais «comme je sais qu’il est impossible que je me sois «trompé dans tout ce que je vous ai dit si solennelle- «ment , loin de me rétracter, je vous confirme de nou- «veau toutes ces choses.... Ce que je vous ai dit est «vrai et aussi évident qu’il l’est que je touche de mes «mains le bois de cette chaire. Si je me trompe , c’est «que Dieu lui-même se trompe avant moi. Voyez avec » quelle assurance je vous parle ! Mais , comme Dieu ne « saurait se tromper, je m’exprime ainsi parce que je «suis certain de tout ce que j’avance ici *. »

Plus tard , il renonçait à tant de précautions oratoires , et, se servant de la croyance où l’on était que les anges intervenaient souvent dans les affaires humaines , il osait infirmer à l’avance leur témoignage, s’il venait à s’élever contre lui :

«Vous pensez peut-être que je me rétracterai? Si «cela m’arrive, ne me croyez pas. Je vais plus loin : si «un ange de Dieu venait quelque jour me contredire, «ne le croyez pas, car c’est Dieu lui -même qui a «parlé ». «

C'était s'exprimer avec une énergie qui n’eut d’égale que la hauteur avec laquelle il refusait d’entrer dans plus de détails , et d'expliquer de quelle manière Dieu lui pariait :

' 37c Pred. top. Job, 9 avril 1495. (Ven. 1545 , f» 315 v». )

» I7c Pred. top. Ezech., 17 février 1497. (Ven. 1520, fo 46 vo.)

CHAPITRI-: QUATRIÈME.

a Dieu parle aux hommes de différentes manières. «Vous êtes homme, Dieu peut vous parler. Et moi «aussi , je suis homme ! Pourquoi donc ne s’adresserait- » il pas à moi? — Oh! Frère, comment doncs’entretient- » il avec toi ? — Comment? Je n’ai pas à vous le dire.

» Gardez vos secrets , je garderai les miens : Secrelum nmeum mihi. — Eh bien! Frère, qu’entends-tu quand » le Seigneur te parle, puisque tu dis que tu as entendu » sa voix? — Le Seigneur, vous dis-je , ne parle qu’aux «bons •. »

Le décousu de ces dernières paroles laisse deviner l’embarras où Savonarole se serait trouvé, s’il lui avait fallu s’expliquer plus clairement. Ce reproche d’obscurité lui fut adressé plus d’une fois, et il ne sut jamais s’en défendre que par une réponse qui rappelle celle des mères à leurs petits enfants , quand ils font des ' questions embarrassantes : « Les choses de Dieu », disait-il , « ne s’annoncent pas autrement. «

La conséquence immédiate d’un dogmatisme si absolu , c’est d’envoyer aux enfers quiconque refuse de croire , car on ne peut chercher une sanction que dans le châtiment, quand on refuse de la chercher dans la raison. « Tièdes , méchants », s’écrie à tout propos l’orateur, o vous irez brûler à la maison du diable. » Une telle rigueur contre ceux qui ne s’étaient pas soumis sans mot dire , souleva de si nombreuses protestations , qu'il y fallut apporter quelque tempérament ,

‘ 6« Pred. tup. Ezech., I3 décembre 1496. (Ven. 1320, f« 18 v».)

PRÉDICATIONS DE SAVONAROLE

SOUS peine d'ôter à ia doctrine nouvelle une partie de sa popularité ;

« F rère , tu dis qu’il faut ajouter foi aux paroles ^ » d’Amos comme à l'évangile de saint Jean ; mais, dis- »moi , ce que tu as prédit, toi , faut-il le croire comme «parole d'Évangile? — Pour moi personnellement, »mes prédictions sont aussi authentiques que l’Ëcri- »ture. Quant aux autres , ils ne pèchent pas en refusant » de croire , car Dieu n’a pas donné parmi les hommes »la même autorité à mes paroles qu’à l’Écriture, à » laquelle il faut croire sous peine de péché mortel »

De pareilles concessions coûtaient beaucoup à l’orgueil du prédicateur; aussi cherchait-il à en atténuer l’efTet. Il ajoutait que si, en principe, on n’était pas damné pour ne pas suivre sa doctrine, il était peu croyable que d’honnètes citoyens, de bous chrétiens consentissent à figurer en compagnie de ses ennemis , pour la plupart gens de sac et de corde. Puis, pour regagner par l’émotion ce qu’il perdait d’un autre côté , souvent , à la lin d’un sermon , il s’adres.sait directement à Dieu et lui demandait pardon de n'être qu'un si indigne interprète de ses volontés ; il semblait alors oublier qu’il fût de ce monde et qu’un auditoire immense l’entourât ;

« Seigneur, je me tourne vers toi ; tu es la première «vérité, et tu as voulu mourir pour la vérité; tu as «triomphé dans la mort. Et moi aussi je suis prêt à

' Pred. top. Amot , 18 février 1496. (Ven. 1539, p. 19.)

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