‹ Jérome Savonarole, sa vie, ses prédications, ses écritsChapitre 33 sur 97 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

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La prophétie , étant contenue dans le sens allégorique de l’Ëcriture, doit être le fond de toute prédication où l’on prend pour thème l'explication des Livres Saints. On a vu Savonarole poursuivre à la fois une réforme politique , morale , religieuse. Dans quelle circonstance s’est-il abstenu de parler comme envoyé de Dieu? Le gouvernement populaire , c’est Dieu qui l'a fait; le battre en brèche est un crime de lèse-majesté divine ; les vices de Florence , Dieu les châtie ; il menace la ville de châtiments plus sévères encore si elle ne vient pas à résipiscence; la réforme de l’Ëglise , Dieu lui-même l'annonce et la fera. Ainsi , l’avenir est au fond de tous ces discours, non celui dont les prédicateurs entretiennent ordinairement les iidèles , mais un avenir terrestre et prochain, et par conséquent la prophétie une et indivisible, puisque toutes ces réformes sont inséparables. Nous l’avons rencontrée , dans le cours du récit, chaque fois que nous avons rapporté les paroles de Jérôme; mais, l'importance historique de ces paroles ayant détourné notre attention de leur caractère prophétique, il convient de revenir sur ce point et de présenter un rapide tableau des principales prédictions dont Savonarole se servit pour jeter tour à tour l’épouvante et l’espoir dans le cœur des Florentins.

PRÉDICATIONS DE SAVONAROLE

La première et la principale vision qu’il crut avoir de l’avenir fut celle d’une réforme sociale depuis longtemps prévue et nécessaire, mais devant laquelle reculaient toujours le vice et l'indifférence. Pour en hâter l’arrivée, Dieu devait donc, suivant ce qu’il avait fait au temps du déluge et de Sodome , frapper l’Italie et la chrétienté tout entière d’effroyables tléaux. Sans parler ici de révélation spéciale, une telle induction était naturelle. Depuis si long-temps qu’on réclamait , jusqu’au sein des conciles , la réforme de l’Église, n’était- il pas impie de croire que Dieu permît plus long- temps à une génération gangrénée jusqu’à la moelle des os d’étaler impunément ses plaies hideuses aux yeux d’une jeunesse appelée à lui succéder? Et si l’on voulait préserver celle-ci de la contagion, la menace des châtiments inévitables de la vie future pouvaitelle sembler suffisante pour imposer quelque retenue , dans la vie présente , à des hommes indifférents à la morale et à la religion?

Conduit par de telles redexions à prédire que de terribles tléaux fondraient sur l'Italie dans un avenir prochain , Savonarole voulut lire par l’histoire dans le passé de son pays. 11 le vit tour à tour désolé par la peste et par l’invasion étrangère, cl dévasté par celle-ci autant que par celle-là. La réflexion et le plus simple coup -d’œil jeté sur l’élat de l'Italie au XV® siècle lui firent voir la guerre entre ses princes forçant les paysans d’affluer dans les villes, et, comme conséquence d’une trop grande agglomération , la peste; il vit l’appel que

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\e vaincu ne pouvait manquer de faire à l’étranger, s’il n’était déjà fait , et , comme conséquence de l’invasion , encore la peste. C’est pourquoi ce redoutable fléau fut toujours la première et la plus menaçante de ses prophéties, et lui servit comme de levier pour remuer ses auditeurs :

« O Italie! ô Rome! je vous mettrai entre les mains »de gens qui vous bouleverseront jusque dans vos fon- »deinents. Je sèmerai parmi vous la peste, une peste«i » terrible, que peu de monde y résistera. Je conduirai »en Italie et à Rome des hommes aux passions bruit taies , des hommes cruels , affamés comme des lions et ndes ours , et il y aura tant de morts que chacun en «sera épouvanté. Croyez celui qui vous parle, il n’y «aura plus personne pour ensevelir les morts. Quod «si relicli fuerint decem viri in domo una , et ipsi moarienlur. El toUel eum propmquus suus , et comburet » eum ut afferal ossa de domo , et dicet ei qui in pene- » tralibus domus est : Numquid ad hoc est penes te ? » Et respondebil : Finis est. C’est-à-dire ; S’il y a dix «hommes dans une maison, ils mourront, ils seront D brûlés , et l’on n’aura pas besoin de pourvoir à leur «sépulture. Quand ce fléau fondra sur vous, il y aura » tant de morts dans les maisons, qu’on criera dans les » rues : Jetez vos cadavres dehors. On les mettra sur des «voitures et sur des chevaux ; on en fera des montagnes «et on les brûlera. On n’entendra plus dans la ville » que ce cri lugubre : Qui a des morts? Qui a des morts? » Que tous ceux qui ont des morts les descendent sur

PKEDICATIONS DK SAVONAKOLK.

» leurs portes. Une foule de gens sortiront sur le seuil »de leurs maisons. Voici mon fils , dira l’un ; voilà mon «mari, voilà mon frère, dira l’autre. Et l’on fera de «grandes et horribles fosses pour y enterrer tous ces «cadavres. Puis les mêmes hommes parcourront de » nouveau les rues ; ils crieront ; N’y a-t-il plus de morts «par ici? Quelqu’un a-t-il des morts? Et les rangs des » citoyens s’éclairciront , au point qu’il restera à peine «■quelques personnes. L’herbe croîtra dans les rues , » les routes seront comme les bois et les forêts; l’Italie « se remplira de barbiers et de nations étrangères. «Enfin, ce terrible fléau s’apaisera; quelques bons et » quelques méchants auront survécu. Italie, combien «de fois ces malheurs t’ont-ils été prédits! Je t’ai ex- « hortée , de la part de Dieu , à faire pénitence. Rome , «je t’ai dit de faire pénitence. Milan, je t’ai dit de » faire pénitence. Je l’ai dit à tous les sages du monde : » il n’y a d’autre remède que la pénitence. Mais vous ne «voulez pas croire; vous ne voulez pas prêter l’oreille; «vous vous moquez de tous les avertissements. C’est » pourquoi Dieu dit ; Je déteste votre orgueil et je hais «vos demeures. Elles seront brûlées et rasées ; vous irez » à la maison du diable. Italie, tu ne veux pas croire : «Bah! dis-tu, Âmos parlait ainsi pour sou temps, et «non pas pour le nôtre! Et moi je vous répète que les « paroles d’Amos s’accompliront de nos jours , exacte- «ment comme je vous l’ai annoncé; car, sachez-le bien , » de même qu’Amos avait alors la mission de prédire «ces choses, moi je l’ai aujourd’hui. Je parle, comme

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